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Olé, une mosquée !

4 min

Par Thomas CLUZEL

Imaginez une véritable pluie d'euros tombant là où l'homme affrontait, jadis, la bête. C'est précisément ce qui pourrait advenir dans les célèbres arènes monumentales de Barcelone, après que l'émir du Qatar a proposé 2 milliards d’euros pour racheter le site et le transformer dans les 5 années en mosquée. Même si le maire de la ville a déclaré au journal EL PERIODICO n'avoir reçu aucun projet de construction de lieu de culte islamique dans les anciennes arènes, toujours est-il que l'information révélée par son confrère 20 MINUTOS, provoque d'ores et déjà un véritable tollé en Catalogne.

Le projet, tout d'abord, s'il venait à être mené à bien deviendrait la plus grande mosquée d'Europe et la troisième du monde après celles des villes saintes de la Mecque et de Médine. Le lieu de culte serait érigé sur les 10 000 mètres carrés des anciennes arènes, explique ainsi EL PAIS. Il pourrait accueillir, dès 2020, jusqu'à 40 000 fidèles. La mosquée serait également surmontée d'un minaret de 300 mètres de haut, à vocation purement décorative, insiste notamment son confrère EL MUNDO cité par le Courrier International. En plus d'une mosquée, le bâtiment abriterait une école coranique, pouvant accueillir 300 étudiants, une salle de conférences et un musée d'art et d'histoire islamique. On y trouverait aussi une bibliothèque, une salle de célébration des mariages, un restaurant et des locaux commerciaux. L'homme à l'origine du projet, par ailleurs fondateur de la Maison du livre arabe de Barcelone et qui se bat depuis près de deux décennies pour que les fidèles de Catalogne aient un lieu de prière, assure dans le journal gratuit que la mosquée sera une attraction touristique spectaculaire. Et il ajoute qu'une église catholique serait également construite sur les terrains adjacents à la mosquée. Enfin selon les calculs de la communauté musulmane de Barcelone, les travaux pourraient par ailleurs générer près de 4 000 postes de travail, souligne de son côté le journal en ligne PUBLICO.

Alors vrai ou faux ? Toujours est-il que voilà plusieurs dizaines d'années maintenant que la communauté musulmane de Barcelone réclame en effet une mosquée. Et de fait, Barcelone, est aujourd’hui la seule grande ville du pays sans lieu de culte musulman, de sorte que pour le moment, précise EL PAIS, les prières se font dans des locaux commerciaux.

A présent, quelles sont les raisons qui permettent de donner du crédit aux révélations du journal 20 MINUTOS ? Tout d'abord, en 2004, un premier projet visant à transformer d'autres arènes en mosquée avait déjà été proposé. Des Saoudiens étaient entrés en négociations avec le conseil municipal. Mais le projet avait été ajourné et finalement les élus lui avaient préféré celui de la construction d’un centre commercial. Or le fait que ce soit le Qatar, cette fois-ci, et non l'Arabie Saoudite qui finance le proje, aurait été déterminant au point que le propriétaire actuel de l'arène aurait, nous dit on, déjà donné son accord.

L’une des clauses, d’ailleurs, de cet accord prévoirait que la mosquée ne pourra pas être dirigée par un imam fondamentaliste. Reste que le président du Parti populaire catalan se montre lui très préoccupé par le fait qu’un investissement de ce type, puisse être financé par des gens et des pays qui ne partagent pas nos valeurs, dont les valeurs sont aux antipodes des nôtres, voire, en conflit avec les nôtres, a-t-il notamment déclaré.

Et puis surtout l'autre raison qui donne du crédit à ce projet c'est que le Qatar a déjà réussit à convaincre d'autres pays par le passé pour financer la construction de mosquées. C'est ainsi, par exemple, que la semaine dernière au Danemark, à Copenhague plus exactement, a été inaugurée la première mosquée avec minaret du pays. Une mosquée entièrement construite grâce à l’argent du Qatar, lequel a déboursé près de 20 millions d’euros dans le projet.

Or l’événement est intéressant à plus d’un titre, précise l'hebdomadaire marocain TEL QUEL, tout d’abord parce qu’il se déroule dans le pays de l’affaire dite « des caricatures » de Mahomet. Ce qui signifie que depuis presque 10 ans, les Danois, influencés qui plus est par le Parti populaire, un parti de droite anti-immigration, entretenaient une relation complexe avec la deuxième religion du pays. Et dans ce contexte, bien entendu, l’ouverture d’une mosquée dans la capitale apparaît donc comme une victoire auprès de la communauté musulmane, même si, la mosquée coincée en l'occurrence entre une concession automobile et un loueur de garages n'est pas tout à fait le symbole d'intégration qu'espéraient les 200.000 musulmans du pays.

Mais au-delà, le vrai problème qui se pose en réalité en terme d’intégration sociale, c’est que ni les musulmans danois, ni la société danoise, que ce soit dans le public comme dans le privé, n’a trouvé d’autres moyens pour construire cette mosquée que de faire appel au Qatar, que d’aucuns voient du coup comme un sauveur mais dont beaucoup, et pas uniquement parmi les islamophobes, considèrent qu’il pratique une ingérence perfide.

Pourquoi ? Parce que le Qatar est aujourd'hui l'une des principales sources de financement des islamistes au Maghreb et des djihadistes en Syrie. Or le Danemark, par exemple, est derrière la Belgique le pays d’Europe où l’on trouve le plus de jeunes musulmans désireux de partir combattre en Syrie. Et puis le Qatar pourrait également jouer un rôle dans la crise irakienne puisqu’on l’a apprit ce week-end, une agence de presse iranienne annonce avoir la preuve que le Royaume soutiendrait les milices radicales de l’EIIL.

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