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Que sont devenus les 43 étudiants mexicains ?

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Par Marine de La Moissonnière

Des dizaines de milliers de Mexicains ont manifesté mercredi 8 octobre 2014, dans plusieurs villes du pays. Ils réclament que toute la lumière soit faite sur l’affaire des 43 étudiants disparus. Des rassemblements ont également eu lieu en Allemagne, aux Etats-Unis, en Argentine et en Espagne notamment, rapporte El Universal.

Pour l'instant, on ignore ce qui est arrivé précisément à ces étudiants. Les médias tentent de reconstituer ce qui s'est passé le 26 septembre dernier, à Iguala, dans la province de Guerrero, au sud-ouest de Mexico. 43 jeunes, étudiants de l'Ecole normale d'une petite ville rurale située à une centaine de km, ont disparu après des affrontements avec la police, explique le New York Times. Comme ils le faisaient souvent, ces étudiants étaient venus collecter des fonds et réquisitionner des bus, en vue d'une manifestation qu'ils comptaient organiser. Ils entendaient protester contre les coupes budgétaires dans leur établissement, avance le quotidien américain.

L'école normale où ils faisaient leurs études est marquée par une longue tradition de militantisme, précise El País. La mention "Berceau de la conscience sociale " est inscrite à l'entrée. Ici, les décisions internes se prennent en assemblées. On vote à main levée et le vocabulaire révolutionnaire prédomine. Selon le quotidien espagnol, "la pauvreté, la violence et la corruption politique dans l'Etat de Guerrero, c'est le terreau idéal pour que naissent des générations de jeunes militants qui rejettent le système. "

Ces 43 étudiants, raconte pour sa part le New York Times , "c'était des gars de la campagne pour qui ça marchait bien à l'école et qui ont choisi l'une des rares options possibles à part un travail éreintant dans les champs de maïs et de haricots. Ils ont décidé de devenir prof et de rejoindre l'école normale locale attirés par la promesse d'un emploi stable. "

Ils avaient la vingtaine et sont sans doute morts aujourd'hui, même si leurs parents refusent d'y croire. Samedi, une fosse commune a été découverte à Iguala. On attend toujours les résultats des tests ADN pratiqués sur les 28 corps démembrés et brûlés découverts.

Aujourd'hui, les questions restent nombreuses. Si ce sont bien les corps des étudiants qu'on a retrouvés, qui les a tués ? Les forces de l'ordre elles-mêmes ou bien ont-elles chargées un gang local de faire le sale boulot, comme l'affirment deux témoins ? 22 policiers ont déjà été arrêtés, rapporte El Universal . Ils sont accusés d'appartenir au groupe de trafiquants de drogues. L'armée et la police fédérale ont pris le contrôle de la ville.

Le chef de la police d'Iguala sont en fuite tout comme le maire et sa femme. Elle est belle comme une méchante de telenovela. Voilà comment la décrit El Universal. Le "couple impérial " comme on les surnommait sur place, aurait ordonné le massacre des étudiants. Ses deux frères à elle étaient des narcotrafiquants. Ils ont été assassinés en 2009. Ses amis à lui sont des hommes politiques puissants (députés, sénateurs...). C’est l’illustration criante des liens entre le monde politique et celui de la drogue. Des politiques qui emploient des méthodes de criminels. Le maire et sa femme auraient commandité l'assassinat de trois opposants politiques. Les services de renseignement du pays étaient au courant de ces soupçons depuis un an mais n'ont rien fait.

La colère monte donc au Mexique conte l'ensemble de la classe politique. D'après le New York Times , elle vise particulièrement le président Enrique Peña Nieto. Il est à nouveau accusé d'avoir centré son discours sur l'économie au lieu de lutter contre la corruption et d'améliorer la sécurité dans le pays. "En seulement neuf ans, la guerre contre la drogue décrétée par les Etats Unis et le Mexique a créé un climat de violence et causé la mort de plus de 100.000 personnes dans tout le pays, essentiellement des jeunes ", écrit Laura Carlsen, chercheuse mexicaine en sciences politiques, dans le Guardian. Elle condamne vivement la politique de militarisation du pays impulsée par Washington qui n'a fait que détruire la paix et la démocratie. "Non seulement cette guerre contre la drogue n'a fait que rendre plus violent ce marché lucratif en renforçant la compétition entre les cartels mais elle a aussi créé un réseau d'alliances entre le crime organisé et l'Etat qui est utilisé à des fins politiques. "

Laura Carlsen rappelle que ce massacre fait suite à un autre qui s'est produit en juin dernier. Trois soldats avaient exécuté 22 jeunes. La collusion entre le gouvernement et le crime organisé est courante au Mexique. L'impunité dont jouissent les membres de cette alliance n'est pas nouvelle non plus, écrit encore Laura Carlsen. Mais rarement, jamais même de soi-disant serviteurs de l'Etat s'en sont pris aussi ouvertement à des civils.

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