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Pauvre Hillary...

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Bonjour, bonjour à tous,

C'est l'une des polémiques politiques de l'été aux Etats-Unis qui n'en finit pas de faire couler l'encre des éditorialistes. Le portefeuille de la famille Clinton est-il trop bien garni ? Tous les articles ayant trait à la fortune d'Hillary font depuis hier l'objet d'un site internet satirique lancé par le parti républicain, intitulé poorhillary.com ( pauvrehillary.com). De leur coté, les défenseurs de l'ancienne secrétaire d'Etat américaine dénoncent un débat stérile et stupide.

Il faut rappeler que l'ancienne sénatrice américaine, et ex-first lady, est pressentie, c'est le moins qu'on puisse dire, pour être candidate à la présidentielle de novembre 2016. Elle n'a pas officiellement confirmé l'information, mais, relaye la Tribune de Genève, invitée du Daily Show il y a quelques jours, Hillary Clinton a lancé sur le ton de la blague qu'elle préférait je cite "travailler depuis chez elle" et dans un bureau sans recoin. Référence, grosse comme une maison, au bureau ovale, qui a suscité l'hilarité du public sur le plateau de télé. Cette semaine le calendrier semble d'ailleurs s'accélérer puisque la probable future candidate était en déplacement hier dans la Silicon Valley à la rencontre des géants Facebook et Twitter avec même une séance de live interview par les internautes sur le réseau social. De leur côté les Républicains ont choisi ce lundi la ville qui aura la chance d'accueillir l'investiture de leur candidat : l'heureuse élue est Cleveland dans l'Ohio.

Mais revenons sur cette histoire d'argent qui passe mal. Dans une tribune publiée aujourd'hui dans le site du Washington Post, et intitulée "Pourquoi le storytelling de la riche Hillary Clinton n'a aucun intérêt", l'un des contributeurs réguliers à la revue américaine classée à gauche American Prospect, lance un appel à arrêter la mascarade et tire à volonté sur le camp républicain : "Si le seul message des républicains s'articule autour d'un seule phrase 'Hillary Clinton est trop riche pour être présidente', alors là on peut dire qu'il y a des cerveaux de génie dans le staff de campagne, et je vous conseille de réfléchir plutôt à qui vous pourrez essayer de placer à des postes clés de l'administration Clinton, une fois que celle ci aura été élue". Qu'Hillary Clinton ait gagné 12 millions de dollars en 16 mois depuis son départ du département d'Etat « n'a aucun rapport avec sa capacité à mettre en oeuvre des politiques qui favorisent la réduction des inégalités aux Etats-Unis ». L'auteur de l'édito pointe du doigt une stratégie populiste du désespoir côté républicain. Un sondage de l'institut de l'Université Quinnipiac publié aujourd'hui montre effectivement que, deux ans avant l'échéance électorale, tous les candidats éventuels républicains perdent dans les enquêtes d'opinion face à Hillary Clinton.

Certes il y a instrumentalisation de cette histoire, mais rappelle CNN, il ne faut pas oublier comment tout ça a commencé. C'est tout de même Hillary Clinton elle même qui s'est pris les pieds dans le tapis, qui a fait une grosse bourde dans une interview accordée à ABC. Si elle n'avait pas dit que les Clinton étaient « ressortis fauchés de la maison blanche », pour se justifier de la tournée de promo qu'elle fait pour vendre son livre, on n'en serait pas là. Pourquoi a-t-elle eu besoin de dire que son foyer était étranglé par les prêts, et avait une maison à entretenir? Pour être tout à fait exact, les Clinton ont d'ailleurs deux maisons, note le journaliste.

Une bourde suivie quelques jours plus tard des révélations gênantes du Washington Post encore. Le journal racontait comment ces neuf derniers mois, Hillary Clinton avait tenu plusieurs discours dans des universités moyennant de grasses rémunérations. 250.000 dollars versés par exemple par l'Université du Connecticut. Ou encore 300.000 dollars versés par l'université de Californie de Los Angeles. 1,8 millions de dollars au total reçus par l'intervenante, à l'heure où la dette des étudiants américain dépasse les 1.100 milliards de dollars et que le parti démocrate veut s'attaquer à ce problème. Les frais universitaires ont pourtant encore grimpé l'an dernier.

Une série de mésaventures médiatiques qui a valu à Hillary Clinton d'avoir la chance, ou plutôt la malchance, d'être élue personnalité de la semaine, à l'honneur de la chronique humoristique : "Who had the worst week? » (Qui a eu la pire semaine?) il y a quelques jours. Le chroniqueur notant au passage que les ventes de son livre "Hard choices" avait chuté la même semaine. Moins 40%.

Plus qu'une maladresse c'est une véritable « difficulté à parler de cette problématique de richesse » qu'a démontré la probable candidate, poursuit CNN. Dans un pays où l'enrichissement est à la fois très décomplexé, et où les 99% seraient de plus en plus remontés contre les 1%. En témoigne le slogan du mouvement social Occupy Wall Street de 2011.

Mais franchement, et si cette avalanche de critiques n'était pas un peu disproportionnée tout de même? Et si tout cela n'était pas un brin sexiste ? "Je suis frappée de voir la violence dont est l'objet une femme comme Hillary Clinton, en France mais aussi aux Etats-Unis", s'interroge une blogueuse enseignante en anglais sur le site de Médiapart. "Toutes ces critiques, même violentes, me rendent plus forte », expliquait hier soir l'ancienne secrétaire d'Etat, interrogée par des internautes et alors qu'elle tenait donc une conférence au siège de Twitter, tout en revenant sur le « sexisme, oui, dont souffrent les femmes en politique et dans l'administration américaine ».

Avant de conclure sur le thème des nouvelles technologies, je cite "les réseaux sociaux ne doivent pas devenir une arme", référence au rôle sensible de Twitter dans les conflits qui secouent le monde ces jours ci. Référence indirecte, peut-être aussi, à la campagne de dénigrement dont elle fait l'objet sur internet de la part du camp républicain.

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