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Nouvel enlèvement de femmes au Nigeria

4 min

Par Marine de La Moissonnière

La trêve entre le gouvernement nigérian et Boko Haram aura été de courte durée. Annoncée vendredi dernier, aura-t-elle même jamais existé ? Plusieurs attaques meurtrières ont eu lieu ce week-end dans le nord-est du pays. Avant hier, c'est une bombe qui a explosé dans une gare routière dans l'Etat de Bauchi, l'une des régions qui est régulièrement la cible de Boko Haram. Bilan : 8 morts et 9 blessés, rapporte the Nigerian Tribune.

Et voilà qu'on apprend que le groupe islamiste aurait à nouveau séquestré 60 femmes dans deux villages du nord-est du Nigeria, précise le Star de Toronto. Cela s'est passé ce week-end, dans la province de Madagali, région aux mains de Boko Haram depuis deux mois, a indiqué au journal une source sécuritaire nigériane qui a demandé à garder l'anonymat. Les assaillants sont arrivés en motos et en camionnettes dans les villages, raconte-t-il encore. Suite du récit dans les colonnes du Guardian qui pour l'essentiel, reprend des témoignages recueillis par l'Agence France-Presse . Selon des habitants du village de Wagga, des hommes armés sont allés de maison en maison à la recherche de jeunes filles. Pour chacune d'entre elles, ils ont laissé 1.500 naira - un peu plus de 7 euros - et des noix de kola. Apparemment la dot de la mariée. D'autres habitants ont raconté à The Nation , quotidien de Lagos, que les hommes ont incendié les maisons, volé de la nourriture et des animaux et quand ils sont partis, ils criaient des slogans anti-gouvernement.

Voilà qui va renforcer le scepticisme qui avait accueilli l'annonce de la signature d'une trève et de la prochaine libération des lycéennes enlevées en avril, à Chibok, explique le Guardian . Trêve censée mettre fin à un conflit qui dure depuis 5 ans et qui a fait plus de 10.000 morts. Un chef coutumier de Chibok déclarait la semaine dernière à The Nation. "Mon cœur me dit de croiser les doigts et de prier mais ma tête me dit d’être prudent et méfiant. " Même mélange d'espoir et de doute chez les parents des jeunes filles, rapporte le Premium Times.

Aujourd'hui, The Nation estime que l'annonce du cessez-le-feu a été "hâtive ". "Le Nigeria s'est précipité pour annoncer cet accord en raison de visées polito-électorale s", explique l'analyste Mark Schroeder dans les colonnes du journal. Une trêve même de courte durée avec Boko Haram et une victoire concernant les lycéennes, ce serait bon pour la campagne du président Goodluck Jonathan, poursuit-il.

Un diplomate se veut toutefois rassurant. Ce n'est pas parce qu'il y a eu des attaques que le cessez-le-feu est rompu. Il faut juste du temps pour le message parvienne à toute la chaîne de commandement qui est très fragmentée dans le cas de Boko Haram, explique-t-il à The Nation . Analyse partagée par l'armée selon The Punch , quotidien nigérian, qui cite une source militaire anonyme. L'armée considère que ces attaques sont le fait des cellules de l'organisation qui ne sont pas au courant de l'accord de paix. C'est le propre d'une organisation terroriste d'avoir plusieurs niveaux de décision et une très longue chaîne de commandement, explique encore cette source.

C'est bien là qu'est le problème. Ceux qui négocient au Tchad sont-ils vraiment représentatifs du groupe islamiste ? On ne sait toujours pas quelle faction de ce mouvement décentralisé est impliqué dans les pourparlers, ni si c'est elle qui détient les filles, détaille The Nation.

Le quotidien The Punch affirme que suite à l'accord de cessez-le-feu, la violente secte fondamentaliste s'est scindée en deux. Une faction veut la paix, l'autre pas. Composée d'élements radicaux, elle veut imposer la sharia à l'ensemble du pays, explique une source gouvernementale.

Enfin, selon le site Sahara Reporters, l'émissaire de Boko Haram avec lequel le gouvernement négocie ne serait qu'un imposteur. C'est en tout cas ce qu'affirme le journaliste Ahmad Salkida.

Le mystère qui entoure ses négociations, l'absence de prise de position claire à la fois du gouvernement et de Boko Haram entretiennent le flou et les rumeurs. Les discussions continuent au Tchad dans le plus grand secret, explique The Nation . On ne sait pas quelle forme elles prennent, qui fait partie des délégations et où elles ont lieu précisément. La participation du président tchadien Idriss Déby n'est même pas confirmée.

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