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Parfum de guerre froide en Europe.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Tandis que la Suède vient de mettre fin aux recherches d’un mystérieux sous-marin,«probablement étranger, qui s’était aventuré il y a une dizaine de jours près de Stockholm et que sa Marine a donc cherché en vain pendant une semaine, voilà que l'OTAN se dit à présent inquiète d'une forte activité aérienne des Russes ces derniers jours. Plusieurs incursions auraient été en effet constatée dans l'espace européen, au point que l'Alliance Atlantique se dit même aujourd'hui en état d’alerte. Et bien évidemment, précise le journal suisse LE TEMPS, sur fond de conflit en Ukraine, il y a là de quoi nourrir quelque méfiance.

Provocation ou test de la défense occidentale, de sa capacité de réaction, comme l'écrit LE DEVOIR de Montréal ? Et de quoi s’agit-il, plus précisément, avant de recourir aux pires fantasmes, interroge toujours LE TEMPS de Genève ? En fait, on sait désormais que des appareils des pays de l’Alliance atlantique ont décollé en quatre endroits différents, pour des missions d’interception contre des groupes d’avions militaires russes en mer du Nord tout d'abord. Des radars de l’Otan ont détecté mercredi huit avions russes, volant en formation. Aussitôt, des chasseurs norvégiens ont décollé et intercepté les appareils russes, quatre bombardiers stratégiques et quatre ravitailleurs dans l’espace aérien international. Six des huit avions ont alors fait demi-tour vers la Russie, mais 2 autres ont poursuivi leur route vers le sud-ouest. Ces 2 appareils, précise LE SOIR de Bruxelles ont alors été suivis par des chasseurs britanniques puis portugais jusqu’au-dessus l’océan Atlantique. Ils ont finalement rebroussé chemin. Sauf que vers 16h00, nous dit-on, les deux bombardiers qui semblaient avoir repris la direction de la Russie étaient toujours en vol. Et l'article toujours de préciser que ces appareils russes n’avaient pas introduit de plan de vol, qu'ils n’ont pas maintenu de contact radio avec les autorités chargées du contrôle aérien civil et qu'ils n’utilisaient pas de transpondeurs, ce qui est habituel dans de tels cas.

Selon l’Otan, de multiples interceptions ont également eu lieu mardi et mercredi en mer Baltique, cette fois-ci. Mardi, tout d'abord, pas moins de sept chasseurs russes ont été détectés, avant d’être pris en charge par des chasseurs allemands, danois, finlandais et suédois. Et puis mercredi, en mer Noire, des chasseurs turcs ont également intercepté quatre avions russes dans l’espace aérien international.

Concrètement, aucune violation de l’espace aérien de l’OTAN n'a été observée, mais le nombre de vols russes est important, précise le site EURONEWS. Rien d’illégal donc, mais sur fond de conflit en Ukraine, ces faits bien évidemment inquiètent et ce même si l'Alliance, d'ailleurs, ne fait aucun lien pour l'heure avec la crise ukrainienne.

Voilà pourquoi, reprend LE TEMPS de Genève, il semblerait qu’on n’en soit donc plus au stade de minimiser. Selon l’OTAN, plus de 100 interceptions d’appareils militaires russes ont déjà été effectuées cette année. Mais c’est tout de même trois fois plus que l’an dernier. Et puis surtout, le mystère demeure. Pourquoi les Russes qui n’avaient soumis aucun plan de vol, ont-ils ostensiblement refusé de se faire connaître aux contrôleurs aériens, ce qui représente qui plus est un risque potentiel pour les vols civils ?

Enfin à cela on pourrait encore ajouter une analyse des services de renseignement danois, publiée hier, faisant état d'une simulation d’attaques de missiles contre le Danemark. Ce rapport, précise le Courrier international, révèle que des avions sont descendus très bas vers une île située dans l’Est du royaume, comme s’ils étaient chargés de missiles prêts à attaquer.

De toute ces histoires, le quotidien EL PAIS, en déduit que la Russie cherche ainsi à exhiber ses muscles à ses voisins de l'OTAN. Pour son confrère SLATE, l’imprévisibilité tactique serait d'ailleurs aujourd'hui l’arme la plus redoutable du Kremlin, de sorte que chacun s’endort chaque soir en se demandant ce qu’il lira sur internet le lendemain. Mais plus encore, poursuit l'article, l’imprévisibilité russe ne serait pas qu’une arme tactique mais aussi la manifestation d’une faiblesse profonde qui taraude la Russie depuis 1991. Le plus grand pays de la terre par la superficie ne sait pas qui il est ni ce qu’il veut être. Vladimir Poutine est sans doute une intelligence aiguë mais étroite, qui ramène le monde réel à la vision qu’en ont les services secrets, mais à sa manière, il a su exprimer le problème existentiel de la Russie et laisser espérer qu’il allait le résoudre, en fusionnant, dans sa personne, le nationalisme russe et l’impérialisme, la nostalgie victimaire et l’agressivité impériale. Un cocktail idéologique qui aujourd'hui unit les contraires : les Tsars et les bolchéviques, le conservatisme moral et la prédication révolutionnaire. Et sa seule cohérence, comme jadis le totalitarisme, est dans la construction d’un ennemi mortel à tout faire, comprenez l’Occident responsables de tous les maux. Alors bien sûr, tout cela ressemble à une parodie, conclue l'article. Une parodie ridicule mais redoutable, comme nous le rappelle le sang versé en Ukraine depuis février dans cette guerre non linéaire.

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