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Que veut Poutine et comment aider l'Ukraine ?

5 min

Par Eric Biegala

Qu'est ce que Vladimir Poutine cherche vraiment à obtenir ? Et comment aider l'Ukraine ? Ce sont les deux questions que se posent éditorialistes et commentateurs depuis quelques jours, depuis que la guerre, la vraie a repris dans le Dombass : le sud-est ukrainien où les séparatistes multiplient les coups de main , les bombardements et les véritables offensives en dépit du cesser-le-feu censer tenir depuis le 5 septembre dernier.Comment renforcer les sanctions contre la Russie... difficile d'imaginer d'aller plus loin explique en substance le Wall Street Journal , même si l'une des options sur la table pourrait être d'exclure la Russie du réseau de paiement interbancaire SWIFT... une mesure "ultime et de dernier recours" selon les diplomates et économistes occidentaux cités par le quotidien économique americain... Cette option sera bien au menu de la réunion des 28 ministres des affaires étrangères européens de ce jeudi annonce Russia Today , la chaine anglophone du Kremlin qui cite également longuement sur le sujet le premier ministre Dmitry Medvedev pour qui si une telle décision était prise par les Occidentaux... "la réaction de la Russie - économique ou autre - serait sans limite" ... Russia Today rappelle à ce sujet les phrases du patron de la seconde banque russe : VTB pour qui "une telle exclusion du système international SWIFT serait l'équivalent d'une vraie déclaration de guerre" . La guerre, justement. Nous y sommes "Flingues, mensonges et Vidéo" titre ainsi Foreign Policy , et l'hebdomadaire americain d'expliquer : la guerre en Ukraine est pleinement de retour. Guerre au sens propre du terme avec ses duels d'artillerie, sdes offensives, ses bombardements qui touchent les civils, comme à Mariupol ou a Donetsk et guerres de propagande qui font rage également, sur les écrans , sur le web comme dans les pages des journaux... et jusque dans les discours des principaux acteurs, Vladimir Poutine au premier chef.Sur son blog de Radio Free Europe , Brian Whitmore tente d'analyser le discours Poutinien, notamment ces quelques phrases prononcées il y a deux jours à St-Petersbourg, et dans lesquelles le président Russe expliquait que fait l'armée Ukrainienne qui se bat contre les séparatistes en fait "n'existe pas vraiment comme armée nationale" ; que ce n'est qu'une "Légion étrangère de l'OTAN" dont le but est essentiellement de "contenir la Russie" .

"Ce faisant, Vladimir Poutine dit deux choses écrit Brian Whitmore... D'abord il joue ce vieux jeu des équivalences... puisque l'Occident accuse Moscou d'être à la manoeuvre derrière les séparatistes russes d'Ukraine en les armant voire en les aidant directement militairement avec sa propre armée, Moscou naturellement - et pour ainsi dire instinctivement - dit en retour que l'Occident fait de même avec les Ukrainiens" : que c'est l'Otan qui pilote Kiev !Mais il y a plus... et plus insidieux ", poursuit Brian Whitmore : "en niant toute réalité à l'armée ukrainienne, en suggérant qu'elle n'est qu'un pion enter les mains de l'OTAN, Poutine revient à cette vieille antienne qu'il a déjà publiquement fait valoir et selon laquelle l'Ukraine "n'est même pas un pays" ...

Une idée qui semble en effet assez répandue parmi l'élite du Pouvoir russe si l'on en croit Aleksandr Sytnik, chercheur qui vient de quitter son poste à l'Institut Russe de Recherche Stratégique, un Think tank moscovite qui fournit le Kremlin en analyses et conseils de politique étrangère... un cénacle semble-t-il très influent et au moins très présent dans le cercle rapproché entourant Vladimir Poutine.... Et dans un long papier posté sur le portail de blog Bramaby.com la semaine dernière, Aleksandr Sytkin décrit par le menu comment le directeur de l'Institut, un Orthodoxe militant passionné de l'empire tsariste et la directrice du département en charge de l'Ukraine sont tout deux particulièrement hostiles à la notion même d'Etat ukrainien... "ces deux là vont répetant qu'il n'existe pas d'Ukraine, seulement une "petite Russie" ; que l'Etat Ukrainien est un Etat failli que la langue ukrainienne a été artificiellement construit-e par les Autrichiens et les Polonais pour "casser l'unité des Russes" etc... Et ce sont ces cercles là qui sont influents au Kremlin ; les élites économiques ont totalement perdu la main... "Ceux qui étaient proches de Poutine sont maintenant rejetés à la périphérie explique par exemple à l'agence Bloomberg Sergei Markov, consultant politique, pourtant proche des cercles du Pouvoir au point d'avoir fait partie des observateurs chargés de valider le referendum en Crimée, lequel a abouti à l'annexion de la péninsule par la Fédération de Russie. Dans le même article de Bloomberg , l'analyste Gleb Pavlovsky, un ancien conseiller de Poutine durant ses deux premiers mandats explique que l'élite économique russe commence à se poser des question et à se sentir complètement ostracisée...Même l'ancien maître-espion et ancien Premier ministre russe Evgueni Primakov y est allé de son avertissement la semaine dernière dans les colonnes de la revue d'Etat Rossiyskaya Gazeta , prévenant que "même si la Crimée était "non négociable", Poutine devrait aujourd'hui respecter l'intégralité territoriale de l'Ukraine et éviter d'y envoyer des troupes pour soutenir les milices pro-Russes... Manifestement il n'est pas davantage écouté

En fait, résume Brian Whitmor pour Radio Free Europe , "non seulement Poutine ne parle plus à ses propres économistes mais il ne semble même plus réflechir en termes économiques. Depuis le début de la crise ukrainienne, la machine à désinformer du Kremlin est passée en surrégime" , écrit-il. "Et quand vous construisez un monde artificiel et que vous ne vous entourez plus que de gens qui le renforcent , il arrive un moment où vous ne distinguez plus la réalité du fantasme... Et si Poutine commence lui-même à croire à son propre battage de propagande, nous allons vraiment nous retrouver dans une situation particulièrement dangeureuse" . En un mot : les sanctions économiques, ça ne marche pas. Et ça ne peutpas marcher. Certes elles plombent l'économie de la Russie mais n'ont rien fait pour arrêter ou même limiter l'aide militaire qu'apporte le Kremlin aux séparatistes du Dombass ukrainien... "C'est seulement quand le cout de son intransigeance deviendra trop important que Monsieur Poutine réfléchira à une manière de régler ce conflit par la négociation , explique l'économiste Ivo Daalder dans les colonnes du Financial Times ; la question , précise-t-il aussitôt c'est de savoir comment augmenter ce coût pour Monsieur Poutine. Et la réponse, selon l'économiste est simple : il faut armer l'Ukraine ! "armer l'Ukraine pour faire comprendre à Poutine que toute guerre a un coût... Il faut livrer à Kiev des drones, des radars permettant de repérer les tirs de missile, des engins de guerre electronique contre les drones adverses, des réseaux de communication sécurisés et des blindés" ... Autrement dit : il faut entrer en guerre !

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