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Pollution en Chine

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Le site chinois Global News a posté une galerie de photos d'un lampadaire puis d'une gare routière de Harbin dans le Nord Est de la Chine que l'on distingue à peine. Avec ce titre : "Un épais brouillard enveloppe les villes du Nord Est." Un épais brouillard qui n'est en réalité qu'une épaisse chape de pollution, à base de plomb sans doute et autres particules fines...

Hier, cet épais brouillard jaunasse a paralysé Harbin, une métropole de plus de 10 millions d'habitants. On y voyait à peine à 50 mètres ! La télévision d'état CCTV a bien diffusé les images de cette ville fantôme. Elle a bien dû confirmer que les écoles primaires ont annulé leurs classes, que les bus publics ont cessé de circuler, que les autocars longue distance ont interrompu leur service, que l'aéroport local a été fermé et même les autoroutes, en proie à de nombreuses collisions. L'agence Chine Nouvelle a relayé le récit quelque peu surréaliste d'un fonctionnaire en charge de la circulation. Xue Yyuqing raconte que "les automobilistes qui ont brûlé des feux rouges ne seront pas sanctionné car ils ne pouvaient pas voir la couleur de ces feux". L'agence a dû expliquer que la densité de l'air en particules était plusieurs fois supérieure aux limites recommandées par l'Organisation Mondiale de la Santé.

Le nuage de pollution qui s'est abattu sur la ville de Harbin survient justement une semaine après que l'OMS ait classé la pollution de l'air comme cancérigène. L'organisation citait la Chine en exemple de ces pays à forte croissance où la pollution de l'air extérieur ne constitue pas seulement un risque majeur pour la santé en général mais une cause environnementale prépondérante des décès liés au cancer. Et l'OMS de rappeler qu'il y a des moyens très efficaces de réduire la pollution de l'air. D'où sans doute la réaction des autorités de Harbin hier, inédite. On arrête tout ou presque... et on ressort les masques pour un minimum de protection. Un minimum. Une alerte rouge a été déclenchée dans les trois provinces autour de Harbin: Heilongjiang, Jilin et Liaoning.

Il est vrai qu'avec une visibilité à moins de 50 mètres, il y avait urgence... Les médias locaux ont fait immédiatement le lien avec la mise en route ces derniers jours du système public de chauffage au charbon pour passer l'hiver au chaud. Ce qui a provoqué un énorme embouteillage... sur les sites de micro blogging. Celui de Weibo par exemple. Un internaute voulait rester drôle en racontant que lui et ses amis étaient arrivés en retard en classe parce qu'ils n'avaient pas réussi à trouver le bâtiment de l'université. Un autre n'avait pas vraiment la même envie d'humour : Backpacker Xiao, c'est son nom de scène, décrit sa ville comme "une ville morte". Citations reprises par toutes les agences de presse internationales. Comme celle de cet étudiant racontant que sa mère l'appelé pour savoir comment était l'air à Changcun et s'il toussait. "Je lui ai répondu que ça allait mais que j'espère vivre suffisamment longtemps pour être diplômé".

Les microbloggers ont bien noté que l'agent polluant responsable du brouillard avait dépassé dans la nuit de dimanche à lundi les 1 000 microgrammes par mètre cube et par heure, que les autorités affirment que la quantité de particules toxiques en suspension est si élevée qu'elle ne peut être mesurée avec exactitude dans plusieurs lieux de la ville. Tout simplement parce que la moyenne relevée en 24 heures atteint le maximum d'une échelle... composée de six niveaux. Le richter de la pollution atmosphérique explosé en quelques heures. Et pour combien de temps ? A Jakarta en juin dernier, le nuage indonésien est resté près de trois semaines. Nuage dû aux incendies volontaire, écobuage sauvage destiné à planter ensuite des palmiers à huile. A Harbin, ce serait donc le chauffage urbain qui aurait fait déborder le vase de pollution chinoise...

"Merci de servir le peuple... avec du brouillard" disent les internautes les plus courageux pour dénoncer l'incapacité selon eux des autorités à faire face durablement alors que l'hiver dans cette région est particulièrement rude, rappelle le quotidien Beijing Times. Alors combien de temps encore...? Selon les services météorologiques cités par les médias officiels, ce brouillard devrait s'aggraver "dans les prochaines 24 heures" mais pas de prévisions à 5 jours, à 14 jours, rien de plus.

Et surtout à qui le tour ? Qui va brancher prochainement son chauffage urbain ? Les principales villes chinoises sont concernées avec leurs milliers de citadins hospitalisés pour des détresses respiratoires, des problèmes cardiaques à répétition.

Comment le pouvoir central, comment les dirigeants des provinces chinoises vont-ils gérer les déclarations et accusations de l'OMS de la semaine dernière, juste avant l'hiver, juste avant le redémarrage des chauffages urbains ? Que répondre à cette étude publiée en mars dernier qui dit que La pollution de l'air a contribué au décès prématuré de 1,2 million de personnes en Chine en 2010 ?

Pour l'instant, le gouvernement a annoncé qu'il rend désormais les cadres locaux responsables de l'amélioration de la qualité de l'air dans leurs villes... La municipalité de Pékin a pour sa part annoncé jeudi dernier son intention d'instaurer un système de circulation automobile alternée les jours où la qualité de l'air est particulièrement dégradée. Ce qui vient de se passer à Harbin, avec des mesures autrement plus radicales, donne une idée de ce qui pourrait arriver dans la capitale chinoise... l'apocalypse demain.

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