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Plusieurs enquêtes, et autant de vérités un an après le crash du MH17 en Ukraine

5 min

17 juillet 2015... il y a très exactement un an, le vol Amsterdam-Kuala Lumpur MH17 de la Malaysia Airlines était abattu en plein vol, dans le ciel ukrainien.
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Commémoration à l'occasion du 1er anniversaire du crash du MH17 en Ukraine Crédits : ROMAN PILIPEY

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Le crash a tué les 298 personnes à bord, l'avion s'est écrasé dans la région de Donetsk, où les combats entre l'armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes faisaient rage à l'époque.

Les victimes étaient en grande majorité néérlandaises, mais aussi malaisiennes, australiennes, britanniques.

Et les journaux de tous ces pays consacrent une large place ce matin à la catastrophe. Il y a bien sûr les commémorations, qui ont commencé en Australie, qui vont commencer au Pays-Bas, mais l'essentiel des articles est consacré à l'enquête, ou plutôt aux enquêtes qui tentent d'établir ce qui s'est vraiment passé ce jour-là au-dessus de la zone de guerre.

Et là, force est de constater avec le site d'info russe RBK, qu'un an après, la discorde reste complète entre Moscou et les pays occidentaux.

La télé officielle russe Russia Today déplore que les experts russes n’aient jamais été impliqués dans l'enquête internationale dirigée par les néerlandais, alors qu'ils en avaient fait la demande.

Russia Today interroge le journaliste belge Michel Collon, spécialiste autodésigné de la "désinformation et de la propagande occidentale"... un proche du réseau Voltaire... Et Collon d'affirmer que l'enquête internationale n'a "pas pour but de faire éclater la vérité, plutôt d'accuser encore et toujours la Russie". Il y voit un parallèle entre ce qu'il appelle les médias-mensonges américains et cette phrase de Goebbels : "mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose".

Russia Today rappelle que selon les derniers rapports des experts russes, ce serait un missile air-air, tiré par un avion de chasse Soukhoi ukrainien, qui aurait abattu le MH17.. Une version à laquelle se raccrochent les russes mais qui a été plusieurs fois contestée, les Soukhoi ne pouvant techniquement pas voler à l'altitude de croisière d'un avion de ligne.

L'américaine CNN, elle, cite des sources qui ont pu consulter le rapport des experts hollandais. Ses conclusions seront officialisées en octobre, mais selon les fuites obtenues par CNN,ça ne fait plus de doute: ce sont les séparatistes du Donbass, avec un missile sol-air russe tiré depuis une batterie Buk-M, qui ont abattu le Boeing.

C'est donc version contre version, mais certains internautes n'ont pas attendu la fin de l'enquête internationale pour reconstituer le fil des évènements.

C'est l'une des particularités de ce drame : à l'enquête officielle s'est ajoutée une démarche citoyenne, indépendante, menée par le site britannique Belling Cat. Il a été créé par un certain Eliot Higgins.... avec une méthode complètement innovante: il traque les moindres données disponibles sur la toile, en particulier sur les réseaux sociaux, pour reconstituer la vérité des faits.

Dans son dernier article sur le crash du MH17, publié aujourd'hui, Belling Cat explique à nouveau sa démarche: Il se base non pas sur tout ce qui a pu être publié "après" la catastrophe, trop manipulable... mais sur les témoignages spontanés des internautes qui se trouvaient dans la zone. Rien qu'avec les tweets d'habitants du secteur qui signalent le passage d'un convoi russe avec la fameuse batterie anti-missile BUK; le matin du drame, on arrive à retracer précisément la route que ce convoi a emprunté depuis la frontière russe... On ajoute à ça les photos et vidéos postées sur les réseaux... et l'on suit à la seconde près l'arrivée de l'artillerie, le tir et son écho assourdissant, la chute de l'avion et sa trainée dans le ciel, puis les premiers témoignages ahuris en provenance du site du crash.

C'est tellement précis que Bellingcat a décidé de créér un compte twitter spécial pour ce 17 juillet... @MH17live... un compte qui fera revivre minute par minute, en republiant des tweets d'il y a un an... tout le déroulement des événements.

Et cette méthode d'investigation à distance, à travers les données publiées sur internet, elle fait florès autour du conflit en Ukraine.

Elle a été utilisée notamment il y a quelques semaines par le journaliste Simon Ostrovsky, qui couvre le conflit ukrainien pour le site américain Vice News.

Officiellement, le Kremlin continue de nier toute implication de ses soldats dans l'Est de l'Ukraine, mais Ostrovsky a pu prouver le contraire. Pour ce faire, il est parti du compte personnel d'un soldat basé en Sibérie, sur l'équivalent russe de Facebook.

Ledit soldat a la fâcheuse manie de faire des selfies partout où il va avec son régiment, alors sur la base de ces clichés, le journaliste a retrouvé les endroits où le jeune homme s'est photographié l'hiver dernier... et ça l’a mené jusqu'à un check-point, dans un village ukranien contrôlée par les séparatistes. CQFD.

La presse internationale réagit aussi vivement ce matin à une nouvelle vidéo de ce crash du MH17 publiée par un journal australien.

Vidéo abondamment reprise à travers le monde... sauf peut-être en Russie... Les images ont été filmées dans les minutes qui ont suivi le crash... sur le site même. Derrière la caméra on devine un combattant du camp séparatiste... au début il cherche les débris d'un avion de chasse ukrainien... celui que les séparatistes pensaient avoir abattu... mais il comprend vite qu'il s'agit d'un avion de passager malaisien... On le voit aussi ouvrir le sac d'une des victimes, fouiller à l'intérieur ... et en arrière-plan la voix d'un de ses supérieurs qui ordonne de faire disparaître toutes traces de victimes civiles... consigne... irréelle d'un gradé dépassé par les évènements... on l'entend aussi donner l'ordre de prendre la boîte noire retrouvée au sol... et de l'emmener dans une voiture.

Par Camille Magnard.

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