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Pékin recherche le soutien des hommes d'affaires de Hong-Kong

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Le poing levé et un tee-shirt blanc, la couleur du deuil. Des centaines d'étudiants ont séché les cours hier et ont envahi le campus de l'Université chinoise d'Hong-Kong. Récit et photos sur le site du South China Morning Post. C’est le début d'une semaine de boycott dans les 26 établissements supérieurs de la ville. Les manifestants étaient 13.000 selon la Fédération des étudiants. La police n’a fourni aucun chiffre fourni.

Aujourd'hui, ils se rendront devant le siège du gouvernement de la Ville, annonce le quotidien. Ils appellent l'ensemble de la population à les rejoindre pour remettre aux autorités de Hong Kong, la liste de leurs revendications. Ils demandent notamment que les candidats à l'élection pour le poste de "dirigeant en chef " de Hong-Kong, sorte de président de la Région administrative spéciale, ne soient pas nommés par un comité aux ordres de Pékin, comme cela a été décidé cet été, mais par le peuple.

A l'annonce de cette réforme électorale, fin août, des militants pro-démocratie, le mouvement Occupy Central, avaient promis de réagir, menaçant justement d'occuper Central, le centre d'affaires d'Hong-Kong. La mobilisation était prévue pour le 1er octobre. Mais les étudiants ont pris les devants.

Le mouvement a pourtant peu de chances d'obtenir gain de cause, estime le New York Times. Peu importe, répond une étudiante. "Si je ne manifeste pas, je suis sûre que je le regretterais plus tard. "

Echo d'une autre étudiante, cette fois dans les colonnes du South China Morning Post : "Je ne peux pas rester silencieuse. Quand la société est divisée, je refuse d'être du mauvais côté. "

Une division de la société, c'est justement ce à quoi on est en train d'assister à Hong-Kong. "La question de l'élection de 2017 a accentué les clivages dans la ville ", souligne le Wall Street Journal .

Pendant que les étudiants protestent, 70 hommes d'affaires et investisseurs, les plus puissants d'Hong Kong, ceux qui tiennent les rênes du pouvoir dans la ville, sont à Pékin. Visite à l'invitation du président chinois. Du jamais vu depuis 2003, précise le South China Morning Post .

Pour le China Daily qui suit la ligne imprimée par Pékin, il s'agit de rassurer les milieux économiques, inquiets d'une éventuelle déstabilisation de la ville très mauvaise pour les affaires. Xi Jinping a donc affiché sa détermination. Il reste sur la même ligne par rapport à Hong-Kong. La théorie "un pays, deux systèmes" reste de mise. Hormis cette histoire de candidats désignés pour 2017, pas question d'imposer les méthodes chinoises à la Zone administrative spéciale. Hong-Kong conservera bien son administration et son système judiciaire.

Mais il faut lire entre les lignes de ce discours rassurant, décrypte Willy Lam, professeur à l'Université chinoise de Hong Kong, dans les colonnes du Wall Street Journal. Il y a en effet un deuxième message plus subtil, explique-t-il. Et c'est : si vous ne soutenez pas Pékin à 100%, alors il pourrait y avoir des conséquences sur vos intérêts et vos affaires à Hong-Kong mais aussi plus largement en Chine.

Le China Daily rappelle ainsi qu'il n'y a pas si longtemps de cela, Hong-Kong, frappée par la crise asiatique, était à genoux. Et à chaque fois que l'île a eu besoin d'aide, le gouvernement central a répondu présent invariablement, souligne le quotidien. En témoignent les 30 mesures mises en places en 2012 pour soutenir le commerce, la finance, l'éducation, la science, la technologie ou bien encore le tourisme, détaille le China Daily .

Ou comment faire pression très adroitement sur les milieux économiques...

Il faut dire que les autorités de Pékin sont dans une situation délicate. Comme l'explique Willy Lam, toujours dans le Wall Street Journal , "elles savent que la population est très mécontente du processus électoral. Elles ont donc besoin de ces gros bonnets qui jouissent d'un grand prestige et ont une influence considérable afin de convaincre l'opinion publique. " La convaincre de ne pas descendre dans les rues.

Le message semble en tout cas être bien passé. Plusieurs membres de la délégation ont pris la parole hier. Certains pour critiquer les étudiants et leur demander d'œuvrer de manière plus constructive au développement de Hong-Kong

D'autres pour souligner que le suffrage universel, c'est quand même déjà pas si mal. Un point de vue repris par le China Daily ce matin qui rappelle que c'est Pékin qui l'a autorisé alors que la déclaration commune sino-britannique ne l'y obligeait pas. C'est un changement majeur par rapport à ce qu'a connu Hong-Kong quand elle était une colonie britannique, estime le journal. Les 28 gouverneurs successifs venaient tous de Londres sans que la population ne soit consultée à aucun moment.

Alors aujourd'hui le suffrage universel, "une voix, un homme", c'est une vraie avancée démocratique, conclut le journal.

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