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Quand Daech attise la colère du monde arabo-musulman

4 min

Manifestation en Jordanie contre Daesh. Le manifestant brandit le portrait du Roi de Jordanie et du pilote assassiné
Manifestation en Jordanie contre Daesh. Le manifestant brandit le portrait du Roi de Jordanie et du pilote assassiné Crédits : Muhammad Hamed - Reuters

Au lendemain de la vidéo montrant la mise à mort du pilote brûlé vif, certains journaux, à l'instar du grand quotidien indépendant jordanien L'AVENIR (AL-GHAD), titraient déjà : « Mort à Daech, nous nous vengerons ».
Et de fait, l'heure est bien à la vengeance puisqu'après avoir exécuté deux islamistes irakiens condamnés à mort, la Jordanie a décidé hier de bombarder des positions de l'organisation Etat islamique en Syrie. « Les frappes aériennes de la Jordanie, début des représailles », titre notamment ce matin le site de la BBC. Des dépôts de munitions et des camps d'entraînement ont été visés. De source proche des services de sécurité, on précise que ces raids ont notamment visé le secteur de Rakka, bastion de l'organisation extrémiste sunnite dans l'est de la Syrie. La télévision jordanienne a elle-même diffusé, d'ailleurs, des vidéos de ces bombardements filmés depuis les avions de chasse.

Hier, interrogé sur CNN, le ministre jordanien des affaires étrangères a donc été on ne peut plus clair : « nous allons traquer les djihadistes de l'EI par tous les moyens ». La veille, déjà, le roi Abdallah II avait lui-même promis de livrer une guerre « sans merci » à l'Etat islamique. Et voilà comment, écrit THE CHRISTIAN SCIENCE MONITOR, alors que de tout le pays montent désormais des cris appelant à la vengeance, la Jordanie parle d'augmenter encore l'intensité de ses interventions en Syrie.

Et l'évènement est évidemment de taille, s'agissant précisément de la Jordanie, c'est à dire précise THE CHICAGO TRIBUNE, d'un pays qui depuis près d'un siècle représentait un miracle de stabilité, jouissant d'une paix intérieure relative et de transitions politiques réussies avec seulement quatre dirigeants sur quatre générations. Autant dire, une merveille, écrit le journal, comparé au Liban, à la Syrie ou à l'Irak.

D'où ce commentaire, signé de l'éditorialiste du journal libanais L'ORIENT LE JOUR, cité par le Courrier International : il faut croire que les tortueux stratèges de l'EI ont voulu dépasser le recours aux formes d'exécution capitale en cours depuis leur entrée en lice dans les guerres moyen-orientales. Ils ont jugé propre à frapper l'imagination, le retour au bûcher médiéval pour dissuader la coalition de poursuivre ses frappes. Mais il s'avère qu'ils se sont trompés du tout au tout, puisque depuis mardi, la colère en même temps que les appels à en finir avec les hordes barbares ne cesse de monter dans tout l'Occident mais surtout d'un bout à l'autre du monde arabe.

C'est ainsi par exemple, qu'au Caire, le grand imam de la mosquée Al-Azhar a même été plus loin encore, en réclamant à l'encontre des impies la punition prévue dans le Coran, c'est à dire la mort, la crucifixion ou l'amputation de leurs mains et de leurs pieds. De même, les voix qui jusqu'à présent critiquaient l'engagement d'Amman dans les frappes aériennes contre les positions des terroristes ou bien la manière dont étaient menées les négociations pour la libération de l'otage se sont brusquement tues, laissant s'élever les appels à une mobilisation, qui ne laissera aucun répit aux nouveaux « Huns », peut-on lire toujours dans les colonnes du journal de Beyrouth.

En d’autres termes, en recourant à une vidéo de 22 minutes destinée à "terroriser" l'ennemi, Abou-Bakr Al-Baghdadi et ses psychopathes autoproclamés justiciers de droit divin auront donc réussi à mobiliser contre eux une opinion publique, pourtant mithridatisé depuis longtemps et que l'insoutenable vue, en particulier, des entassements de morts fauchés par les barils d'explosifs de Bachar el-Assad avait fini par ne plus émouvoir. Mais si l'EI vient à l'évidence de se faire de nouveaux ennemis, qu'il s'agisse des redoutables services de renseignements jordaniens mais aussi d'une opinion publique arabe qu'ont fini par lasser les abus de ceux qui, depuis longtemps, n'ont plus rien d'humain, la question demeure : et maintenant ?

En brûlant vif dans une cage un musulman, comme nous tous, l'organisation de l'Etat islamique, ce monstre écrit l'éditorialiste du site ALGERIE FOCUS nous invite-il, nous autres musulmans qui lui opposons une vive résistance, à nous préparer pour vivre le même sort ? Réponse : décidément, oui. Mais ce que Daech ignore, dit-il, c’est qu’il ne pourra jamais, au grand jamais, brûler nos âmes façonnées par la tolérance, le génie et l’humanisme de l’islam. Aucune mise en scène, aussi horrible soit-elle, ne nous fera oublier que le meurtre, l’assassinat, le terrorisme et l’autodafé n’ont pas leur place dans notre religion. Et voilà pourquoi, en réaction à l'assassinat du pilote jordanien par l'organisation terroriste, l'éditorialiste en appelle à la diffusion du savoir original contenu dans le Coran. Se battre pour renforcer la tolérance, l’ouverture à l’autre, l’émancipation de l’amour, la défense de la liberté, la paix et la diffusion du savoir original contenu dans le Coran serait un grand hommage, dit-il, qu’on rendra à la gloire de l’islam, en même temps qu’une belle riposte à ces criminels qui veulent nous brûler à défaut de pouvoir nous convertir.

Et le journal L'ORIENT LE JOUR, à nouveau, de conclure par ces mots du prêtre français et philosophe Lamennais : « Pour la philosophie, le crime est une erreur ; et pour la religion, l'erreur est un crime. »

Par Thomas CLUZEL

Dans le village natal du pilote jordanien

La Jordanie promet de livrer une « guerre sans merci » aux djihadistes de l'Etat islamique, après l'assassinat de son pilote, brûlé vif à l'interieur du cage... Sa mort remonterait au 3 janvier.

Omar Ouahmane, l’envoyé spécial de Radio France , s'est rendu dans le village natal du pilote, désormais considéré comme un héros par l'ensemble de la population jordanienne. Ecoutez son reportage :

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3 min
Reportage d'Omar Ouahmane dans dans le village natal du pilote assassiné par Daesh
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