LE DIRECT

Poutine en Crimée : la colombe de Yalta

4 min

« Mettre un terme le plus vite possible à la guerre en Ukraine. » Les propos apaisants de Vladimir Poutine hier en Crimée occupent une large place ce matin dans la presse russe.

Le service de presse du Kremlin avait pourtant prévenu les journalistes, explique le site internet favorable au pouvoir pravda.ru . Alors que Donietsk et Louhansk sont noyés sous les bombes ukrainiennes; alors que Kiev promet d’« utiliser toutes les forces disponibles » pour bloquer à la frontière le convoi humanitaire russe, le discours de Yalta serait un long discours épique, glorifiant l’unité russe, et annonçant le retrait de Moscou de toutes les juridictions internationales.

A l’arrivée rien de tout ça. A l’hôtel Mria de Yalta, Vladimir Poutine s’est présenté devant les députés russes avec près de quatre heures de retard. Et il n’a pas parlé que dix minutes. L’un de ses discours les plus conciliants depuis le début des combats dans l’est de l’Ukraine. « Se développer sans construire de mur avec l’Ouest… ne pas se couper du monde… » a plaidé Vladimir Poutine, tout en promettant qu’il ne permettrait à personne de « traiter les Russes avec arrogance » .

« Un signal pour l’Occident » , explique pour le quotidien anglophone Moscow Times Alexis Makarkin, directeur du centre russe pour les technologies politiques, think tank moscovite. « Il s’agissait de montrer que Poutine est plus raisonnable que le reste de l’élite russe et que l’opinion publique. »

Et le journal de détailler la mise en scène de ce discours de Yalta, où les députés les plus va-t-en-guerre ont aussi eu droit à la parole. A commencer par Vladimir Jirinovsky appelant au retour de l’empire russe. A côté de ces caricatures, décrypte Alexis Makarkin. Poutine avait beau jeu d’apparaître comme le « seul européen » , aphorisme emprunté au poète russe Alexandre Pouchkine, décrivant en son temps le gouvernement russe comme le seul européen de son pays.

Un signal pour l’Occident, et pour les marchés financiers, enfin rassurés après plusieurs semaines de tensions liées aux sanctions et contre-sanctions entre Moscou et les capitales occidentales. Le rouble a repris du poil de la bête hier face au dollar. Et la presse russe reprend ce matin l’analyse d’un banquier américain dans le Wall Street Journal . Pour Timothy Ash de la Standard Bank, la Crimée est un rappel de ce que les Russes pourraient faire en Ukraine. « En parlant depuis la Crimée Poutine offre des négociations, mais dans une position de force. »

L’option militaire, loin d’être abandonnée par Vladimir Poutine. Des journalistes britanniques ont pu s’en rendre compte par eux-mêmes hier soir. Sous leurs yeux, une vingtaine de camions militaires russes ont quitté le fameux convoi humanitaire pour franchir la frontière ukrainienne, en zone séparatiste. L’information est reprise sur quelques sites internet russes.

Dans la presse officielle, on découvre plutôt un soutien français pour le moins inattendu à Vladimir Poutine. Philippe de Villiers. Belle photo des deux hommes, tout sourire, dans la Rossiyskaya Gazeta . C’est que l’ancien président du mouvement pour la France, retiré de la vie politique, reste investi dans son parc d’attractions du Puy-du-Fou. Il envisage la création de plusieurs parcs historiques sur le même modèle à travers la Russie, le premier en Crimée.

Les questions d’embargo ne lui font pas peur. Pour défendre le maitre du Kremlin, Philippe de Villiers a même retrouvé ses meilleurs accents lyriques : « La coopération c’est la langue du monde. Les sanctions, la langue de la guerre ! » L’occasion pour Vladimir Poutine d’évoquer une récente conversation avec François Hollande, dont il aurait senti la lassitude face à l’escalade des sanctions.

Voilà pour cette adresse à l’Occident… qui passera sans doute inaperçue pour beaucoup de Russes. Plusieurs journaux moscovites le soulignent : contrairement à l’habitude, le discours de Poutine n’était pas diffusé en direct à la télévision. Le texte n’a pas été mis en ligne sur le site internet du Kremlin. Comme si ce qui comptait avant tout, ce n'était pas le son, mais une photo, celle d’une classe politique russe rassemblée. La forme plus importante que le fond. L’analyste indépendant Pavel Svyatenkov abonde dans le Moscow Times . « C’était une démonstration symbolique de l’unité du pays sur les questions de la Crimée et de la Russie. Sinon, il n’y aurait pas eu besoin de réunir toute cette foule. »

Les quatre heures de retard de Vladimir Poutine sont peut-être excusables. Dans la matinée le président russe a tenu une réunion de sécurité sur la situation dans l’est de l’Ukraine. Situation pas vraiment favorable aux rebelles. L’armée ukrainienne affirmait heir avoir de nouveau coupé la route entre les bastions séparatistes de Donietsk et Louhansk. Et hier soir deux nouvelles démissions de hauts responsables séparatistes ont été rendues publiques. Dont celle du Russe Igor Strelkov, rien moins que le chef militaire des insurgés. Sur les raisons de ces démissions, la presse russe n’apporte pas de révélation. « Je suis de plus en plus nécessaire à Moscou » , explique très sérieusement à Novaïa Gazeta un autre Russe, Alexander Borodaï, auto-proclamé premier ministre de la république de Donietsk, lui-même démissionnaire la semaine dernière. Interview au journal d’opposition Novaïa Gazeta , à retrouver sur le site de Courrier international, dans laquelle Borodaï promet : « nous ne sommes absolument pas prêts à capituler. »

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......