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Quand les drones dérapent

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Barack Obama a annoncé hier qu'une attaque par drone visant des Talibans sur la frontière pakistano-afghane en janvier avait entraîné la mort de deux otages occidentaux, détenus par ces Talibans. On lui avait pourtant soutenu que "ça", ça ne pouvait pas arriver...
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Drone Predator de l'armée américaine Crédits : US Navy

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C'est ce qu'on appelle une bavure - une grosse bavure - et c'est le chef de l'exécutif américain Barack Obama lui- même qui l'a révélée lors d'une adresse au pool presse de la Maison Blanche hier : une frappe aérienne de drone en janvier dernier, une "opération de contre-terrorisme" , visant un repaire d'Al-Quaida dans la région frontalière entre le Pakistan et l'Afghanistan a entraîné la mort de deux Occidentaux : un Americain, Warren Weinstein et un Italien, Giovanni Lo Porto qui étaient détenus là par les Talibans. Devant les caméras, l'adresse présidentielle était toute en contrition, en excuses, en condoléances même pour les familles des deux otages... le président américain assurant "assumer en tant que commandant en chef des forces armées toute responsabilité" dans cette bavure...Mais "en dépit de l'équanimité publique d'Obama hier, les hauts fonctionnaires admettent que sa réaction en privé a été beaucoup plus sévère , écrit ce matin le Washington Post ; "Les conseillers d'Obama lui ont répété pendant des années que ça ne pourrait jamais arriver et aujourd'hui c'est pourtant arrivé" explique au journal un ancien fonctionnaire de l'antiterrorisme ; "et ça va sans doute changer pas mal de choses" ... La doctrine de la "quasi certitude" peut-être...

La "quasi certitude" est-elle suffisante pour tirer ? demande d'ailleurs le Post sur sa Une. La "quasi certitude" c'est cette doctrine d'emploi des drones, édictée par l'administration Obama en 2013, et qui veut qu'une frappe ne soit ordonnée qu'à la condition qu'on ait la quasi certitude qu'elle n'entrainera pas de pertes civiles...Mais "ce n'est pas la première fois qu'une opération secrète américaine d'anti-terrorisme se termine avec la mort accidentelle d'otages occidentaux" , rappelle Frank Gardner, le correspondant sécurité de la BBC et de lister les précédents : "en 2010, la Britannique Linda Norgrove otage des Talibans afghans avait été tuée par une grenade, lancée par l'un des agents américains venu la délivrer... "et en décembre dernier le raid d'un commando américain au Yemen s'était soldé par la mort d'un photographe américain et celle d'un enseignant sud-africain, abattus par leurs ravisseurs d'Al Quaida... Mais dans l'incident révélé ce jeudi par le président Barack Obama, poursuit Franck Gardner, le renseignement americain semble n'avoir pas été le moins du monde conscient de ce que deux otages étaient détenus dans le bâtiment visé par la frappe des drones. En dépit de ce que le président américain a appelé "des heures de surveillance vidéo", l'image qu'avait les services de renseignement était tragiquement incomplète". "Il y a un aspect particulièrement triste dans toute cette histoire" , remarque Steven Coll sur le site du New Yorker. Le doyen de la fameuse école de journalisme de la Columbia University y explique que la vicitime américaine de cette bavure, Warren Weinstein "n'aura été en fait que le laissé pour compte de la guerre contre Al Quaida. Weinstein avait été enlevé au Pakistan trois mois après le raid des forces spéciales américaines qui, dans ce même Pakistan, ont mis un terme à la carrière d'Ossama Ben laden... L'enlèvement de Weinstein était donc, suggère Steve Coll une sorte de manoeuvre de rétorsion. "N'empêche que dans son cas, aucune force spéciale américaine n'a jamais réussi à le localiser... et la Maison Blanche n'a pas davantage essayé de négocier sa liberté ... Et Steve Coll de rappeller qu'en mai dernier après de longs pourpalers avec les Talibans, les soldats Américains ont été chercher en Afghanistan l'un des leurs, Bowe Bergdahl, qu'ils ont - en fait - échangé contre quatre prisonniers Talibans lesquels ont été relachés de Guantanamo... "Weinstein, lui ne faisait pas partie de ce "deal"... il a été laissé derrière" . Et puis dans ces frappes ciblées, il y a un autre problème que les bavures car, remarque par ailleurs le Washington Post "les révélations d'hier ont été plus loin que la simple admission de la mort accidentelle des deux otages ; l'administration a aussi révélé que Weinstein était l'un des trois Américains tués par les frappes des drones de la CIA en janvier ; les autres, Ahmed Farouq et Adam Gadahn, étaient des membres revendiqués d'Al Quaida" . Là ce n'est donc pas tout à fait d'une bavure qu'il s'agit, sauf que, poursuit le Post , "il semble que la CIA ne savait pas le moins du monde que ces deux hommes-là étaient présents sur les sites qu'elle visait en janvier ; le résultat c'est que les opérations qui les ont tué n'ont pas collé aux règles qu'Obama avait imposé et qui demandent un aval du ministère de la Justice avant que des Américains ne soient visés dans une opération anti-terroriste outremer". "Les assassinats délibérés d'Americains travaillant pour Al Quaida ont été l'un des aspects les plus diputés de la guerre des drones de Barack Obama" , rappelle le New York Times "et les conseillers du président s'écharpent depuis longtemps sur le sujet" . Le quotidien new yorkais précise qu'avec les trois personnes tués en janvier, il y a eu en tout sept citoyens américains qui sont morts des suites de ces attaques et un seul, Anwar Al Awliki, a été spécifiquerment visé, avec l'aval du Ministère de la Justice : c'était en 2011.La logique de ces assassinats ciblés est censé obéir à une autre règle que la "quasi certitude" ; celle qui veut que la cible en question représente un réel danger, immédiat pour l'Amérique. Et qu'il n'y ait pas d'autre moyen de l'atteindre, en l'arrêtant par exemple.

Or, rappelle encore le New York Times, les fonctionnaires de l'administration Obama "ont récemment débattu entre eux de l'opportunité de tuer un autre agent d'Al Quaida de nationalité américaine, Mohanad Mahmoud Al Farekh, qui se cachait dans les zones tribales du Pakistan. Des hauts gradés tant à la CIA qu'au Pentagone poussaient à l'assassinat par une attaque aérienne de M. Farekh, arguant qu'il était devenu un leader operationnel important d'Al Qauida, responsable de la fabrication des bombes improvisées, lesquelles tuaient des soldats américains sur les routes afghannes... Mais certains juristes au sein de l'administration ont contré l'argumentaire, expliquant que M. Farekh ne posait pas de risque imminent à l'Amérique ; ils doutaient également du niveau de responsabilité de cette "cible" au sein d'Al Quaida. Ce sont eux qui l'ont emporté. Farekh n'a pas été "traité" par drone et celui dont la CIA et le Pentagone assuraient qu'on ne pourrait pas lui mettre la main dessus physiquement "a finalement été arrêté par l'armée pakistanaise, puis extradé aux Etats-Unis. Il attend aujourd'hui son procès à Brooklyn" conclu le Times .Manière de dire qu'il existe aussi d'autres façons de faire, en matière d'anti-terrorisme ; d'autres manières, qui ont surtout le gros avantage de ne pas faire de victimes collatérales.

Eric Biegala

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