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Opération secrète ? Rançon ? La libération des otages français : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis que les otages français sont rentrés hier en France, le voile se lève peu à peu sur le processus de leur libération même si en coulisses, précise ce matin le magazine JEUNE AFRIQUE, les versions divergent catégoriquement sur le déroulement de l'opération. Que s’est-il passé ce mardi 29 octobre, durant les heures qui ont précédé la libération des quatre otages français ? Selon que l’on se tourne vers Paris ou vers Niamey, les sons de cloche sont très différents. En France, des sources citées par le journal LE MONDE évoquent le déplacement dans l’extrême-nord du Mali d’une délégation composée de dix-huit hommes, "des Français et des Touaregs", chargée de récupérer les otages avec une valise remplie de billets, plus d’une vingtaine de millions d’euros provenant des fonds secrets des services français.

En revanche, au Niger cette fois-ci, c’est une toute autre version qui circule dans l’entourage le plus proche du président. En fait, de délégation d’envergure, Mohamed Akotey aurait été seul à prendre la route du désert. Acteur majeur de la première rébellion touarègue des années 1990, il est depuis devenu le président du Conseil d’administration d'une filiale d’Areva et surtout un interlocuteur incontournable dans le Sahel. Missionné pour libérer les otages mais relativement autonome quant à la manière de procéder, il se serait d’abord rendu à Kidal où il aurait attendu un appel des geôliers. Ces derniers lui auraient fixé un rendez-vous. Dès le lieu de l’échange connu, le 29 octobre, un hélicoptère de l’armée nigérienne aurait décollé de Niamey et après des échanges brefs, 20 minutes selon une source militaire nigérienne, les otages seraient montés à bord de l'appareil. Trois heures plus tard, ils posaient le pied sur le tarmac de l’aéroport militaire de Niamey où les attendaient le président accompagné de son ministre des Affaires étrangères et celui de la Défense. Autrement dit, selon un officiel nigérien, la France n’aurait envoyé personne sur place et seuls les moyens du Niger auraient été mobilisés.

De son côté, le site GUINEE CONAKRY INFOtente lui aussi ce matin de reconstituer le fil des événements : Sous la pression des frappes aériennes françaises de l’opération Serval, les premiers ravisseurs appartenant à Aqmi auraient fui, dit-il, en abandonnant leurs otages, lesquels seraient ensuite tombés entre les mains d’un second groupe, Ansar Eddine, dirigé par un certain Iyad Ag Ghali. Une chance pour les Français, relève le portail d'information, dans la mesure où l'homme est justement traqué par les soldats français. Et c'est donc à bout de souffle et surtout désireux de ne pas subir le même sort que celui d’Abou Zeid, tué en mars dernier, qu'Iyad Ag Ghali se serait montré moins intransigeant au sujet de la libération des 4 français et que Paris aurait ainsi consenti à lui garantir l'impunité, en contrepartie de la libération des otages.

Et toujours dans ce brouillamini d'informations, voilà que le quotidien d'Alger EL WATAN, affirme lui aussi détenir des révélations exclusives, selon lesquelles les Algériens et les Qataris auraient également contribué à la libération des otages français et notamment depuis que le dossier a été pris en charge, au printemps dernier, par Bernard Bajolet, directeur de la DGSE mais surtout, ancien ambassadeur de France en Algérie et proche des services de renseignements algériens. Quant aux Qataris, lesquels entretiennent de bonnes relations avec les mouvements salafistes, ils seraient intervenus à la demande des Français il y a deux mois pour entrer en contact avec des cadres d’Ansar Eddine.

Vrai ou faux ? Aussitôt son confrère du TEMPS d'Algérie a fait part de son scepticisme quant à la nature de ces révélations. D'une part, dit-il, parce que si l'Algérie avait cette possibilité de participer à la libération d'otages alors elle aurait sans doute déjà obtenu celle de ses diplomates retenus par le Mujao, une autre organisation terroriste alliée à Aqmi. Et d'autre part parce que si l'information sur un prétendu versement de rançon était vérifiée, alors l'Algérie qui milite en ce moment même par la voix de son ministre des Affaires étrangères en tournée dans les pays du Sahel contre le paiement des rançons aux terroristes, se trouverait dans une position peu enviable si on l'associait à cette démarche.

Bref, il est encore difficile donc ce matin de savoir où se situe la vérité. Seule certitude, selon le journal de Bamako LE REPUBLICAIN repris par le courrier international, si le Sahel est aujourd'hui libéré d'un lourd fardeau après la libération des 4 otages français, cela n'enlève rien à la menace des islamistes et des rebelles touaregs dans la région. Au contraire, ils pourraient même en ressortir renforcés. Autrement dit, si de l'argent a été payé aux islamistes, alors l'opération Hydre, l'opération militaire lancée mi-octobre par la France face à la recrudescence des actes terroristes dans le Sahel aura été bien nommée. Car comme dans la mythologie, d'autres têtes repousseront pour le malheur immédiat du Sahel et demain contre la sécurité mondiale.

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