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Quand Boko Haram interdit de jubiler

5 min

Par Thomas CLUZEL

Tandis que l'équipe nationale affronte la France ce soir pour une place en quart de finale du Mondial, voilà que la secte Boko Haram a réussi à empêcher les Nigérians de s'exclamer. Gare à celui ou à celle que la joie de voir jouer le porte-drapeau du pays, pourrait pousser dans la rue, prévient ainsi L'OBSERVATEUR PAALGA. Pas question, en effet, de laisser les Nigérians jouir impunément d’une joie diabolique, une joie tirée d’un sport dont ces impies d’Occidentaux sont les géniteurs. En clair, pas question de les laisser s’écarter des prescriptions d’ « Allah», en se laissant divertir par ce diable de ballon, rond comme la tête de Satan.

Et pourtant, le football, c'est connu, est un puissant catalyseur. C’est même très souvent à l’occasion justement de ces rendez-vous footballistiques que des populations, voire des nations entières, taisent leurs rancœurs et transcendent leurs divergences. Mais pas au Nigéria, puisque tenez vous bien, s'exclame à nouveau le journal, la secte islamiste a même promis de célébrer chaque but marqué par l’équipe nationale, par un acte terroriste. Et de fait, les rencontres des 18 et 23 juin dernier ont chacune été marquées par la mort de 20 personnes.

C'est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle l’exécutif nigérian n’a pu que prôner, d’une manière ou d’une autre, l’obéissance au mot d’ordre de la secte obscurantiste en demandant aux populations de prendre au sérieux cette menace. Le problème, précise l'éditorialiste, c'est que si cette situation n’est pas une preuve, que c’est désormais Boko Haram qui décide de ce qui se fait ou pas dans le pays, non seulement cela y ressemble fort mais à présent, on ne peut s’empêcher de craindre, qui plus est, que les injonctions ne feront qu'augmenter. Car après tout, pourquoi Boko Haram devrait-il s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi devrait-il mettre de l’eau dans son thé, du moment qu’il n’y a rien en face, comprenez une armée nigériane totalement inexistante.

Hier, près de Chibok, cette ville du nord-est du pays où 223 lycéennes sont toujours retenues en otage, plusieurs églises ont été attaquées par les membres présumés du groupe islamiste armé Boko Haram. Or selon plusieurs témoignages, écrit le portail d'information AFRIK.COM, les militaires nigérians n’auraient pas répondu aux appels de détresse de la population lorsque les attaques ont commencé. Les militaires seraient tout simplement partis se cacher dans la brousse. Peut-être cela confirme-t-il l’hypothèse selon laquelle les islamistes sont bien introduits dans les hauts cercles du pouvoir ? Cette incompétence des forces de défense et de sécurité pourrait en effet cacher de sordides complicités avec les islamistes.

Toujours est-il que face à Boko Haram et à son interdiction faite aux Nigérians de s’exclamer et de rire à l’unisson derrière leur équipe nationale, l’Etat s’est donc mis aujourd'hui à genou, si ce n’est à plat ventre.Même analyse pour son confrère du journal LE PAYS.Tout se passe, dit-il, comme si le Nigeria était aujourd'hui livré au bon plaisir de la haine et de la terreur aveugle de Boko Haram. Or cette peur généralisée soulève quelques questions : qui représente et dirige réellement l’Etat fédéral ? En d’autres termes, existe-t-il encore un Etat au Nigeria ?

Ce qui est sûr, c’est que la secte a intelligemment profité de l’état de pourrissement de la situation politique. Les contradictions internes au sein de la classe dirigeante non seulement affaiblissent le pouvoir mais réduisent aussi à néant tous ses efforts dans la lutte contre la secte. Autrement dit, alors qu'il faudrait une union sacrée de toute la classe politique autour du président, une mise en commun de toutes les ressources intellectuelles du pays et un engagement sans faille de toute la population pour venir à bout de cette force du mal dont la cruauté n’a d’égale que son obscurantisme, malheureusement, poursuit l'éditorialiste, on a l’impression que certains ténors de l’échiquier politique se délectent au contraire de l’échec implacable du président face à Boko Haram. Ce qui, pour eux, contribue à amenuiser ses chances pour un éventuel troisième mandat présidentiel. Un cynisme qui témoigne de l’étroitesse d’esprit de la plupart de certains hommes politiques africains.

Mais ce qui semble plus grave, c’est qu’un échec du Nigeria dans sa lutte contre Boko Haram est aussi un échec de la communauté internationale dans son ensemble et surtout une menace pour les autres pays de la sous-région, puisque l’impunité dont jouit Boko Haram pourrait susciter des vocations dans d’autres pays, avec les conséquences que l’on sait déjà. Voilà pourquoi, et même si la comptabilité macabre qui s’égrène avec une régularité et une ampleur ahurissante, génère parfois, c'est vrai, une sorte d’overdose, pour autant, prévient le webzine de Dakar SENEPLUS, devant une telle ignominie, on ne saurait verser, dit-il, dans le syndrome de la banalisation.

Quoi qu'il en soit, en narguant les autorités officielles du pays, Boko Haram accrédite à présent de plus en plus la thèse de la faillite du régime. Et le journal L'OBSERVATEUR PAALGA d'en conclure, du fait de l’incapacité de l’Etat à assumer son devoir de protection des individus, c’est donc un droit aussi élémentaire que celui de se réjouir, qui a été arraché aujourd'hui aux populations.

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