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A quand la fin de la crise en Grèce ?

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L’accord conclu ce mardi et ouvrant la voie à la prolongation, jusqu’à l’été, des aides promises à la Grèce, ne constitue-t-il qu’un répit provisoire pour Athènes?

Yanis Varoufakis à Bruxelles le 16 février
Yanis Varoufakis à Bruxelles le 16 février Crédits : François Lenoir - Reuters

Même si les ministres des Finances de l'Eurogroupe ont fini par valider, hier, les propositions de réformes structurelles du gouvernement Tsipras, l’accord conclu ne semble encore qu’un répit provisoire. La bataille ne ferait même que commencer, estime notamment le journal économique d'Athènes NAFTEMPORIKI, cité par Eurotopics. Le plus dur reste à venir. Et pourquoi ? Parce que les institutions, UE, FMI et BCE veulent des chiffres et non des théories, afin de voir comment combler les trous noirs. Ou dit autrement, elles veulent à présent du concret.

A brève échéance, bien entendu, les réformes n'apporteront sans doute que peu de liquidité dans les caisses de l'Etat, mais d'autant plus à moyenne et longue échéance. Et c'est pourquoi, estime la FRANKFÜRTER RUNDSCHAU, même les politiciens européens ayant la mentalité d'un comptable ou d'un trésorier et qui ignorent la misère et se cachent derrière des chiffres pour eux sacro-saints, doivent justement donner une chance réelle au Premier ministre Alexis Tispras et ce, même s'il ne résoudra pas sur le champ la crise de son pays.

Réalisme et pessimisme
Seulement voilà, avec le compromis passé hier, certains commentateurs estiment d'ores et déjà que le pays serait encore plus mal loti qu'auparavant. C'est le cas en particulier du journal de Lisbonne DIARIO ECONOMICO, pour qui Syriza, en revenant dans le giron de la troïka, à laquelle elle doit fournir des garanties a été contraint de désavouer son programme de campagne. Et voilà pourquoi en dépit de l'accord, la Grèce, estime le journal serait revenu directement à la case départ. Sans parler de la hausse de 20% de la prime de risque liée aux emprunts grecs sur trois ans, de l'accélération des retraits bancaires, des banques au bord de la faillite et de l'effet dissuasif sur les investisseurs étrangers. Syriza avait nourri des attentes si élevées, dit-il, que même l'estime de soi des Grecs, y compris les plus radicaux et les plus militants serait tombée au plus bas. Et le quotidien lisboète d'en conclure : la réalité a fini par rattraper les chimères.

Ce pessimisme récurrent n'est toutefois pas partagé par l'ensemble de la presse. Sans aller jusqu'à se féliciter que l'Europe serait devenue mure au soleil de la Grèce, ainsi que le titre le quotidien espagnol ABC, son confrère DIE ZEIT, cité par le Courrier International fait valoir, lui, que le document validé hier contient non seulement des projets de réformes structurelles (visant à imposer davantage les plus hauts revenus, à endiguer la fraude fiscale, la corruption et à s’attaquer à la bureaucratie), mais aussi le rétablissement de l'électricité à 300 000 ménages démunis et le soutien des plus pauvres par la distribution de tickets alimentaires.

En d'autres termes, même si le chef du gouvernement grec devra sans doute encore convaincre son opinion publique du bienfait d'un compromis avec l'Eurogroupe, il devrait tout de même réussir à introduire certaines de ses promesses électorales. Bravo aux rebelles grecs, lance même le quotidien de centre gauche IRISH TIMES, pour qui il y a quelque chose de très attirant dans l'actuelle rébellion de la Grèce, en particulier dans la détermination de Syriza à obtenir quelque chose. Les âpres négociations menées par le nouveau gouvernement grec avec ses partenaires européens ont prouvé, dit-il, que Syriza essaye au moins de se battre pour parvenir à ses fins.

Scepticisme et cynisme
Reste que le scepticisme semble bien ce matin le sentiment le plus partagé par l'ensemble de la presse. La FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG invite même ses lecteurs à lire la lettre envoyée par Athènes et ainsi constater de leurs yeux l'inanité de son programme de réformes. Et d'ailleurs vous, vous donneriez votre épargne pour venir en aide aux Grecs ? lance provocateur la BILD.

Et puis au scepticisme général de la presse européenne, le dispute le cynisme de l'éditorialiste du TEMPS de Genève. Selon lui, l’Union européenne et les pays membres de la zone euro n’avaient de toute façon rien à gagner à précipiter la Grèce dans une nouvelle crise. Et l’accord donné hier à Bruxelles aux promesses de réformes du gouvernement hellénique doit être lu de cette façon. En clair, fermer la porte avec violence aux propositions de la gauche radicale portée au pouvoir par les électeurs n’aurait pas été acceptable politiquement. Il fallait donc donner sa chance au nouveau premier ministre, tout en le gardant sous étroite surveillance. C’est, peu ou prou, ce que dit l’accord d'hier.

En revanche, il ne faudrait pas y voir la preuve d’une confiance mutuelle. Rares sont, en effet, les experts européens convaincus par la capacité de Syriza à accroître les rentrées fiscales et à lutter contre la corruption de façon efficace. Au vu de l’état de l’administration hellénique, malmenée par trois années de réformes à la hussarde, croire que les nouvelles autorités ont les moyens de taxer les armateurs, de stopper l’hémorragie bancaire et de redonner de l’oxygène aux entrepreneurs, bref de renverser la donne, est illusoire, dit-il.

En d’autres termes, le risque est qu’au fil des semaines la détermination de Syriza s’étiole devant l'étau grec : la contrainte d’une dette publique astronomique et quasi incompressible d’un côté, et les dysfonctionnements chroniques d’une administration notoirement inefficace de l’autre. Et voilà pourquoi, toujours selon l'éditorialiste, le non-dit bruxellois d'une part, serait qu’Athènes, sous pression financière, finira bien par rentrer dans le rang. Et le non-dit de Syriza d'autre part, serait lui de gagner du temps, ce qui constitue, déjà, une forme de victoire.

Par Thomas Cluzel

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