LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Petits enfants, petits problèmes, grands enfants, gros problèmes.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le petit enfant devenu grand garçon s'appelle Yaïr. Or jusqu’ici, il traçait le parcours rêvé du fils parfait. Le fils de Benjamin Netanyahou évitait à son père d’éventuelles éclaboussures. Et comment le faisait-il, interroge LE SOIR de Bruxelles ? Réponse : de la plus simple des manières, il ne marchait tout simplement pas dans les flaques. Et c'est donc sans doute avec une pointe de fierté que la semaine dernière, à Davos, le Premier ministre israélien avait choisi de vanter les multiples mérites de ce fils irréprochable à son homologue norvégienne, la brave Erna Solberg, laquelle n’imaginait pas alors que la confidence qu’elle allait répercuter à un journal norvégien ferait tant de bruit. Car sous des dehors anodins, l’information est capitale : le fils de Bibi a passé quelques jours en Norvège. Sauf que Yaïr n’était pas seul mais avec une Norvégienne de deux ans son aînée, Sandra.

Un détail qui n'a pas tardé à chipoter certains députés israéliens. Et pourquoi ? Sandra aurait-elle été convaincue d’espionnage pour le compte de l’Iran ? Non, il se fait que la jeune dame n’est pas juive et qu’il se trouve donc aujourd'hui des représentants politiques du parti ultra-orthodoxe Shass, pour parier que cela fait de la peine au Premier ministre, dont les petits-enfants potentiels ne seraient, de facto, pas juifs, puisque la religion juive se transmet, comme on le sait, par la mère.

Mais Benjamin Netanyahou, lui, s’est-il plaint d’une menace quelconque ? S’est-il ouvert auprès de sa collègue norvégienne de risques encourus à l’arrière d’un scooter piloté par un garde du corps ? A-t-il pesté contre l’influence que cette cavalière conduite aurait sur ses propres décisions politiques ? A-t-il pleuré les conséquences que tireraient de simplistes électeurs à propos de sa capacité de raisonnement ou de son sens des responsabilités, lui, qu’ils jugeraient incapable de dicter sa conduite à un fils depuis longtemps majeur et à coup sûr vacciné ? Bien sûr que non. Et pour cause, si Bibi ne voit pas le problème, c'est parce que lui-même a été marié en deuxième noces avec une Anglaise non-juive, Fleur Cates, entre 1981 et 1984, avant d’épouser Sara Ben-Artzi, une psychologue avec qui il a eu deux fils, dont le fameux Yaïr.

Seulement voilà, si Benyamin Netanyahou, pas fou, précise LE TEMPS de Genève, se refuse à tout commentaire, en revanche, il n’en fallait pas davantage pour que l’extrême droite israélienne et les partis religieux attaquent, eux, frontalement le chef du gouvernement sur ces amours «pas casher» qu’il a l’outrecuidance, qui plus est, de cautionner. Et c'est vrai que d’emblée, le ton frappe par sa violence extrême: «Il crache sur la tombe de sa grand-mère et de son grand-père», a notamment déclaré un membre ouvertement nationaliste de la belle-famille du premier ministre. Benjamin Netanyahou doit «faire preuve d’une responsabilité nationale» et tout bonnement, autoritairement, mettre fin à cette relation. Car «il n’y a pas de pénurie de belles filles qui réussissent» en Israël et «il n’y a pas besoin d’aller voir ailleurs», a également confié au JERUSALEM POST, un rabbin député à la Knesset et membre du parti religieux Shass. Quant à l’organisation d’extrême droite nationaliste et religieuse Lehava, qui présente la particularité de gérer une hotline pour prévenir les mariages mixtes, précise le site ISRAEL NATIONAL NEWS, elle a même ajouté : «Le fils de Bibi a trouvé une goy et son père est fier de lui et donne une légitimité à l’assimilation et à la destruction du peuple juif», prétextant, là encore, et tant pis si l'on va sans doute un peu vite en besogne, que les petits-enfants à venir ne seraient pas juifs. Le PDG de cette organisation s’est même adressé directement en ces termes au premier ministre : «Les actions et implications de votre fils sont graves, dit-il, à la fois pour votre famille ainsi que vis-à-vis de la nation. Quel exemple devrait donner le fils du premier ministre de l’Etat juif qui a investi des millions dans la prévention de l’assimilation à l’étranger, lorsque l’assimilation se produit dans sa propre maison? Et d'ajouter, votre père doit se retourner dans sa tombe ».

Et même si, entre-temps, on a appris que Sandra appartenait à une famille évangéliste très pro-israélienne, reste que Benjamin Netanyahou, n'est pas à la fête, peut-on lire encore sur le site de la RTBF. Sans compter qu'il existe un vrai problème technique, si toutefois Netanyahou junior souhaite un jour épouser sa petite amie car il n’existe pas de mariage civil en Israël. Les partis religieux bloquent toute évolution du statut du mariage. Ainsi, les couples mixtes, athées ou agnostiques doivent aller se marier ailleurs, ou bien se convertir au judaïsme, un processus long et complexe. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle le vice-président de l’Organisation sioniste mondiale a aussitôt souhaité que la loi de conversion soit assouplie afin que Sandra puisse devenir juive.

Alors par-delà les cercles ultrareligieux et d’extrême droite, la nouvelle n’a pas provoqué de tremblement de terre en Israël. Ehoud Olmert, dauphin d’Ariel Sharon, de passage à Paris, a même déclaré que les jeunes ont le droit d’aimer « qui ils veulent ». Autrement dit, la coalition au pouvoir ne va pas, a priori, s’effondrer malgré les cris d’horreur des ultras.

Mais tout de même, conclue LE TEMPS de Genève : Et dire qu'au sommet de Davos, le premier ministre israélien croyait pour une fois faire preuve de diplomatie, en parlant à son homologue norvégien du «rapprochement» entre leurs deux peuples.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......