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Poker menteur en Italie.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Même s'il ne s'agit là que d'une fonction honorifique, l'élection du nouveau président italien n'en agite pas moins la presse. C'est en effet aujourd'hui que les grands électeurs doivent se réunir à Rome pour élire le successeur de Giorgio Napolitano. Sauf que les parlementaires ne savent toujours pas pour qui ils vont devoir voter. A chaque jour son pronostic. En dépit des incertitudes, la presse table notamment sur trois noms : l'ex-chef du gouvernement Amato, l'actuel ministre des Finances Padoan et puis le juge constitutionnel Mattarella, avec d'ailleurs une préférence de Matteo Renzi pour ce dernier, du moins à en croire ce matin la Une d'IL CORRIERE. Sauf qu'ils sont un certain nombre, en réalité, à affirmer aujourd'hui que si le chef du gouvernement tient ses cartes cachées, c'est qu'il n'a toujours pas la solution en main. Ou dit autrement, poursuit le journal de Milan : la négociation sur la présidence est toujours ensablée.

Et pourtant, depuis une semaine, Matteo Renzi a laissé de côté sa casquette de président du Conseil pour revêtir son habit de secrétaire du Parti Démocrate, afin de mener lui-même les négociations avec les autres formations politiques. Car en Italie, le président de la République est choisi par l'assemblée des Grands électeurs. En tout quelques 1000 votants, dont un peu plus de 400 sont issus du parti au pouvoir. Or pour élire le président, une majorité des deux tiers est requise lors des trois premiers tours, puis une majorité simple à partir du 4ème tour. Ce qui signifie que le parti de Matteo Renzi ne dispose pas, à lui seul, du nombre de voix nécessaires pour élire un Président de son choix, que ce soit lors des trois premiers tour ni même lors du dernier et quatrième tour.

Et dans ces conditions, on imagine en effet combien il doit être difficile pour le premier ministre de trouver un nom qui lui convienne, mais qui puisse aussi recueillir des votes au sein de l'opposition. C'est d’ailleurs la raison pour laquelle, la consigne de vote des deux principales forces en présence, le Parti Démocrate de Matteo Renzi et la droite autour de Silvio Berlusconi, est pour l'heure de voter blanc lors des trois premiers tours, aujourd'hui et demain, afin de parvenir samedi ou dimanche au plus tard à l'élection d'un président.

Des méthodes que nombre de parlementaires n'apprécient guère, au point que certains élus démocrates menacent même à présent d’opposer au chef du gouvernement une candidature alternative. Ils reprochent notamment à leur dirigeant une trop grande proximité avec Silvio Berlusconi. Il faut dire qu'il y a un an, rappelle LE TEMPS de Genève, les deux leaders de centre gauche et de centre droit s'étaient rencontrés pour s’entendre sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles en cours. Or la nouvelle loi électorale, fruit de cette entente a justement été approuvée cette semaine par le Sénat, en dépit de l’opposition de 24 élus démocrates. Ce qui veut dire que les voix de Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, se sont avérées indispensables. D'où cette question : les voix de la droite seront-elles encore indispensables lors du choix du chef de l’Etat ? Seule certitude, le résultat fera des mécontents quelle qu’en soit l’issue. Et c'est la raison pour laquelle il s'agit pour Matteo Renzi de savoir qui, de ses propres élus ou du Caïman, lui sera le moins nuisible. Mais surtout, de l'issue de cette négociation en coulisses dépendra la réponse à la question : qui contrôle qui ? Car avec cette élection, l’ancien président du Conseil et magnat des médias, Silvio Berlusconi souhaite évidemment démontrer qu’il est encore un acteur politique incontournable.

Et voilà pourquoi, les dissidents de gauche comme de droite craignent désormais la naissance d’un grand parti de la nation, à l’image de la Démocratie chrétienne du siècle passé, rendue possible par l’alliance entre Matteo Renzi et Silvio Berlusconi. Reste que si l’entente était vraiment scellée, alors l’élection du président interviendrait dès le premier tour. Or hier soir, les deux hommes n’ont pas réussi a priori à s’entendre sur un candidat commun.

Toujours est-il que le pire des scénarios mettrait donc en scène l’explosion de la gauche comme de la droite. Mais pour être tout à fait exact, nombreux sont ceux pour qui le risque que la législature actuelle prenne fin est faible. Il est peu probable, préviennent les politologues italiens, que le premier geste du président de la République à peine élu soit de dissoudre les Chambres. Et il est peu probable, aussi, qu’après son ascension fulgurante au sommet de l’Etat, Matteo Renzi rate ce rendez-vous politique au point de perdre son poste de premier ministre.

Quoi qu'il en soit, tous souhaitent à présent éviter le fiasco de 2013. Les élus avaient été à l'époque incapable de trouver un successeur à Giorgio Napolitano, à cause notamment d’une dissension au sein du Parti Démocrate. L’ancien communiste nonagénaire s’était vu dès-lors contraint de revenir pour un second mandat, une première dans l’histoire de la République italienne. Deux ans plus tard à peine, conclue LA REPUBBLICA, on assiste donc à une nouvelle version de l’histoire de l’ingouvernabilité du Parlement et du dysfonctionnement de ses méthodes démocratiques, comprenez les accords et les compromis entre les partis.

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