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OTAN : un sommet pour quoi faire ?

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Par Eric Biegala C'est le sommet de l'Otan "le plus important depuis la chute du mur de Berlin" qui s'ouvre formellement aujourd'hui à Newport, au Pays de Galles. L'appréciation vient de l'amiral James Stavridis, le plus haut gradé de l'OTAN, entre 2009 et 2013, aujourd'hui consultant à la Fletcher School of Law and Diplomacy de l'université Tuft ds le Massachusets, cité par USA Today ... "Le plus important sommet depuis la chuite du mur de Berlin" , aux vues, bien sûr, de la multiplicité des crises actuellement en cours : "en Irak et en Syrie (c'est-à-dire à la frontière turque, l'un des pays membre de l'OTAN), en Lybie ou en Egypte, les printemps arabes qui dégénèrent, en Afghanistan d'où l'OTAN doit se désengager ; sans parler des tensions en mer de Chine et bien sûr de la crise ukrainienne" ...Que peut faire l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord pour, sinon remédier à ces crises, du moins participer à leur résolution au nom de la "sécurité collective" du continent européen, qui est sa véritable raison d'être ?Dans une longue tribune publiée sur le site du magazine en ligne Ozy.com , l'ancien numéro 2 de la CIA John McLaughling rappelle que l'Alliance atlantique est justement née, en 1949, " trois ans après que Winston Churchill ait déclaré qu'un rideau de fer soviétique était descendu sur l'Europe Orientale" , et en fait quelques mois à peine après le "Coup de Prague", qui avait vu la Tchéquoslovaquie passer dans l'orbite soviétique suite à la prise de pouvoir des communisters appuyés par Moscou... Le Pacte Atlantique est la réponse, sous forme d'alliance militaire en Europe à l'hégémonie soviétique en construction sur l'Europe orientale suite à la seconde guerre mondiale... les pays Baltes, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie avaient été successivement "avalés" par la Russie soviétique, souvent après intervention de l'armée rouge sur leurs sols respectif... toutes proportions gardées, c'est un peu ce qui semble aujourd'hui à l'oeuvre en Ukraine... et ces différents pays d'Europe centrale et orientale, tous désormais membres de l'OTAN ont évidemment en mémoire ce qui leur est arrivé dans les années 40 lorsqu'ils regardent ce qui se déroule aujourd'hui en Ukraine.Pour autant précise John Mc Laughlin, "durant la guerre froide, la menace dominante c'était la combinaison d'une force conventionnelle massive que l'URSS menaçait de faire déferler sur l'Europe et d'une puissance nucléaire souvent brandie par Moscou ; aujourd'hui le défi est plus subtile et sans doute bcp plus difficile à contrer ; l'OTAN doit en effet trouver comment répondre à la stratégie poutinienne constituée d'un mélange de forces spéciales combattant sans pavillon, d'une guerre de propagande très efficace et de l'infiltration clandestine en Ukraine d'hommes et de matériels dont on a du mal à reconnaitre l'origine, même si les démentis du Kermlin quant à sa présence dans le pays sont à peine plausibles... Pour faire court, conclu John Mc Laughlin "la guerre d'aujourd'hui inclue des tactiques qui sont difficile à identifier - un parlementaire britannique parlait d'ailleurs récemment de "guerre ambigüe" - c'est à ça que doit s'atteler aujourd'hui l'OTAN : comment peut-elle effectivement répondre à ce nouveau type d'action ? ""En nous armant davantage" répondent en substance les pays d'Europe orientale... Der Spiegel révélait la semaine dernière que la Pologne et les pays Baltes avaient bcp poussé ces dernières semaines pour que le sommet de Newport décide finalement de déployer en Europe Orientale ses batteries anti-missille pour faire face à la Russie... l'hebdomadaire allemand explique pourtant qu'"une majorité de pays membres de l'Alliance, en particulier l'Allemagne se sont opposés à ce déploiement, qui serait lu à Moscou comme une provocation supplémentaire... le débat sur la question a été reporté à après le sommet, mais les tenants d'une ligne dure face à Moscou ont tout de même obtenu, précise Der Spiegel que les mesures dites de "réassurance" au profit des pays Baltes et de la Pologne (il s'agit du positionnement sur leurs sols de quatre compagnies de combat et de l'augmentation des vols de reconnaissance et d'observation le long de la frontière orientale) que tout ça soit automatiquement maintenu au delà des un an qui avaient été prévus à l'origine" ... Alors comment répondre à la Russie ?L'OTAN pourrait également participer plus ou moins directement à la défense de l'Ukraine... dans une tribune publiée par le Guardian de Londres ce week-end, l'ancien commandant en chef de l'OTAN le général Wesley Clark arguait que la solution à cette crise ne pouvait être QUE diplomatique... mais, s'empressait-il d'ajouter, "comme nous sommes en train de l'apprendre, pour persuader les gens de s'asseoir à la table des négociation il faut non seulement de la diplomatie et des sanctions, mais aussi aider l'Ukraine à mettre en oeuvre des moyens militaires permettant de défaire la nouvelle stratégie guerrière russe". Kurt Volker et Erik Brattberg vont plus loin encore... dans une tribune publiée par le Washington Post , l'ancien ambassadeur américain à l'OTAN et le chercheur suédois plaident pour une réponse forte. "Vladimir Poutine a fait le pari cynique qu'il pouvait envahir l'Ukraine juste avant le sommet de l'OTAN et que l'OTAN ne ferait rien pour l'arrêter... l'alliance doit lui prouver qu'il a tort" , écrivent-ils. Comment ? Kurt Volker et Erik Brattberg proposent cinq mesures:. Renforcer les sanctions économiques et cette fois viser directement Gazprom. Etablir une force multinationale permanente en Europe.. Réaffirmer les engagements de l'Alliance sur le continent, en intégrant rapidement le Montenegro et la Macédoine. Mettre en oeuvre une aide militaire et de renseignement au profit de l'Ukraine ; "ça veut dire des conseillers militaires sur le terrain, de la formation, de l'équipement et la possibilité d'appui directs en utilisant les capacités aériennes de l'Alliance... la livraison d'armes anti-char et de systèmes anti-aérien devrait faire partie du mix"... . Enfin, dernier point avancé par les deux auteurs : "que les pays membres de l'Alliance s'abstiennent effectivement de toute coopération militaire avec la Russie" , notamment que la France renonce à vendre à Moscou les deux bâtiments Mistral actuellement en construction à St-Nazaire. A leur propos d'ailleurs les deux auteurs estiment que "l'OTAN pourrait tout simplement racheter les deux navires, sur son propre budget, et les déployer en tant que composante navale de sa Force de réaction". A vrai dire les deux Bâtiments de Projection et de Commandement - qui peuvent être armés à la fois en porte hélicoptère, en transport de troupe géant, en hôpitaux de campagne ou en postes de commandement - correspondent assez bien à ce dont l'Alliance aurait besoin si elle entend gérer la projection d'une force multinationale sur l'une des crises actuellement en cours...

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