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Quand Angela dit "nein!"

4 min

Par Thomas CLUZEL

Peut-être l'avez vous déjà remarqué, sur les photos officielles, Angela Merkel adopte généralement toujours la même posture, les mains jointes devant son ventre, ses doigts formant un losange. Cette attitude typique de la chancelière allemande a même un nom, le « Merkel raute », le diamant de Merkel, en référence à la forme que dessinent ainsi ses mains. Mais n'allez surtout pas croire que cette posture, qui en rappelle une autre, celle de la méditation bouddhique, soit la marque d'une pratique posturale relaxante. Car le moment venu, Angela sait aussi rappeler à qui veut bien l'entendre qu'elle est bien la femme la plus puissante de la planète, comme vient de le confirmer le magazine américain FORBES, dans son classement annuel des personnalités les plus puissantes au monde.

Ainsi, de la même manière qu'elle est capable de jeter un regard sans équivoque au Tsar Poutine, lorsque ce dernier se vautre dans ses blagues sexistes et vulgaires, elle sait aussi taper du poing sur la table, lorsque le Premier Ministre David Cameron, lequel vient d'ailleurs de faire son entrée dans le top ten des personnalités les plus influentes, insiste à vouloir limiter la liberté de circulation des travailleurs, au sein de l’Union Européenne. La scène remonterait au 24 octobre dernier, lors du dernier sommet européen à Bruxelles. La chancelière allemande n'aurait pas hésité alors à s'entretenir en aparté avec son homologue britannique et lui reprocher tout de go, de pousser le Royaume-Uni vers un point de non-retour sur son appartenance à l’UE. Un point, à partir duquel, elle ne se battra plus pour le maintien de la Grande Bretagne au sein de l’Union, selon des témoins cités lundi par le site internet de l’hebdomadaire allemand DER SPIEGEL.

Depuis, les propos de la chancelière n’ont d'ailleurs pas été démentis, puisqu'en début de semaine, son porte parole a tenu à rappeler à son tour que l’acquis fondamental qu’est la liberté de circulation au sein de l’UE n’était pas négociable pour l’Allemagne. Et de préciser, ce n’est même pas une question bilatérale entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne, c'est une affaire entre la Grande-Bretagne et tous ses partenaires européens.

Et c'est aussi l'avis du quotidien libéral IRISH EXAMINER, pour qui en adoptant cette position claire face au Premier ministre britannique, Angela Merkel représente la majorité des citoyens européens : Merkel, écrit le journal, ne cherche pas à apaiser les extrémistes. Au contraire, elle est résolue à faire valoir le centre et à préserver les objectifs universels de l'UE : la stabilité, la paix, la prospérité et la tolérance. Et ce faisant, poursuit l'article, la chancelière agit judicieusement en refusant de faire des concessions, qui permettraient à Cameron de neutraliser les usurpateurs ultranationalistes de l'UKIP.

Les tentatives du Premier ministre britannique de restreindre la liberté de circulation au sein de l'UE concernent toute l'Europe, renchérit son confrère slovaque PRAVDA, cité par Eurotopics : Dans son projet, Cameron invoque un nombre indéfini d'immigrés, plus enclins à profiter des avantages du système social qu'à travailler. Et pourtant, la libre circulation des travailleurs dans le cadre de l'Union ne constitue-t-elle pas un principe, sans lequel l'UE perdrait tout son sens, interroge le journal ? Ou bien ce principe n'a t-il de sens pour nous, que dans la mesure où il permet aux Slovaques de travailler dans les pays plus riches de l'Union ? Et l'article de conclure, dans tous les cas, la chancelière a parlé en notre nom, avant de préciser encore : une Union privée de liberté de circulation ne serait plus que l'Union des banquiers et des multinationales, mais ne serait plus celle des citoyens.

Car évidemment, limiter la libre circulation de la main-d'œuvre peu qualifiée affecterait tout le monde, les Slovaques, les Polonais, les Espagnols mais aussi les Allemands faiblement qualifiés qui espèrent trouver du travail dans un autre Etat membre. Dès-lors, précise la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, il n'y aurait qu'un pas vers la généralisation de ces restrictions, à d'autres groupes professionnels. Voilà pourquoi, poursuit l'article, il est bon, dit-il, que David Cameron se fasse ainsi taper sur les doigts. Le quotidien conservateur qui semble d'ailleurs convaincu que le Premier ministre britannique écoutera docilement la chancelière, car il ne trouvera pas d'autres alliés de poids aujourd'hui en Europe.

Si certains commentateurs pensent que la libre circulation ne doit pas être sacrifiée, dans le seul but de maintenir les britanniques à bord, d'autres, en revanche, font valoir qu'Angela Merkel ne veut ni ne peut se permettre une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE. En d'autres termes, Merkel a beau définir des lignes rouges, paradoxalement, l'Allemagne n'a jamais eu aussi peur d'un « Brexit », contraction de British exit. Et pourquoi ? Réponse du DAILY TELEGRAPH : parce qu'elle est de plus en plus déçue par la France et son faible président.

Toutefois et même si la partie ne fait que commencer, il semble bien que l’avertissement lancé par Angela Merkel ait eu un effet, écrit THE INDEPENDENT cité par Voxeurop. A présent, David Cameron est à la recherche d’un moyen de porter les règles existantes à leur limite, plutôt que d’insister à vouloir obtenir des mesures, qui demanderaient une modification des traités. Limite qui pourrait pourtant inclure l’expulsion des étrangers au bout de trois mois, s’ils n’ont pas trouvé d’emploi et ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins.

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