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Quand la Grèce replonge dans l'incertitude.

4 min

Par Thomas CLUZEL

A la surprise générale, le premier ministre grec Antonis Samaras a décidé cette semaine de convoquer le Parlement le 17 décembre prochain, mercredi, pour élire un nouveau président alors même que le mandat du titulaire actuel n’arrive à échéance qu’en mars 2015. D’où ce titre, ironique, signé du journal TA NEA repris par Voxeurop : quand le Père Noël nous apporte le Président.

Seulement voilà, ce que le Père Noël avait sans doute mal évalué, c'est que ce qui devrait être au départ un scrutin sans enjeu majeur, puisque le président n'a en Grèce qu'un rôle symbolique a pourtant aussitôt ressuscitée les pires craintes pour la zone euro, prévient THE FINANCIAL TIMES.

Tout d’abord, précisons que cette décision inattendue fait suite à la décision des ministres des Finances de l’Eurogroupe d’accorder à la Grèce un délai supplémentaire de deux mois du plan de sauvetage, censé se clore au 31 décembre. Un délai, qui permettrait à Athènes d’atteindre un accord avec la Troïka sur les réformes manquantes et ainsi d'obtenir le déblocage de la dernière tranche sur les 240 milliards d’euros.

Or le risque à présent, c’est qu’avec cette annonce surprise du Premier ministre, l’élection du candidat désigné par la coalition gouvernementale est loin, très loin d’être acquise. L’élection d’un président requiert, en effet, le soutien de deux tiers des députés. Et la coalition gouvernementale ne dispose que de 155 députés sur un total de 300. Si aucun candidat n’obtient les 200 voix nécessaires lors du premier tour, un deuxième suivra cinq jours plus tard. Et s’il n’aboutit pas, cette fois-ci, 180 voix seulement seront suffisantes lors du troisième tour. Sauf qu’on n’atteint toujours pas le seuil des 155 députés de l’hémicycle acquis à la coalition. Et si ce dernier tour n’aboutit pas, lui non plus, alors la Constitution grecque, rappelle le journal prévoit la dissolution du parlement et la tenue de nouvelles législatives anticipées. Or dans un tel cas de figure, les sondages donnent à présent le parti d’opposition Syriza largement gagnant.

Syriza, c'est à dire ce parti de la gauche radicale, prévient LE TEMPS de Genève, qui ne cache pas son projet de tourner le dos à la troïka et surtout de détricoter les réformes en cours. C’est d'ailleurs sur ce programme, que Syriza a fait élire six des 21 députés européens grecs lors des élections de mai dernier, devenant ainsi la principale force politique du pays.

Le chaos serait donc dans les parages, s'inquiète à son tour le journal d'Athènes TO VIMA. Un chaos qui ferait même d’ores et déjà trembler la City, à en croire THE FINANCIAL TIMES cité par le Courrier International. L’instabilité politique en Grèce a en effet déclenché cette semaine la plus forte baisse à la Bourse d'Athènes depuis les années 1980. Hier, la bourse a connu un nouveau plongeon atteignant une chute de près de 20% en seulement trois jours. Quant au taux d’intérêt sur les obligations d’Etat à dix ans, il est remonté à 9,3%, contre 3,5% en juillet.

En clair, le spectre des législatives anticipées et d’une alternance assumée par Syriza hante désormais les marchés financiers. Et pourquoi ? Parce que les investisseurs craignent que l’arrivée, encore hypothétique, au pouvoir du parti de la gauche radicale n’entraîne la renégociation de la dette souveraine du pays et l’augmentation des dépenses publiques, ce qui, de facto, mettrait Athènes à couteaux tirés avec ses créanciers.

Reste que cette peur, évidemment, n’est pas partagée par tous en Grèce. Pour certains, à l’instar du portail d’information PROTAGON cité par Eurotopics, la panique des marchés serait même ,au contraire, source d’espoir, car les hedge funds quitteront de toute façon le pays, dit-il, quel que soit le gouvernement élu. Et le journaliste d’anticiper la question suivante : mais la Grèce n’a-t-elle pas besoin de leurs investissements ? Réponse : pas forcément ! Car ces fonds spéculatifs n'effectuent pas des investissements durables, ce n'est pas leur but. Ils veulent seulement acheter quelques actions bon marché, dans l'espoir que le prix de celles-ci augmentera rapidement et qu'ils pourront les revendre avant de se tourner ensuite vers d'autres pays, sans plus accorder le moindre intérêt à ce qu'ils auront laissé tomber en chemin. En d’autres termes, conclue l’article, qu’on laisse les représentants des hedge funds paniquer face à une possible victoire du parti de la gauche radicale, cela montre que cette perspective, dit-il, ne peut être que positive pour le pays.

Et puis le spectre d’une arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce hante également Bruxelles à présent. Au point que la Commission, qui pourtant affirme ne pas se mêler de la politique intérieure des Etats membres a dans une initiative inhabituelle d'ores et déjà apporté son soutien, au candidat gouvernemental, lui-même ancien commissaire européen.

D'où la conclusion signée du journal de Milan Il SOLE : la Grèce place donc aujourd’hui l'Europe devant un choix fondamental pour son avenir. Si l'alliance radicale de gauche Syriza menée devait remporter les législatives anticipées, alors la zone euro pourrait être amenée à décider si elle veut faire un pas en direction de l'union financière, ou si elle veut assister à la première sortie d'un des 18 Etats membres de l'Union monétaire. En clair, Athènes pousse ainsi la zone euro à faire son procès : quel type d'union veut-elle être ? Une communauté d'Etats solidaires ou bien une communauté d'économies, obligées à la cohésion par des traités et des émissaires chargés de veiller au respect des contrats signés ?

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