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Nucléaire iranien : Netanyahou, seul contre tous.

4 min

Lorsqu’à Washington, le premier ministre israélien fait monter les enchères, à Montreux, américains et iraniens négocient discrètement sur le dossier du nucléaire.

A demonstrator holds a sign during a rally near the Israeli Consulate in New York March 3, 2015.
A demonstrator holds a sign during a rally near the Israeli Consulate in New York March 3, 2015. Crédits : Shannon Stapleton - Reuters

Après des mois de piétinements apparents, l'accélération cette semaine des pourparlers à Montreux, en Suisse, entre représentants américains et iraniens laisse entendre que les négociateurs pourraient aboutir à un accord-cadre d'ici à la fin du mois, puis à un accord final à la veille de l'été. Et même s'il n'y a pour l'heure pas de certitude, nuance THE NEW YORK TIMES, ces informations permettent toutefois d'espérer, dit-il, un règlement pacifique de la menace nucléaire iranienne. En d'autres termes, grâce à un possible futur accord, permettant de contenir le programme nucléaire de Téhéran, tout en imposant des obstacles sur la voie d'une bombe, l’Iran n’aurait jamais été aussi proche d’une normalisation avec les Etats-Unis.

Et cette seule perspective ne pouvait que justifier, aux yeux de Benjamin Netanyahou, qu'il ravive devant les caméras du monde entier, l'angoisse des Israéliens face à la bombe atomique, en diabolisant la République des mollahs. Le premier ministre est même remonté 2500 ans dans l’histoire, pour rappeler que la reine Esther avait déjoué un complot contre les juifs, fomenté par le vizir de l’Empire perse Haman.

Reste que saper les efforts de l’administration américaine n'était évidemment pas la seule raison, qui pouvait justifier que le premier ministre israélien honore l'invitation que lui avait faite le président républicain de la Chambre des représentants, à l’insu de la Maison-Blanche. L'intervention de Benyamin Netanyahou n'avait même pas grand-chose à voir avec l'Iran, estime LA REPUBBLICA de Rome, mais surtout avec les élections législatives anticipées qui se tiendront dans quelques semaines à peine. Ou dit autrement, l'unique et véritable raison pour laquelle le premier ministre israélien a accepté d'occuper le Congrès américain, sans l'assentiment de Barak Obama, était de s'en servir comme d'une tribune pour sa campagne électorale.

Et d'ailleurs, renchérit le quotidien conservateur YEDIOT AHARONOT cité par le Courrier International, ce discours, s'il n'avait pas été prononcé devant des élus républicains enthousiastes aurait facilement pu tomber à plat, tant les arguments étaient connus et le public déjà convaincu. Même constat pour son confrère israélien de gauche, HAARETZ, lequel reproche qui plus est à Benyamin Netanyahou de dissimuler derrière le danger du nucléaire iranien, ce qui constitue en réalité la principale menace pour la survie d'Israël : l'occupation des territoires palestiniens.

Toujours est-il que loin de l’ambiance surchauffée du Congrès américain, au même moment à Montreux, rien ne laissait supposer la tenue de négociations acharnées et cruciales pour la paix et la sécurité internationale. Sauf peut-être les patrouilles des vedettes de la gendarmerie sur le lac Léman. Rares étaient même les journalistes à avoir fait le déplacement, précise LE TEMPS de Genève.

La différence de traitement et d'exposition entre Montreux et Washington était, d'ailleurs, une chose assez frappante toute cette semaine. L'agitation d'un côté et la discrétion de l'autre. Au point même, ironise le journal, que si le sérieux des négociations se mesure au mutisme des acteurs, alors les discussions de Montreux sont, dit-il très sérieuses. Mais plus étonnant encore, sans doute, était de voir d'un côté des Iraniens et des Américains ensemble, au bord du Léman, en train de normaliser leur relation, tandis qu’à des milliers de kilomètres de là, un dirigeant israélien tentait non seulement de démolir une année de négociations mais plus encore, de saper la confiance avec son allié historique, Washington, et ce faisant d'affaiblir le soutien automatique et inconditionnel des Etats-Unis, pourtant primordiale pour la survie d'Israël.

D'où cette critique sévère, signée du journal LANDESZEITUNG repris sur le site de la Deutsche Welle : sur le plan stratégique, Netanyahou s'est avéré un amateur, dit-il, en détériorant les rapports avec la puissance protectrice d'Israël. Sans compter que depuis le printemps arabe et après la chute de partenaires fiables tels que l'Egyptien Moubarak, Israël est encore plus isolé dans la région. Or sans les Etats-Unis, Israël ne pourra pas trouver d'accord avec les Palestiniens et les autres Arabes et donc pas de sécurité.

Et puis surtout, les blocages de Netanyahou pourraient même favoriser le camp iranien. C'est du moins ce que laisse entendre le NRC HANDELSBLAD de Rotterdam. Avec son attitude figée dans le litige nucléaire avec Téhéran, le Premier ministre israélien n'obtiendra que l'inverse de ce qu'il veut, dit-il, avant de préciser : presque tout le monde veut un accord. L'Iran veut sortir de son isolement car les sanctions et la chute des prix du pétrole ont mis le pays à genoux. Et pour les Etats-Unis comme pour les Européens, l'Iran ne fait plus partie aujourd'hui de l'axe du mal. Sans compter qu’ils ont besoin de l'Iran pour lutter contre le groupe terroriste Daech en Syrie et en Irak. Et comme ils ont déjà pu le remarquer, l'isolement n'est pas d'un grand secours dans ce processus. Or par son attitude rigide, Netanyahou ne fait lui, en réalité, que rapprocher un peu plus les négociateurs des deux camps. En clair et contre attente, il y avait donc bel et bien un point de convergence entre ces deux évènements que tout, sur le fond comme sur la forme, semblait pourtant opposer. Par son attitude, Benyamin Netanyahou, malgré lui, a en effet rendu à l'Iran la tâche plus facile pour faire des concessions. Car lorsque les Iraniens se montrent modérés, alors ils contribuent à faire de lui le véritable ennemi. Et il devient alors plus aisé de vendre un accord, aussi difficile soit-il, aux Iraniens.

Par Thomas CLUZEL

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