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A quand la paix au Proche-Orient ?

4 min

Par Thomas CLUZEL

Voilà plusieurs mois, déjà, que la tension s'était accrue, notamment, avec le conflit sur l'accès à l'esplanade des Mosquées mais aussi l'accélération de la colonisation juive. Et bien évidemment, nul besoin d'être prophète pour prédire que l'attaque sanglante perpétrée cette semaine sur une synagogue dans la Ville sainte entraînera d'autres actes de violence, car c'est très exactement ce que veulent les terroristes. D'où la question soulevée par la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG : pourquoi n'y a-t-il personne pour contrer ce calcul meurtrier ? Selon le journal de Munich, depuis le dernier échec des négociations de paix, les dirigeants Israéliens comme Palestiniens se concentreraient uniquement sur les moyens d'aggraver la situation. Et de citer pour exemple, tout d'abord la guerre de Gaza, l'été dernier, puis l'escalade de la violence à Jérusalem, suivie comme toujours d'accusations mutuelles avec en plus, à présent, tous les ingrédients pour une guerre de religions.

A ce titre, d'ailleurs, l'expression "meurtre rituel" employée par le Premier ministre israélien est particulièrement significative, relève le WASHINGTON POST cité par le magazine Slate. Cette expression, précise le journal américain, remonte à l'antiquité, lorsque les violences commises envers les communautés juives étaient justifiées par de fausses rumeurs, en particulier celles sur des juifs qui enlevaient des bébés chrétiens, mangeaient des non juifs et participaient à différents rituels sanguins. Autrement dit, avec cette expression, Benyamin Netanyahou raviverait les plaies de l'histoire juive, en ramenant ses concitoyens à une histoire profonde et traumatisante, alors même que le contexte est déjà stressant et explosif.

Autrement dit et dans ces conditions, constate la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, inutile desonger un seul instant à une reprise du processus de paix. Et cela n'est pas dû seulement aux Israéliens ou seulement aux Palestiniens, mais bien aux deux parties, renchérit son confrère de Berlin DIE WELT, pour qui, Israéliens et Palestiniens ne sont actuellement pas intéressés par la paix.

Le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, tout d’abord, n'a pas réussi à ouvrir la moindre perspective politique pour les Palestiniens. Il ne leur a montré aucune voie susceptible de mener à l'indépendance ou même à une fin de l'occupation. Et c’est ainsi que dans l'absence d'issue politique, les hommes de violence ont le vent en poupe. Ou dit autrement, selon THE GUARDIAN à Londres cité par Eurotopics, dans l'escalade de la violence, une part de responsabilité incomberait directement, dit-il, au gouvernement israélien. D'où l'appel, d'ailleurs, lancé par son confrère d'Amsterdam DE TELEGRAAF au gouvernement israélien à faire preuve de circonspection : Benyamin Netanyahou estime aujourd'hui que Mahmoud Abbas, en incitant les Palestiniens à la révolte est à l'origine des violences. Or celui-ci a condamné, au contraire, la lâcheté de cet acte terroriste. En d'autres termes, Israël ferait mieux de se montrer plus modéré vis-à-vis du président Palestinien s'il veut éviter que celui-ci, à l'instar de son prédécesseur, ne soutienne vraiment une nouvelle intifada.

Mais Mahmoud Abbas doit, lui aussi, clarifier ses positions. Il a formé un gouvernement d'union avec le Hamas, lequel a salué l'attentat. Or si Abbas veut vraiment condamner de tels actes terroristes et être un partenaire de paix, alors il doit également s'efforcer, le plus rapidement possible, de résilier le pacte conclu avec le mouvement terroriste.

Reste, toutefois, une question : est-il encore dans le pouvoir de Benyamin Netanyahou et de Mahmoud Abbas d'arrêter la vague de terreur et de désamorcer la bombe d'une guérilla asymétrique ? Pour le quotidien de Milan AVVENIRE, sachant que les protagonistes ne parviendront jamais à trouver seuls une solution, il est aujourd'hui du devoir des grandes démocraties, dit-il, comprenez de la communauté européenne et de l'Amérique de rechercher, sans plus tarder, une solution au conflit.

S'agissant des Etats-Unis, tout d'abord, les rapports à couteaux tirés entre Obama et Netanyahou ne sont pas nouveaux, fondés depuis le départ, sur une haine réciproque. En d'autres termes, écrit le journal de Tel Aviv Ha'ARETZ cité par le Courrier International, ils sont incapables d’agir en hommes d’Etat mais comme des ennemis politiques jurés. Et c’est ce qui, pendant six ans, a mené les relations israélo-américaines au bord de la folie. Reste qu'en obtenant récemment la majorité à la Chambre et au Sénat, le Parti républicain a redonné des couleurs au camp conservateur de Netanyahou. Sauf que la jubilation affichée à Jérusalem est peut-être prématurée. Car c’est précisément parce que ces deux prochaines années, Obama ne pourra plus prendre la moindre initiative en matière sociale, qu’il risque de tout faire pour laisser un héritage en matière internationale, comprenez se réconcilier avec l’Iran et soutenir la Palestine autoproclamée.

Et puis du côté des Européens, cette fois-ci, la patience européenne vis-à-vis de l’intransigeance israélienne envers les Palestiniens aurait-elle atteint un point de rupture ? C'est la question posée par le FINANCIAL TIMES, lequel rappelle que le 30 octobre dernier, le nouveau gouvernement suédois a reconnu l’Etat de Palestine, que peu après la Chambre des communes britannique et le Sénat irlandais appelaient leurs gouvernements respectifs à faire de même et qu'à présent ce sont les socialistes au pouvoir en France qui ont l’intention de présenter une résolution en ce sens devant l’Assemblée générale des Nations unies. Mais cela facilitera-t-il pour autant un hypothétique processus de paix ? Rien n’est moins sûr.

D'où la conclusion désabusée signée du journal de Berlin DIE WELT, pour qui, d'une part les Etats Unis sont incapables de détendre la situation et d'autre part, les Européens savent pertinemment depuis des années qu'ils ne peuvent rien, absolument rien changer.

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