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Petrobras : le scandale qui secoue le Brésil

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La Cour suprême du Brésil a donné son feu vert au parquet pour enquêter sur des dizaines d'hommes politiques dans le cadre du scandale de corruption Petrobras. Une enquête qui fait trembler la coalition au pouvoir et menace l'économie du pays.

Brazil's President Dilma Rousseff delivers a speech during the opening ceremony of Brazilian oil giant Petrobras' P-56 oil rig.
Brazil's President Dilma Rousseff delivers a speech during the opening ceremony of Brazilian oil giant Petrobras' P-56 oil rig. Crédits : Sergio Moraes - Reuters

Voilà plusieurs jours que les spéculations allaient bon train. Le parquet préparait une liste de noms de personnalités pressenties pour une investigation, destinée à faire toute la lumière sur le vaste réseau de corruption au sein du géant pétrolier Petrobras. Cette liste rendait évidemment fébriles nombre de responsables politiques du pays. Y figurer ou pas, telle était la question lancinante, qui parcourait depuis quelques temps les rangs des parlementaires brésiliens, écrit O GLOBO. Beaucoup essayaient de savoir si leur nom allait ou non figurer sur cette liste. Or le suspens a pris fin, juste à la veille du week-end. La liste est finalement tombée vendredi soir et elle est impressionnante : 49 hommes politiques au total sont cités, dont 12 sénateurs et 22 députés en cours de mandat.

Tous les partis ou presque y sont représentés, précise LE TEMPS de Genève. La plupart de ces parlementaires sont notamment issus du Parti progressiste, une coquille vide, qui soutient les gouvernements en place pour puiser dans les caisses publiques. Mais les grands partis ne sont pas en reste : le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), le principal allié de la présidente, compte sept représentants dans la liste, dont le président de la chambre des députés mais aussi celui du Sénat. Au Parti des travailleurs, celui de Dilma Rousseff, ils sont huit, dont une sénatrice ex-chef de cabinet de la présidente, ainsi que le trésorier du parti. Enfin même le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), la principale formation d’opposition, n’y échappe pas.

En revanche et contrairement à certaines versions erronées parues dans la presse, ce week-end, la présidente Dilma Rousseff, laquelle avait pourtant siégé en tant que ministre de l’énergie au conseil d’administration de Petrobras, de même qu'Aécio Neves, son principal opposant à l'élection présidentielle d'octobre dernier, échappent tous deux à l'ouverture d'une enquête. Les mentions les concernant n'étant pas suffisantes, précise à nouveau le journal O GLOBO, pour ordonner l'ouverture d'une investigation.

Tous ces parlementaires sont accusés d’avoir reçu des fonds détournés du géant pétrolier national Petrobras, via des contrats surfacturés passés avec des entreprises. Celles-ci s'entendaient entre elles pour désigner celle qui emporterait l'appel d'offres de Petrobras. Dès-lors, l’entreprise choisie facturait le prix maximum et une partie de la somme était ensuite reversée en pots-de-vin à des intermédiaires, notamment des politiques, raconte le journal CORREIO 24HORAS. En clair, tous ceux dont les noms sont cités sur la fameuse liste recevaient des pots-de-vin, une fois par semaine, tous les quinze jours ou une fois par mois. Un retentissant scandale de contrats frauduleux et de blanchiment d'argent et qui aurait généré, au total, un manque à gagner de quelques 4 milliards de dollars en 10 ans pour le géant pétrolier, la compagnie phare du pays contrôlée par l'Etat et autrefois fierté nationale.

A présent, la révélation de ces noms risque évidemment de secouer le Parlement, déjà largement fragmenté, commente le quotidien EL PAIS BRASIL cité par le Courrier International. Car si la présidente Dilma Rousseff, de plus en plus isolée et impopulaire, au plus bas dans les sondages, misait sur la publication de cette liste qui éclabousse l’ensemble de la classe politique pour réduire la pression sur son parti (et de ce point de vue, c’est réussi), en revanche, la crise politique gagne désormais l'ensemble du pouvoir législatif. Et l'on pourrait même ajouter le pouvoir judiciaire, car le principal allié du parti au pouvoir au sein de la coalition crie aujourd’hui à la manipulation, convaincu que le gouvernement a fait pression sur le procureur général pour les mouiller.

Voilà pourquoi ce scandale apparait d'ores et déjà, comme la plus grave crise depuis la fin de la dictature militaire. Parce qu’elle affecte non plus seulement les partis mais aussi les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire.

Et puis, si la chef de l’Etat tire pour l'instant son épingle du jeu, un des délateurs passés aux aveux dans l’espoir d’une remise de peine assure que la présidente et son prédécesseur, Lula, étaient au courant de ce qui se tramait à Petrobras, précise à nouveau LE TEMPS. Pis encore puisque sa première campagne, en 2010, aurait même bénéficié de fonds détournés du géant pétrolier. Et c'est ainsi que de nombreux commentateurs jugent que le cours de l’enquête pourrait même se révéler plus accablant encore pour le Parti au pouvoir, du fait notamment que tous les délateurs n’ont pas encore parlé.

D'où cette question soulevée par l'hebdomadaire économique brésilien EXAME : l'affaire de corruption de Petrobras va-t-elle paralyser tout le pays ? Car au-delà des conséquences politiques et outre Petrobras, une trentaine de grandes entreprises sont également impliquées dans ce scandale, entraînant l'arrêt de chantiers, la révision de lignes de crédits et la suspension de contrats. En d'autres termes, alors que l'économie est en berne depuis 5 ans, la situation menace à présent l'ajustement budgétaire que le pays vise pour relancer la croissance.

Enfin ultime conséquence : les enquêtes devraient durer un an. La partie procédurale pourrait ensuite nécessiter deux ans d’audiences. Une instruction qui laisse donc présager une première vague de jugements en 2018, c'est-à-dire en pleine année électorale.

Par Thomas CLUZEL

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