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Où est Vladimir Poutine ?

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« Où est Vladimir Poutine ? » C'est LA question que se posent manifestement quelques millions de personnes, en Russie et ailleurs, depuis que l'omniprésent président de la Fédération de Russie, n'est justement plus présent sur les écrans, depuis dix jours...
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Vladimir Poutine Crédits : Sergei Karpukhin

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A vrai dire, pour ce qui est de la télévision, ce n'est pas tout à fait vrai : hier soir encore la chaine Rossiya 1 - la première chaine de télévision - diffusait un long documentaire sur le retour de la Crimée dans le giron russe (c'était il y a un an) un long documentaire dans lequel Vladimir Poutine figure en bonne place. Et dans lequel il explique par le menu comment il a lui-même pris la décision de récupérer la Crimée le jour même - ou plutôt la nuit même - où le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a quitté le pouvoir à Kiev... le 22 février 2014. Au surplus, ledit documentaire confirme également que Vladimir Poutine a bien, dès ce jour-là, activé les forces armées de la Fédération de Russie en Crimée : qu'au moins 20 000 hommes des services spéciaux et des troupes de Marine y étaient présents... et qu'il était même prêt à mettre son pays en état d'alerte nucléaire si les Occidentaux et notament les Américains avaient fait mine de bouger, militairement, pour défendre l'intégrité territoriale de l'Ukraine...Egal à lui-même Vladimir Poutine, donc, dans ce documentaire... mais le problème c'est que le fillm a été tourné il y a plusieurs semaines et que le vrai Vladimir Poutine, en chair et en os, lui, n'est toujours pas réapparu depuis le 5 mars dernier. Et, depuis cette date, le moulin a rumeurs tourne à plein régime...Alors ? Malade Vladimir Poutine ? On l'a dit atteint d'une grippe, d'un cancer, d'une attaque cardiaque... et le "hashtag" #putinisdead ou #putinumer (en russe "Poutine est mort") bat même quelques records sur Twitter ; les dénégations du Kremlin, notamment du porte-parole du Président, souvent maladroites " tout est normal" , le président travaille, "il est en parfaite santé et vous broierait la main si vous pouviez la lui serrer" tout ça n'a pas fait grand chose pour calmer les esprits.Cité par l'agence RIA Novosti , le même porte-parole Dmitry Peskov a également du démentir la toute récente paternité de Poutine. Un magazine suisse, Blick , affirmait en effet la semaine dernière que la gymnaste Alina Kabayeva, présentée comme la maîtresse du président russe, venait d'accoucher dans une clinique du Tessin...A vrai dire les media officiels russes, notamment ceux à destination de l'étranger comme l'agence Sputnik ou la chaine de télévision en anglais Russia Today ne font pas grand chose pour tenter d'éclaircir la situation et se contentent de tourner en ridicule la machine à rumeurs...Parce qu'au delà d'une hypothétique maladie ou d'une éventuelle paternité tessinoise, ce sont bien des rumeurs de coup d'Etat ou de révolution de palais qui ont surtout fleuri pour expliquer l'absence poutinienne. Hier encore, dans les colonnes du quotidien israelienHaaretz , c'est l'ancien ambassadeur à Moscou Zvi Magen qui expliquait qu'il y avait "des signes objectifs qu'un coup d'Etat était à l'oeuvre en Russie" ... et qu'"une faction du pouvoir russe, les Siloviki (c'est-à-dire les anciens des services secrets) ou les oligarches pouvaient bien être à l'origine de la disparition du Président." Au fond toute cette histoire est surtout révélatrice de la manière dont fonctionnent les choses en Russie de nos jours... "Il est sûr que la vie politique sous Poutine est tout sauf "normale" écrit par exemple Edward Lucas, l'un des éditeurs de The Economist et observateur averti du Kremlin depuis les années 80 ; "cette vie politique russe est devenue", poursuit-il "secrète, paranoïaque et trompeuse. C'est le règne des intérêts croisés des services de renseignement, des gangs mafieux et de certains hauts fonctionnaires ; un règne qui a miné les institutions, massacré l'économie et autorisé un pillage à grande échelle du pays ", écrit encore Edward Lucas... résultat de quoi, "le système russe est devenu instable et fragile et les querelles incessantes entre les factions demandent l'intervention permanente de l'homme central ; s'il est écarté - qu'il s'agisse d'une maladie ou d'un quelconque problème ayant à voir avec sa vie privée, les factions se raidissent et les luttes de pouvoir s'intensifient.. ce qui n'est pas sans inquiéter tout le monde quant à la sécurité du pays et notament de son arsennal nucléaire. "Le vice chef d'Etat major du Kremlin, Vyacheslav Volodin avait dit l'année dernière qu' "il n'y avait pas de Russie aujourd'hui sans Vladimir Poutine ", écrit encore Edward Lucas ; "la phrase était destinée à mettre en lumière le soutien dont Poutine bénéficie auprès du public russe... Mais on peut aussi la comprendre d'une autre façon : c'est que sans Poutine à la barre, le vaisseau Russie pourrait bien couler". Mark Galeotti non plus ne croit pas à un coup d'Etat, le prolifique spécialiste des mafias russes et autres intrigues du Kremlin note sur son blogIn Moscow's Shadows que "si coup d'Etat il devait y avoir - et ça n'a rien d'impossible à l'avenir - c'est pour le moment beaucoup trop tôt. Pour qu'une révolution de palais existe à Moscou il faudrait que les choses aillent vraiment mal en Russie et pendant très longtemps... Un coup d'Etat devrait ressembler sans doute à ce qui s'est passé pour Kroutchev, écrit-il... avec une sorte de consensus au sein de l'élite contre le leader ". On n'en est pas là.N'empêche, écrit encore Mark Galeotti, "plus longtemps on attendra une preuve crédible et réelle de la bonne santé de Vladimir Poutine, plus la spéculation grimpera et plus la situation et l'image du président russe se dégraderont... même s'il réapparait à son poste et en parfaite santé le mal sera fait... Vladimir Poutine apprendra là une petite leçon : celle qui veut que la politique est un art tout en subjectivité ".Sur l'agenda du président russe figure aujourd'hui une rencontre à St-Petersbourg avec son hommologue Kyrgyze Almazbek Atambayev. Poutine pourrait donc réaparaitre. Debout et comme président, dès ce lundi. Ou annuler l'entrevue, comme il l'a fait pour le président Kazakh ou le leader des séparatistes Abkhaz la semaine dernière... Le moulin à rumeur devrait alors, logiquement, passer la surmultipliée.

Par Eric Biégala .

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