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Negociations de Genève II, real politik et l'inaction ?

4 min

Les négociations de Genève II reprennent aujourd'hui entre le régime syrien et la rébellion après un week-end marqué par la rupture du cessez-le-feu de trois jours péniblement négocié pour obtenir le passage d'aide humanitaire sur Homs et l'évacuation de civils.

Les murs du palais des nations à Genève en ont certes vu d'autres, mais pendant le premier round des négociations de Genève II le mois dernier, les noms d'oiseau ont volé bas, On s'est traité de chiens, de traîtres, de vendus, de mercenaires... De part et d'autre de la table en U autour de laquelle Lakhdar Brahimi avait rassemblé les belligérants, on s'est débrouillé pour éviter tout contact visuel direct, et bien sur pas de poignée de main. Et on a soigneusement observé une distance de sécurité de six mètres pour ne pas que les choses dégénèrent... physiquement.

Et pendant ce temps là, à l'extérieur sur les pelouses du quartier général des Nations Unies à Genève, la presse arabe en venait aux mains. La télévision d'état syrienne et Al Jazira, dont les journalistes se sautaient à la gorge... Et de celà, qu'en est-il sorti?

Pas grand chose, rappelle le quotidien égyptien al Ahram pour lequel ce premier round n'a servi qu'a mesurer le niveau d'hostilité des deux parties.

"La conférence de Genève est un pas politique qui doit être fait mais qui n'a concrètement que peu de chance d'être couronné de succès. Bel euphémisme. Le quotidien égyptien souligne que les seules vraies discussions qui auront lieu à Genève ne sont pas celles entre les deux parties syriennes, mais celles qui auront lieu derrière des portes closes, entre les parrains américains et russes.

Et le journal de marteler que seule une pression décisive de Moscou et Washington fera bouger les choses comme en 2005 quand Damas du jour au lendemain avait finalement retiré ses troupes du Liban...

Moscou a changé de braquet, explique l'analyste russe Vitaly Namkin dans al Monitor. La Russie vient d'appuyer là où ça faisait mal en demandant à l'opposition syrienne d'agrandir sa délégation à d'autres factions afin d'être plus représentative. C'est bien là le point sensible de cette opposition laminée depuis toujours par des luttes de pouvoir. Diviser pour mieux régner une stratégie gagnante qui a toujours fait ses preuves...

Moscou, reprend al Monitor, cherche aussi à décrédibiliser le camp du soutien à la rébellion. Le vice ministre russe des affaires étrangères a mené une charge lourde contre les pays qu'il qualifie de fournisseurs de mercenaires, comme la France, l'Allemagne la grande Bretagne et la Belgique.

Quoi qu'il en soit, reprend al Monitor, il ne faut pas se leurrer et prêter à Moscou plus d'influence qu'elle n'en a sur son allié syrien. Pas plus que Washington sur les rebelles.

Aux Etats-Unis, c'est le scénario du pire que l'on voit se profiler, expose le Washington post.

Les négociations sont au point mort. Bashar al Assad vient de laisser passer sans sourciller deux échéances concernant la destruction d'armes chimiques. Et il y a ces jihadistes etrangers qui n'attendent qu'une chose, selon le chef des renseignements américains, c'est de venir frapper le territoire américain. John Kerry aurait même assuré à des membres des congres que la menace d'al Qaeda devenait hors de contrôle. Mais l'opinion publique, elle, reste très opposée à une plus grande implication américaine, à commencer par l'armement des rebelles. En bref, reprend le journal, seule une action de jihadiste venus de Syrie sur le sol américain pousserait Washington à agir de façon plus expéditive.

Tout est donc fait pour parvenir à un accord, coute que coute, même le plus bancal. Et le site d'analyse The American Thinker de s'interroger. Comment, mais comment faire pour mettre fin à la tragédie syrienne quand aucun pouvoir ne veut le faire pour la survie du peuple syrien? Le 1er round de Genève II n'a rien donné, au delà du pitoyable spectacle de ce week end, cette évacuation de Homs aux tragiques accents de Stalingrad.

L'erreur de base explique le magazine stratégique The National Interest, c'est de ne pas avoir admis que le contexte avait changé depuis Genève I en 2012. En un an, la position de Bashar al Assad s'est considérablement renforcée. L’opposition elle, s'est fragmentée. Les groupes jihadistes sont apparus et le conflit s'est ouvertement régionalisé.

Aujourd'hui reprend le National interest, la question n'est pas tant de savoir qui demain, va diriger la Syrie mais si la Syrie peut encore demeurer intacte, peut encore rester un état alors qu'elle est au bord de la désintégration. La meilleure stratégie serait alors de cesser de focaliser les discussions entre syriens, régime et opposition mais bien d'admettre la dimension régionale de ce conflit, le poids de l'Iran, la porosité du Liban, l'équilibre précaire de la Jordanie, le jeu turc, saoudien, qatari et le retour de la guerre froide, du bras de fer entre Moscou et Washington...

Tout cela, fait un beau nid de frelons qui bourdonne au dessus de Genève. Genève où aujourd'hui encore, dans les chambres feutrées des hôtels de luxe, dans les couloirs de marbres du palais des nations, dans le clinquant des lobbys d'hôtel, la communauté internationale va encore discuter sans fin l'avenir d'un pays. Ce pays où les bombes tombent chaque jour, où certains assiégés meurent désormais de faim, où le fondamentalisme le plus abject prend racine et où le cynisme de la realpolitik semble bien sourd aux appels de plus en plus épuisés d'un peuple moribond.

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