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Où va la Centrafrique ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

La Centrafrique est-elle condamnée aux ténèbres ? C'est l'un des titres à la Une du JOURNAL DE BANGUI. Car dix jours à peine après la mise en place de la Misca, la force africaine en Centrafrique, le moins qu'on puisse dire de la situation est qu'elle est plus que jamais confuse. A croire même que dans ce capharnaüm, commente de son côté L'OBSERVATEUR PAALGA, on ne sait plus sur qui tirer. A Bangui, notamment, les attaques se multiplient contre la population, des attaques menées soit par des partisans de l’ex-Séléka au pouvoir contre des chrétiens, soit par des miliciens rebelles anti-balaka contre des musulmans.

Bangui la coquette s’est donc subitement muée en Bangui la machette, renchérit son confrère burkinabé LE PAYS. Et de commenter notamment ces images effarantes, de jeunes Centrafricains excédés, couteaux aux flancs, se promenant dans les rues de la capitale, prêts à en découdre avec l’ennemi. A observer de très près la situation, on se croirait dans une jungle, où les plus forts imposent leur loi aux plus faibles, de telle sorte poursuit l'éditorialiste, qu'entre les dérives dictatoriales de l’ex-président Bozizé et l’incurie de l'actuel président Djotodia, le peuple centrafricain ne sait plus à quel saint, pardon, à quel démon se vouer.

Sans compter, que si jusque-là, on savait que les chrétiens et les musulmans s’attaquaient, par le truchement des milices armées, que sont la Séléka et les anti-balaka, les événements ont pris désormais une nouvelle tournure avec la montée soudaine de la xénophobie. A Bangui, les ressortissants étrangers et notamment Tchadiens, ont en effet été pris pour cible ce week-end. Leurs biens ont été pillés et leurs domiciles saccagés. En d'autre termes, le ressentiment que certains Centrafricains éprouvaient pour les soldats tchadiens de la MISCA, a fini donc par irradier vers les ressortissants tchadiens vivant dans la capitale, qui, par cars et camions entiers ont commencé à regagner leur pays d’origine. Et pourquoi, parce que le Tchad, faiseur de roi en Centrafrique, a armé et soutenu la Séléka, dix ans après avoir favorisé le coup de force de François Bozizé. Et puis les mêmes causes produisant nécessairement les mêmes effets, des centaines de ressortissants du Soudan, le 2ème pays ayant le plus soutenu la Séléka dans sa prise du pouvoir ont également dû être rapatriés.

Où va la Centrafrique, interroge toujours l'éditorialiste ? Même la France, dit-il, qui croyait être partie en promenade de santé à travers l’opération Sangaris, se rend finalement à l’évidence, qu’elle est dans un écheveau inextricable, d’où il sera difficile de se sortir. L’opération Sangaris semble avoir atteint ses limites, analyse également le portail d'information FASOZINE. Le moins que l’on puisse dire c’est que Paris est dépassé par la tournure des événements sur le terrain. Quant aux forces africaines de la Misca, elles se révèlent incapables d’arrêter le massacre qui se déroule sous le nez et à la barbe de la communauté internationale. Les soldats français et les troupes de la Misca peinent à éteindre l'incendie, regrette à son tour LE JOURNAL DE BANGUI, avant de préciser que la comptabilité macabre est en pleine ascension. Même si le CICR ne dispose pas encore d'un bilan complet des morts recensés depuis le début des violences le 5 décembre dernier, certaines estimations font déjà état d'un millier de personnes tuées.

Une poudrière incontrôlée, c'est ainsi que le site FASOZINE résume encore la situation sur le terrain. Et de regretter que la Centrafrique offre désormais le pire des spectacles auquel on s’attendait le moins, avant d'en conclure, la confusion meurtrière qui règne en ce moment sur Bangui expose la Centrafrique aux pires convulsions de son histoire.

Quoi qu'il en soit, reprend le journal de Ouagadougou LE PAYS, il y a fort à parier qu’à allure où vont les choses, non seulement le pari des échéances électorales très prochaines ne sera pas tenu, mais aussi que le pays court un risque de sécession. Et d'ajouter, la Centrafrique est un bateau ivre qui tangue vers des horizons inconnus.

Et de fait, malgré l'absence de tirs hier, Bangui présente aujourd'hui le visage d'une ville dévastée, peut-on lire encore ce matin sur le site du magazine JEUNE AFRIQUE. L'Unicef a recensé 55 sites de déplacés dans la capitale, où s'entassent dans des conditions sanitaires désastreuses, 370 000 personnes, hommes, femmes et enfants. Il s'agit pour l'essentiel de gens de la ville, mais aussi de Centrafricains venus de province, qui espéraient trouver un peu de tranquillité à Bangui. Autour de l'aéroport, cette fois-ci, zone sécurisée par les soldats français et ceux de la force africaine, ils sont encore environ 100 000, selon des estimations de responsables humanitaires, vivant sous des tentes de fortune, dormant à même le sol. Chrétiens pour l'immense majorité, ils sont venus se placer sous la protection des militaires pour échapper aux exactions des ex-rebelles, majoritairement musulmans, tandis que de leur côté, les civils musulmans, eux, fuient la ville, craignant d'être victimes de représailles de milices d'autodéfense locales chrétiennes.

Populations déplacées, esprit de vengeance, xénophobie, témoignage macabre de ce climat de violences régnant dans la ville, conclue le journaliste, un cadavre, dit-il, git sur le sol, dans l'indifférence générale.

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