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Quand les images parlent d'elles-même.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Ce matin, oubliez les négociations et les réunions à huis clos, car le vrai drame, prévient le site d'ABS NEWS, s'est joué directement sous nos yeux, devant les caméras du monde entier. Et le site de la chaîne américaine de compiler tous les faux pas diplomatiques constatés depuis lundi au sommet Asie Pacifique.

Premier affront, la limousine blindée du président Obama. Si "The Beast", ainsi qu'on la surnomme, constitue un spectacle familier à chaque déplacement du président américain à l'étranger, cette fois-ci, La Bête n'était pas la bienvenue. Tandis que tous les autres leaders du monde entier, sans exception, avaient accepté d'être transportés en limousine diplomatique, Obama, lui, s'y est catégoriquement opposé. Mais ça n'est pas tout, puisqu'en sortant de sa Cadillac personnel, le chef de la maison blanche a été vu, qui plus est, en train de mâcher un chewing-gum. Et même si chacun sait que Barack Obama est un utilisateur compulsif de nicorettes, ce geste précise USA TODAY, a été considéré par nombre de bloggeurs comme particulièrement inélégant voire vulgaire, certains allant même jusqu'à comparer le président américain à un rappeur faisant irruption dans l'enceinte du Sommet.

Mais l'affront le plus remarqué, lui, aura été le fait d'un certain Vladimir Poutine. La scène s'est déroulée lors d'un concert organisé en marge du Forum, concert diffusé en direct à la télévision. Il faisait doux, mais une brise persistante soufflait. Et tandis que le président chinois était en pleine discussion avec son homologue américain, à sa gauche, le président russe déposait un châle sur les épaules de la première dame chinoise. Un geste que beaucoup auraient considéré comme plutôt galant. Sauf les médias officiels chinois, qui en ont rapidement effacé toute trace en ligne, après que des blagues douteuses ont commencé à circuler sur les véritables intentions du président russe, un homme divorcé et idolâtré par de nombreuses femmes en Chine, grâce à son image d'homme macho.

Enfin restait un évènement très attendu, évènement d'ailleurs qui a donné le coup d'envoi de ce sommet : la rencontre entre le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Pour la première fois depuis qu'ils sont arrivés au pouvoir il y a deux ans, les deux hommes devaient apparaître ensemble, devant la presse et se serrer la main en signe de réconciliation. Et là encore, à lire les commentaires dans la presse, on ne peut pas dire que l'opération aura été un franc succès. Si la photographie ne respire déjà pas franchement la joie de vivre, le déroulé de la scène était encore pire, peut-on lire sur le site BIG BROWSER. On y voit d'abord Shinzo Abe contraint d'attendre, les mains croisées, que Xi Jinping daigne se placer à l'endroit prévu pour le début de l'entrevue. Et puis ensuite, tant que dure la poignée de main, Shinzo Abe parle alors que Xi Jinping, lui, reste silencieux, le visage pincé, donnant ainsi l'impression de ne pas répondre à son interlocuteur. En d'autres termes, alors que cette poignée de main devait sceller, du moins symboliquement, la fin d'une brouille diplomatique difficile à dépasser entre les deux pays, elle aura eu l'effet inverse, montrant des retrouvailles glaciales aux yeux du monde. Et comme pour se justifier, la presse chinoise s'est d'ailleurs aussitôt empressée de dire non seulement que la rencontre avait été organisée à la demande de la partie japonaise, mais plus encore que le gouvernement central ne renoncera à rien et qu’il n’avait qu’une confiance limitée dans Shinzo Abe.

Au-delà des images, cette fois-ci, que faut-il à présent retenir de ce sommet ? Que la Chine veut redevenir l'Empire du Milieu, comme le titre en gros caractères le quotidien DIE WELT ? Sans doute. En témoigne la 20 aine de chefs d'Etat, vêtus d’un complet coloré à la coupe typiquement chinoise, tous venus écouter leur hôte et son rêve pour la région. Nous avons la responsabilité de créer et de réaliser un rêve pour l’Asie-Pacifique a en ainsi déclaré le président chinois. Un vocabulaire, précise LE TEMPS de Genève, qui n’est pas sans rappeler le rêve, toujours et encore, que Xi Jinping a déjà formulé à de nombreuses reprises pour son propre pays, en référence à une Chine au caractère impérial et autoritaire.

Et de fait, deux projets, étaient à l'œuvre au cours de ce sommet. L'un promu par la Chine, dans le quel Pékin, bien entendu, jouerait un rôle de leader et que les médias décrivent généralement comme concurrent donc du Partenariat transpacifique défendu, lui, par les Etats-Unis. Car même si, contrairement aux idées reçues, le projet de Washington n’exclut pas a priori Pékin, la Chine entendait montrer à la face du monde qu’elle ne veut pas laisser les Etats-Unis définir seuls ce que doit être l’intégration économique de la région. Ou dit autrement, elle veut traiter avec l’Amérique sur un pied d’égalité.

Pour l'instant, le choc des titans n'a pas trouvé son vainqueur. La rivalité sino-américaine reste bien réelle, même si les deux grandes puissances ont plutôt donné des signaux de convergence. Seule certitude, l’OMC, actuellement en proie à la pire crise de son histoire, se retrouve désormais plus que jamais marginalisée, alors que la région Asie Pacifique, elle, pourrait bien devenir l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde.

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