LE DIRECT

Quand des adolescentes de bonne famille rejoignent le jihad

4 min

Les trois adolescentes britanniques parties pour le jihad auraient rejoint la frontière syrienne.
Elles sont trois adolescentes britanniques dites «de bonne famille» : Kadiza, Shamima et Amira trois gamines agées de 15 à 16 ans et qui la semaine dernière ont tout lâché pour rejoindre le jihad. Un drame pour les familles et un choc aussi pour le pays.

Tout a commencé il y a une semaine tout juste. Mardi, en pleines vacances scolaires, Amira annonce à son père qu’elle se rend à un mariage. Un peu plus tard dans la matinée, raconte THE GUARDIAN cité par le Courrier International, elle lui envoie un SMS. Dans ce message, elle écrit : « Papa, le mariage se passe assez loin. Je ferai ma prière de midi et puis je reviendrai ». Sauf qu'elle n’est jamais revenue. En réalité, ce matin-là, Amira a retrouvé Shamima et Kadiza, deux de ses camarades d’un lycée londonien, à l’aéroport de Gatwick. Les trois adolescentes ont pris un avion en direction d’Istanbul avec probablement pour objectif, selon les services secrets britanniques, de rejoindre l’Organisation Etat islamique en Syrie.

Selon des sources citées par THE DAILY MAIL, elles auraient été vues à la frontière syrienne, en compagnie d’un homme qui se serait fait passer pour leur père. Selon des passeurs, elles auraient même déjà franchi la frontière, précise pour sa part THE DAILY TELEGRAPH. C'est également ce que laisse entendre la Turquie par la voix de ses services secrets. Selon THE GUARDIAN, la Turquie reproche d'ailleurs vertement à la Grande Bretagne de ne pas avoir pris les mesures nécessaires s’agissant de ces jeunes filles.

Une fan de Chelsea, un pyjama rose
D’autant que selon la police britannique elle-même, les trois jeunes filles avaient été interrogées. Seulement voilà, leur profil n'avaient pas été considéré comme suspect au point d'envisager un tel scénario. Et pour cause, précise la correspondante du journal LIBERATION à Londres : parmi ces trois adolescentes, l’une était supportrice du club de football de Chelsea, au point d’offrir à sa maman, lors de la dernière fête des mères, un ours en peluche habillé du fameux maillot bleu et blanc. Une autre était vue comme le «bébé» de la famille et aimait dormir en pyjama rose fuchsia. Des adolescentes normales, en somme, avec leurs préoccupations parfois futiles. Des écolières appliquées et même très bonnes élèves. Des jeunes musulmanes modernes, qui portaient un foulard ou pas, pratiquaient un islam modéré et étaient a priori parfaitement intégrées et issues de familles unies.

Reste, toutefois, que deux jours avant leur départ, l'une de ces jeunes filles, Shamima, était entrée en contact en contact via Twitter avec une Ecossaise, Aqsa Mahmood, laquelle précise THE INDEPENDENT a quitté le Royaume-Uni en décembre 2013 pour épouser un combattant de Daech et est depuis soupçonnée d'essayer de faire des émules. Le 15 février dernier, elle avait notamment twitté sous son avatar de jeune fille voilée qui dissimule son visage derrière un bouquet de fleurs : «Follow me» (Suivez moi). La recruteuse, ainsi que la nomme la presse, s’est enrôlée dans la brigade Al-Khansaa, la milice féminine de l'EI. Or d’après THE GUARDIAN, c'est très précisément parce qu'elle encourageait de jeunes Britanniques à rejoindre l’organisation Etat islamique que les activités en ligne de cette dernière étaient étroitement surveillées par les agences de contre-terrorisme. Dès-lors, pourquoi Scotland Yard a-t-il été incapable d’intercepter ces contacts virtuels ? se demande le journal. Personne n’a de réponse convaincante à cette question, même pas l’un des avocats de la famille d’Aqsa Mahmood, lequel a publiquement mis en cause l'efficacité de Scotland Yard, avant d'ajouter : « à combien d’autres familles encore cela risque-t-il d’arriver? »

A l'époque où elles ont été interrogées explique un porte parole de Scotland Yard, il n’y avait rien, dit-il, qui puisse suggérer que ces jeunes filles risquaient d’être radicalisées. Et c'est la raison pour laquelle elles n'ont pas été placées sous surveillance, pas plus que l’école où elles étaient scolarisées, tant l'établissement était même jugé exceptionnel en termes de résultats académiques.

«De l'horreur et de la colère»
Quoi qu’il en soit, profondément ébranlées, les familles des trois adolescentes qui n'avaient rien vu venir ont lancé des appels émouvants, samedi, suppliant leurs filles de revenir en Angleterre. Ce qui n'est pas le cas, d'ailleurs, de la famille de la jeune fille qui s’est enrôlée dans la brigade Al-Khansaa. En l’apprenant, sa famille a dit ressentir, au contraire, « de l'horreur et de la colère » envers elle. «Tu es la honte de ta famille et de l'Ecosse et tes actions sont une distorsion pervertie et diabolique de l'Islam», a-t-elle notamment précisé dans un communiqué publié par l'intermédiaire de son avocat.

Depuis, tout le pays se demande évidemment comment empêcher les jeunes filles de rejoindre l'EI. Le 12 février dernier, soit 5 jours avant le départ des trois adolescentes, une nouvelle loi antiterroriste est pourtant entrée en vigueur au Royaume-Uni. Elle permet désormais de saisir les passeports de personnes soupçonnées de vouloir partir en Syrie. Seulement voilà, elle ne peut être appliquée qu’à l’encontre d’individus considérés comme à risque. Ce qui n’était pas le cas de Shamima, Kadiza et Amira.

Selon les experts, quelque 550 femmes originaires des pays occidentaux seraient déjà parties rejoindre l'EI, dont une cinquantaine de Britanniques. La plupart sont mariées à des djihadistes et dès lors, surveillées de près, pour que jamais sans doute elles ne décident, par regret, de faire le chemin inverse.

par Thomas Cluzel

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......