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Quand la Russie décide de couper le robinet.

5 min

Par Thomas CLUZEL

Après l’expiration hier de son ultimatum, exigeant de l’Ukraine, non seulement, le versement d'1,9 milliard d’euros en prépaiement pour ses livraisons mais aussi le remboursement d’une dette de plus de 3 milliards, le géant gazier russe Gazprom a décidé de cesser ses livraisons de gaz.

Dans l’immédiat, ce n’est pas encore la panique, rassure aussitôt LE TEMPS de Genève, car en cette période de l’année, la consommation de gaz en Ukraine est faible, dit-il, et les stocks devraient permettre de tenir jusqu’à la fin de l’année. Reste que depuis hier, l'arme du gaz est donc venue s'ajouter à l'arsenal du conflit qui oppose Kiev et Moscou. Car évidemment, même s'il s'agit avant tout d'une querelle économique, difficile de ne pas y voir là un moyen de pression supplémentaire utilisé par le Kremlin, alors que les affrontements dans l'est de l'Ukraine se poursuivent.

Tout a commencé en début d’année, lorsque peu de temps après la chute du président Ianoukovitch, Gazprom a décidé d'augmenter ses tarifs, de 268 à 485 dollars par 1000 mètres cubes. Une majoration que les nouvelles autorités de Kiev ont aussitôt rejetée, exigeant le retour au tarif d'origine, tel qu'il avait été négocié par Ianoukovitch, avant son départ. Vendredi dernier, Moscou s'était finalement résigné a proposé un rabais, de 100 dollars par 1000 mètres cubes, portant le prix à 385 dollars, soit le prix moyen pratiqué avec les pays européens, précise le quotidien russe NEZAVISSIMAÏA GAZETA, une remise jugée en revanche toujours inacceptable par son client ukrainien, Naftogaz, au prétexte que le prix fixé restait encore supérieur à celui pratiqué sur le marché mondial. Dimanche dernier, c'était au tour de l'Union Européenne de proposer un nouveau compromis : un prix à 385 dollars en hiver et 300 en été, ainsi que le versement d'un tiers de la dette du pays et le reste en six mensualités. Ce que Gazprom, cette fois-ci, a refusé.

Et pour ne rien arranger, tandis que le géant russe saisissait hier la cour d’arbitrage de Stockholm pour récupérer ses créances, à l'inverse, précise le quotidien en ligne OUKRAÏNSKA PRAVDA cité par le Courrier International, Naftogaz réclamait lui à Gazprom le remboursement d'un trop perçu depuis 2010, que la compagnie évalue à un peu plus de 4 milliards d'euros.

Et c’est ainsi qu’en désespoir de cause, Moscou a fait comprendre hier qu'il n'y avait plus matière à discussion, en fermant le robinet du gaz à l’Ukraine. Sauf que la sanction russe ne concerne pas que l’Ukraine, puisque plus de 40% des importations de gaz russe par les Etats européens, transitent par le territoire ukrainien. D’où l’avertissement lancé par le portail d'information GAZETA.RU, selon lequel Naftogaz pourrait être amené à prélever illégalement du gaz sur les volumes destinés à l'Europe. Une menace qui inquiète aujourd'hui la Commission européenne, d'autant que lors des précédentes crises du gaz entre la Russie et l’Ukraine, en 2006 et 2009, les Ukrainiens avaient déjà été accusés de siphonner du gaz destiné à l’UE. Et de fait, l'approvisionnement de certains pays européens avait été sévèrement perturbé, notamment en Roumanie, lorsque Bucarest avait été plongée dans le noir.

Cette fois-ci, nuance à nouveau LE TEMPS, la situation n’est pas tout à fait la même, dit-il, car depuis, l’UE a diversifié ses sources d’approvisionnement, augmenté sa capacité de stockage et amélioré l’entraide entre les pays. Et puis, la dépendance vis-à-vis des importations russes est évidemment très variable d'un pays à l'autre, rappelle le site MYEUROP. La République Tchèque, la Slovaquie ainsi que la Lituanie, par exemple, sont encore entièrement dépendants du gaz russe, tandis que 1,7 % seulement des importations de la Belgique proviennent de Russie. Des chiffres qui doivent eux même être nuancés, dans la mesure où la part du gaz dans l'énergie consommée de chaque pays est extrêmement variable. Si la Lituanie, par exemple, est certes dépendante à 100% du gaz russe, en revanche sa consommation en gaz est extrêmement minime au profit de l'énergie nucléaire.

Par ailleurs, de nouveaux gazoducs ont été construits, comme le Nord Stream qui relie uniquement l'Allemagne à la Russie, en passant par la Baltique. Ainsi, une coupure de l'approvisionnement en Ukraine aurait un impact limité sur l'Allemagne qui importe de Russie près de 40% de son gaz. S'agissant de la France, cette fois-ci, depuis 2006, suite justement aux précédentes "guerres du gaz" entre la Russie et l'Ukraine, Paris a mené une politique d'indépendance énergétique. En clair, le pays a choisi de diversifier ses fournisseurs. Et c'est ainsi que le gaz en transit par l'Ukraine représente aujourd'hui moins de 15% de ses importations. Sans compter que le stockage de précaution a lui augmenté. En d'autres termes et en cas de crise majeur en Europe, la France serait donc moins touchée, même si, au nom de la solidarité européenne, elle devrait en revanche exporter du gaz.

Enfin depuis le début du conflit ukrainien, les Etats membres examinent différentes options de substitution au gaz russe. L'une des propositions envisagées est notamment l'importation de gaz en provenance des Etats-Unis. Sauf qu'en raison du coût du transport, le prix du gaz liquéfié est à peine rentable une fois sur le sol européen. Sans compter les risques d'augmentation des prix lié à l'extraction du gaz de schiste. Reste un autre concurrent potentiel sur le marché du gaz : la République islamique d'Iran, celle-là même qui est aujourd'hui appelée à la rescousse par l'Occident pour lutter contre les djihadistes d'Irak. En clair, les répercutions de la guerre du gaz pourraient désormais largement dépasser le secteur énergétique.

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