LE DIRECT

Quand des policiers tuent un sans abri.

4 min

Une vidéo spectaculaire réalisée par un passant aux Etats-Unis montre cinq policiers tuant un sans domicile fixe dans les rues de Los Angeles.

Passants rendant hommage à "Brother Africa"
Passants rendant hommage à "Brother Africa" Crédits : Lucy Nicholson - Reuters

Sur cette vidéo d'une violence terrifiante et qui depuis hier provoque un véritable torrent d’indignation sur la Toile, on assiste aux toutes dernières secondes d'une altercation. La scène se passe à Los Angeles, raconte THE LA TIMES. C'était dimanche dernier, peu avant midi, dans le quartier défavorisé de Skid Row, proche du centre-ville, où de nombreux sans abris ont installé des tentes sur les trottoirs. On y voit des policiers appelés sur les lieux pour un vol, 5 agents au total tenter de maîtriser un homme visiblement très agité. L'un d'entre eux cherche, a priori, à faire usage de son Taser. En vain. Le suspect tente ensuite de s'emparer de l'arme de l'un des agents. "Lâche l'arme", entend-on d'ailleurs crier sur la vidéo. Puis viennent les détonations. 5 coups de feu.

Au même moment, deux policiers menottent un deuxième protagoniste, qui venait de ramasser une matraque tombée au sol pour la lever face aux forces de l'ordre. Quant au sans domicile fixe, connu dans la rue sous le nom d'"Africa" et qui vivait dans une tente depuis quelques mois après un séjour dans une institution psychiatrique, il décédera sur place.

Depuis, des investigations sont menées pour déterminer combien de fois les policiers ont-ils tiré, même si au moins cinq coups de feu peuvent être très distinctement entendus dans la vidéo. «Bien sûr, nous sommes conscients de cette vidéo» a d'ailleurs déclaré le responsable de la police. «C'est toujours une tragédie lorsque quelqu'un perd la vie dans une de ces situations» a-t-il dit, avant de préciser qu'une enquête approfondie et complète allait être menée pour déterminer les circonstances du drame.

Quoi qu'il en soit, sur les réseaux sociaux rapporte THE GUARDIAN, les réactions ne se sont pas fait attendre. Nombreux sont ceux à s'être déclaré choquées par le fait qu'un incident sur une voie fréquentée, en plein jour, ait pu se terminer ainsi par l'usage d'armes à feu. Et puis de nombreux internautes n'ont pas tardé, non plus, à faire le lien avec la mort de plusieurs afro-américains lors d'incidents avec la police à l'automne dernier : Michael Brown, 18 ans abattu par un policier à Ferguson mais aussi Eric Garner, un New-Yorkais qui vendait des cigarettes à l’unité dans la rue et qui fut étranglé par la police. Des Noirs tués par des policiers blancs. Autant d'affaires qui ont ravivé le débat sur le racisme dans la police aux Etats-Unis et l'équité du système judiciaire.

Il y a quelques jours, le correspondant à New York du journal LE TEMPS de Genève publiait, d'ailleurs, un article sur la multiplication des cas d’usage excessif de la force. Aux Etats-Unis, la police tue au minimum une personne par jour.

Malheureusement, toutes ces affaires récentes ne font, en réalité, que mettre en lumière un problème criant depuis longtemps déjà dans la manière dont les polices américaines interagissent avec les citoyens. Et le journal, notamment, de rappeler que le mois de mars ne porte décidément pas chance au Département de la police de Los Angeles. Il y a près d’un quart de siècle, jour pour jour, le 3 mars 1991, éclatait dans cette même mégapole la mère de toutes les interpellations policières qui tournent mal et qu’un citoyen vidéaste, là encore, placé là par hasard au bon endroit et doué du bon réflexe, saisissait au bon moment, avec une petite caméra portable : c’était le début de l'affaire Rodney King, ce citoyen noir que la police rouait de 56 coups de bâtons, de 12 coups de pied et de trois tirs de Taser ; puis menottait, entravait, traînait à plat ventre et enfournait finalement dans une ambulance. Vingt points de suture, une cheville droite cassée, une mâchoire fracturée et quatre jours passés sous les verrous plus tard, Rodney King était relâché. Et une année plus tard, tous les policiers impliqués dans cette interpellation étaient acquittés.

Face aux abus des polices américaines, le président Barack Obama a créé un groupe de travail censé réfléchir aux manières d’améliorer les doctrines d’engagement de la police. De son côté, un criminologue et professeur de Cambridge a lui incité, la semaine dernière, les Américains à s’inspirer du modèle britannique. En 2014, en Angleterre et au pays de Galles, les bobbies n’ont pas tué la moindre personne. Il faut dire qu’ils sont soumis, à des normes très claires relatives à l’usage proportionnel de la force. Le Royaume-Uni a également institué une commission indépendante de plainte contre les abus policiers et impose que les commissariats de police comprennent au minimum 100 employés pour éviter le copinage. Le maire de New York, Bill de Blasio, a lui-même créé un programme de formation pour éviter les dérapages. Mais les policiers mettent les pieds au mur. Quant au chef de la police new-yorkaise, il a lui fait un pas remarqué mardi dernier en déclarant que les policiers devaient tenir compte de l’histoire des Afro-Américains, dont l’esclavage, pour mieux comprendre les Noirs quand ils interagissent avec eux. Et l’article d’en conclure, la confiance entre policiers et citoyens est une condition nécessaire au maintien du contrat social.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......