LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Quand sifflent les Grandes Oreilles de Big Brother...

4 min

Par Eric BiegalaC'est la dernière en date des révélations sur les écoutes de la NSA : ce matin la presse espagnole révèle que l'agence américaine de renseignement a "piraté près de 60 millions de communications" en Espagne titre El Pays et ce en moins d'un mois entre décembre 2012 et janvier 2013... au moment même où la même agence surveillait également 70 millions de communications privées en France...Le scandale des écoutes n'en fini donc pas de rebondir ; ce dimanche c'était l'édition dominicale du tabloïd allemand Bild, le Bild-am-Sonntag qui assurait en titre qu'Obama voulait tout savoir d'Angela Merkel et qu'il savait pertinamment que le téléphone de la chancelière était écouté depuis au moins trois ans puisque, selon un responsable du renseigment américain cité par le journal, le président américain avait été briefé sur ces écoutes en 2010, contrairement a ce qu'il a assuré à Angela Merkel à l'occasion d'un échange téléphonique la semaine dernière...Et pour la presse allemande c'est la réputation globale du patron de la Maison Blanche qui s'en trouve ternie"L'aura d'Obama a disparu" titrait d'ailleurs l'éditorialiste de Die Welt ce week-end... même ton chez son confrère de la Frankfurter Allgemeine Zeitung : "Obama se rend-t-il compte qu'on ne lui fait plus du tout confiance en Allemagne ? écrit l'éditorialiste du quotidien de Francfort dans un commentaire de Une... "il n'y a pas d'autre mot pour le dire, renchérissait la Berliner Zeitung : "le président Obama ressemble aujourd'hui au parfait hypocrite politique ; quand il a pris ses fonctions, Obama a promis davantage de paix et de liberté, mais ses propres services secrets ont tué dans l'oeuf cette liberté" , poursuit l'éditorialiste...Mais en parlant d'hypocrisie... il n'y a probablement pas que le président américain qui a des comptes à rendre... "Pourquoi est-ce qu'on fait tout ce foin ? demande d'ailleurs Harald Martenstein, l'éditorialiste du Tagesspiegel ; "bien sûr, mêmes les pays amis s'espionnent les uns les autres... Nous autres Allemands, explique-t-il devrions simplement nous protéger plus efficacement... Nous avons été naïfs et négligeants... nous ne pouvons que nous en prendre à nous mêmes" , conclu-t-il.Dans une longue tribune du Guardian , Glenn Greenwald, le journaliste par qui les révélations d'Edward Snowden sont sortis s'en prend lui aussi à l'hypocrisie européenne : "si les gouvernements français et allemands - et les peuples de ces deux pays - sont si contents d'apprendre aujourd'hui comment leur vie privée est systématiquement attaquée par une puissance étrangère sur laquelle ils n'ont aucune influence, n'auraient-ils pas du offrir l'asile politique à celui qui a révélé tout ça, au lieu d'avoir rejeté ses demandes... " référence bien sûr à la cavale d'Edward Snowden entre Hong-Kong et la Russie de Vladimir Poutine, qui a finalement offert asile à l'ancien contractuel de la NSA cet été... Un bal des faux culs également dénoncé bien sûr par les Américains... notamment dans les late shows du week-end... sur CNN Mike Rogers le pdt de la commission du Renseignement à la Chambre des représentants expliquait hier que "si les Français savaient à quel point ils ont été aidé par les écoutes Américaines ils se lèverait pour applaudir en sabrant le champagne" ... même son de cloche sur NBC où l'ancien pdt de la commission de la sécurité intérieure Peter King assurait que "la NSA a sauvé des milliers de vies, non seulement aux Etats-Unis mais aussi en France, en Allemange et partout en Europe... " Et puis... le pouvoir américain lui-même n'est pas à l'abri de l'espionnite, loin s'en faut explique le New York Times qui rappelle que le Blackberry de Barack Obama lui même avait été piraté par des hackers chinois pendant la campagne présidentielle de 2008... Une fois élu, le président américain avait d'ailleurs bataillé pendant des mois et des mois pour garder son Blackberry perso... il avait finalement accepté de s'en remettre à un model lourdement crypté, approuvé par la NSA, et qui limitait ses communications à ses seuls collaborateurs les plus proches ainsi qu'à certains amis triés sur le volet. Bref tout le monde espionne tout le monde, et depuis longtemps... n'empêche, "Washington est toujours sur la selette" titre ce matin l'édition internationale du New York Times ... "l'administration américaine concède que la colère en Europe - celle des citoyens et celle davantage calculée des politiciens comme Madame merkel ou le Président Hollande - l'administration concède que cette colère pourrait avoir des conséquences diplomatiques plus larges que ce qu'elle avait redouté jusque là". ..Foreign Policy revèle d'ailleurs qu'aux Nations Unies, l'Allemagne et le Brésil (les deux pays dont les dirigeants ont été directement écoutés par la NSA) préparent un projet de résolution au conseil de sécurité pour renforcer le secret des communications privées sur Internet...Le New York Times estime que "le flux continue de révélations sur les écoutes américaines donne aux Européens un certain avantage au moment où ceux-ci cherchent à ouvrir des négociations avec les Américains sur un possible "code de conduite" entre alliés " concernant les écoutes. Un émissaire allemand devrait d'ailleurs être reçu ce lundi à Washington pour ce faire."Les Français et les Allemands cherchent aujourdh'ui à être intégrés dans le cercle restreint du système de renseignement allié... note le New York Times ; Actuellement, ce cercle restreint, surnomé "Five eyes" est constitué des Etats-Unis et de ses partenaires anglophones : la Grande Bretagne, l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande. Des partenaires qui se sont mis d'accord pour ne pas s'espionner entre eux et pour partager leurs renseignement", précise le quotidien...Bref : le nouveau code de conduite demandé par les Européens serait surtout une manière de s'intégrer à Big Brother... une manière de glisser LEUR propre oreille dans les écoutes de la NSA... et en aucun cas de protéger les communications privées de leurs citoyens.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......