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Prise d'otages et battage médiatique.

5 min

Par Thomas CLUZEL

Quand THE SYDNEY MORNING HERLAD parle d'un moment d'horreur inexplicable, son confrère de Londres THE INDEPENDENT lance : la terreur frappe en plein cœur de la ville. Le terrorisme a fini par venir à Sydney, s'inquiète à son tour THE DAILY TELEGRAPH avant de préciser : même si les membres du gouvernement et de la police ont certes hésité à qualifier la prise d’otage d’hier de terrorisme, ils doivent à présent s'adapter à une nouvelle réalité. Désormais, assure le journal, nous sommes en première ligne d'un conflit terroriste.

Vrai ou faux ? THE SUNDAY MORNING HERALD se montre un peu plus nuancé et rappelle que nous ne savons toujours pas si l'organisation Etat islamique est derrière cet acte, ni si cette prise d'otages est le fait d'une personne folle avec un penchant dément pour la destruction.

L'homme armé qui a mené la prise d'otages (et aujourd'hui décédé après l'assaut lancé par la police) était un religieux d’origine iranienne, expert en astrologie, numérologie, médiation et magie noire, selon THE SYDNEY MORNING HERALD. Mais surtout, il était loin d'être un inconnu. La preuve écrit le magazine SLATE : il disposait de sa propre page Wikipédia depuis février 2010. Ainsi, on y apprenait qu'en 2007, déjà, lors des interventions de l'armée australienne en Afghanistan aux côtés de la coalition internationale, il avait envoyé plusieurs lettres d’injures aux familles de soldats morts raconte THE AUSTRALIAN. Il a ensuite récidivé à de multiples reprises, jusqu'en 2009. Dans toutes ces lettres, il comparait les soldats à des meurtriers et des tueurs. Il avait également prévu d'en faire de même avec des familles de soldats britanniques, rapporte THE TELEGRAPH, mais un tribunal de Sydney l'en a finalement empêché en 2010 lorsqu'il a été inculpé pour l'envoi de ces lettres profondément choquantes et condamné à 300 heures de travaux d'intérêt général. On sait également que la police le suspectait d'être impliqué dans le meurtre de son ex-femme, retrouvée poignardée en avril dernier à Sydney. Cette année encore, il avait été inculpé d'agression sexuelle sur une jeune femme qui était venue le voir pour être soignée spirituellement. Enfin il tenait un site Web depuis fermé par les autorités, mais dont VOX a réussi à faire une copie. Site sur lequel il prônait allégeance au calife, probablement Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'organisation Etat islamique.

Tout cela fait-il de lui, pour autant, un djihadiste missionné par Daech ? Et doit on en conclure que l'Australie est aujourd'hui en première ligne dans le menace que représente aux yeux de l'Occident l'organisation terroriste ? Pour THE SYDNEY MORNING HERLAD, si le cauchemar est heureusement terminé, dans l'intervalle, c'est à dire 16 heures durant, la machine politique et médiatique s'est emballée regrette le journal, au point de participer elle-même à semer la terreur et permettre ainsi au terroriste d'atteindre son but.

Le journaliste compare notamment le calme relatif qui régnait lundi matin devant le café de la Martin Place encerclé par la police, à la panique relayée par les médias dans les heures qui ont suivi. Le Premier ministre australien a d'abord organisé une conférence de presse à la mi-journée alors qu'il n'avait aucune information à offrir sur l'incident. Ce qui ne l'a pas empêché d'insister sur son inquiétude et de qualifier la situation de terrifiante. Evidemment, toutes les autres figures politiques ont fait de même. Et ce d'autant mieux que pendant la majeure partie de la journée, la réaction de la plupart des médias a consisté à jouer les pom-pom girls du battage médiatique, écrit le journal, en fournissant une plateforme toute prête à n'importe quel politique qui voulait s'insérer dans l'événement.

Et le journal encore de préciser que dans la journée, les employés des immeubles attenant au café ont été évacués, ainsi que l'Opéra et la Bibliothèque de Sydney, tandis que le centre ville a lui été entièrement bouclé par la police. Les transports publics ont également été détournés et les excursions scolaires dans la ville annulées.

D'où l'analyse cette fois-ci d'un expert en terrorisme à lire sur le site NEWS.COM et reprise par le magazine SLATE : pour lui, le traitement de cette prise d'otages a été disproportionné. Cela avait tout l'air d'être une prise d'otages "à l'ancienne" et ne justifiait sans doute pas le genre de mesures qui ont été adoptées autour de Sydney. De ce que rapportent les médias, dit-il, on dirait qu'il y a une réaction à l'américaine, là où en général, nous avons une approche plus mesurée.

Le journal de Londres THE GUARDIAN fait d'ailleurs le parallèle avec l'arrestation, il y a trois mois, d'un autre homme soupçonné d'actes terroristes par les autorités australiennes, dans le cadre de la plus grande opération antiterroriste jamais menée dans le pays. Il y avait eu à l'époque une gigantesque démonstration de force, avec des hélicoptères et près de 800 policiers impliqués. Un étalage bien trop ambitieux du pouvoir de l'Etat, tranche le quotidien britannique.

Mais surtout, ces réactions de grande ampleur sont exactement celles qu'attendent les activistes qui se lancent dans le terrorisme, regrette THE SOUTH MORNING HERALD. Ou dit autrement, cette sur-réaction est la mesure de leur succès.

Dès-lors, pourquoi encourager justement la sur-réaction ? La réponse est à lire dans le magazine INTERCEPT, repris là encore sur le site d'information en ligne SLATE : le gouvernement australien entretient volontairement la peur, dit-il, afin de renforcer sa puissance. Or en cela, il utilise les mêmes méthodes que les individus auquel il prétend s'opposer. En clair, les dirigeants politiques n'aiment rien tant que de voir leurs populations effrayées par une menace extérieure. Et à cet égard, conclue l'article, les dirigeants occidentaux partagent le même but que l'organisation de l'Etat islamique : terroriser les citoyens, en exagérant grossièrement la portée de cette menace.

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