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Pour que la crise ukrainienne ne sombre pas dans l'oubli.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Même si on a l'impression que tout a déjà été expliqué, analysé et commenté, la répétition, comme le dit un vieil aphorisme du monde médiatique, reste l'âme du journalisme. Et voilà pourquoi, prévient le quotidien WIENER ZEITUNG, même si pour les plumes des journalistes, comme pour les oreilles des citoyens, les titres sur l’Ukraine ont parfois tendance à tomber dans une certaine routine, il ne faudrait pas pour autant s’habituer à la crise.

Et d’ailleurs, les titres alarmants de la presse ces derniers jours devraient logiquement nous en dissuader. Quand le KIEVPOST affirme à sa Une que nous avons désormais atteint le point de non retour, son confrère FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG parle lui à présent d’une Ukraine hors de contrôle. De là à une guerre civile ouverte, il n'y a plus qu'un tout petit pas, résume encore son confrère DIE TAGESZEITUNG.

Et de fait, hier, les combats ont à nouveau fait rage dans l'Est du pays. Le bilan de la journée reste encore incertain. Des sources officielles ukrainiennes font état de quatre morts dans les rangs de l’armée. En revanche, du côté des rebelles, le bilan atteindrait 30 morts, selon l’agence ukrainienne UNN.

Des combats intenses se sont déroulés dans les faubourgs de Slaviansk et notamment autour d’une tour de radio télévision. Car bien sûr, comme toujours, l'un des éléments clés du conflit reste le contrôle de l’information, rappelle le correspondant du TEMPS de Genève. Et celui qui contrôle la tour décide justement des chaînes diffusées : ukrainiennes ou russes. Or les habitants du Donbass, très majoritairement russophones, regardent de préférence la télévision russe, laquelle fait tout ce qu’elle peut aujourd'hui pour présenter le gouvernement comme « la junte de Kiev ».

Et pas seulement, d'ailleurs, la télévision russe, puisque c'est ainsi également que le journal de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG nomme aujourd’hui les autorités ukrainiennes qui désormais tirent, dit-il, sur leurs compatriotes. D'où le commentaire signé de son confrère tchèque PRAVO : les morts d'Odessa jettent sur les dirigeants ukrainiens une ombre qui devrait amener l'Ouest à revoir ses positions. Ou dit autrement, l'Europe ne saurait continuer de soutenir aveuglément le régime de Kiev.

Même une partie de l’intelligentsia ukrainienne semble à présent baisser les bras, voire pousser les régions séparatistes hors du pays. Ils veulent leur indépendance? Qu’on la leur donne, voilà ce que l'on pouvait lire en substance dans les colonnes de plusieurs journaux influents ces derniers jours.

Si l'avenir de l'Ukraine, c'est la désintégration, alors l'Occident ne doit pas chercher à l'empêcher, lance à son tour DER SPIEGEL, l'hebdomadaire allemand pour qui personne, dit-il, ne subira de dégâts si l'Est de l'Ukraine se tourne vers la Russie et l'Ouest vers l'Union Européenne. Et d'en conclure, avant qu'on en vienne au pire, nous devons prendre notre décision et nous retirer.

D'où, d'ailleurs, le titre de l'éditorial publié hier en Une du KIEVPOST : s’il vous plaît, ne nous tournez pas le dos ! A présent, reprend LE TEMPS de Genève, le piège se referme donc sur les alliés du gouvernement de Kiev, lesquels, pris dans une logique de sanctions se sont eux même condamnés à hausser le ton et au final à provoquer l’affrontement qu’ils disaient pourtant vouloir éviter. Un piège qui se referme également sur les autorités ukrainiennes, qui à présent n’ont le choix qu’entre deux options désastreuses. D’une part, l’inaction face aux miliciens pro-russes qui conduit inéluctablement à une partition du pays. Et de fait, l’apathie des forces de sécurité a donné des ailes aux sécessionnistes, qui chaque jour s’emparent de nouveaux bâtiments administratifs. Or rien ne permet de dire où la contagion s’arrêtera. Et d’autre part, l’intervention «contre-terroriste» lancée dans l’est du pays et notamment à Slaviansk, laquelle produit les effets inverses de ceux désirés, puisque les forces de sécurité engagées sont accusées de commettre un massacre contre des civils désarmés, y compris, lorsque les civils en question sont armés d’armes dernier cri et de lance-roquettes sophistiqués. En clair, toute victoire militaire serait aujourd'hui une abominable défaite morale.

Voilà pourquoi, le compte à rebours mortel a commencé titre le journal, avant de préciser que le gouvernement se retrouve à présent face à une double échéance : il doit absolument empêcher que ne se tienne le référendum d’autodétermination prévu le 11 mai, mais aussi reprendre le contrôle de l’entièreté de son territoire pour y tenir l’élection présidentielle prévue le 25 mai prochain.

Et dans ce contexte, conclue le NRC HANDELSBLATT d'Amsterdam, il est douloureux, dit-il, d'observer le net isolement de Kiev qui ne peut pas compter sur un soutien militaire de l'Ouest, ni non plus espérer beaucoup des sanctions progressivement instaurées par l'Ouest à l'encontre de la Russie, lesquelles n'ont rien changé à l'attitude d'intimidation de Moscou.

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