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Quel avenir entre Gazprom et l'Europe ?

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BONJOUR !! Plusieurs journaux, ce matin, reviennent sur le "dernier" chapitre du conflit gazier entre la Russie et l'Ukraine...Ou plutôt le dernier épisode en date d'un feuilleton-fleuve, qui avait d'ailleurs déjà fait l'actualité fin 2005-début 2006...Et qui ne devrait pas se régler rapidement, malgré le retour des approvisionnements, attendu ce matin. "Très précisément à 8 heures" pour la présidence tchèque de l'UE, une "possibilité" seulement pour les officiels russes... Car c'est évidemment la perennité de ces livraisons de gaz russe en direction du continent européen qui est en jeu (ce qui représente un quart de sa consommation), comme le relèvent ce matin quotidiens et sites... l'International Herald Tribune rappelle, d'ailleurs, une certaine évidence, celle de la "fragilité d'une dépendance européenne de cette ampleur, vis-à-vis du gaz russe"... Des critiques prononcées néanmoins du bout des lèvres, autant de remontrances surannées, à l'inverse du ton choisi par le Spiegel...Le journal allemand pose la question frontalement : "Est-ce que Moscou a délibérément risqué de priver de chauffage la moitié de l'Europe - pour donner une leçon à Kiev ?" Ajoutant "Quel que soit le coupable, il est clair que ni Bruxelles ni Berlin n'ont fait beaucoup, ces dernières années, pour empêcher la crise". Le Spiegel en profite aussi pour brandir des exemples : "en Bulgarie des écoles primaires et des crèches ont dû fermer, des usines automobiles ont été forcés de s'arrêter en Slovaquie...Et à Novi Sad, la troisième ville serbe, 80.000 personnes se sont retrouvées sans chauffage".... Le quotidien allemand - enfin - qui charge un peu plus les institutions européennes : "Au final, l'administration brusseloise a joué le rôle que ces messieurs de l'Est lui avaient écrit : celui du messager "... Un ton relativement pessimiste, donc, plutot résigné...employé également par la Stampa...Le journal transalpin indique que si la Russie et l'Ukraine ont "paré au plus pressé avec cet accord de dernière minute, les tarifs du gaz pour 2009 restent encore à établir"... "L'éclaircie", conclut la Stampa, "semble encore loin"... D'autant que dès ce matin, les problèmes pourraient subsister. Le Guardian rappelle que les experts russes - mobilisés en Ukraine pour vérifier le bon acheminement du gaz n'étaient pas encore sur place hier soir, ce qui pourrait compromettre au dernier moment le retour des livraisons. Et quant à ce que l'avenir annonce, peu de journaux ont la prétention de le savoir, mais beaucoup tentent d'y réflechir...Certains se contentent d'ailleurs de relayer les projets - encore très vagues - du Commissaire européen à l'Energie, Andris Pibalgs...Il souhaite que l'Europe se dote de réserves stratégiques de gaz, soit des stocks à utiliser en cas d'urgence. Ce qui permettrait d'harmoniser la capacité de réaction des 27, puisque par définition les pays avec des réserves ont moins subi les coupes de Gazprom que les autres... Avec un autre risque d'importance - bien qu'encore impalpable - celui de nouvelles tensions pouvant apparaitre entre Moscou et certains de ses alliés en Europe, comme la Bulgarie. Le Financial Times affirme que de nombreux Bulgares remettent déjà en cause leurs liens avec la Russie, qui fournit la totalité du gaz du pays. Et Sofia prévoirait de réclamer à Bruxelles 400 millions d'euros d'urgence, de manière à se connecter avec deux pipelines, basés en Roumanie et en Grèce... Mais la réaction - commune, de préference - de l'Europe ne semble pas près de se matérialiser. Aucune annonce concrète n'a été faite hier par les ministres de l'energie de l'UE. Ces derniers se limitant à évoquer cette idée de "reserves stratégiques" de gaz, comme celles existant pour le pétrole. Or, au contraire la crise en cours devrait être un "signe suffisant pour déclencher une action européenne d'envergure", comme l'analyse Paul Taylor dans les colonnes de l'International Herald Tribune. Et l'auteur d'esquisser l'idée d'une politique énergétique commune "enfin digne de ce nom"...Avant de pointer plus loin, là encore, le rôle joué par Berlin...L'Allemagne, plus grand consommateur de gaz parmi les 27, qui s'oppose à des réserves stratégiques, arguant que le problème doit être abordé par des compagnies privées et non par les institutions européennes...Berlin nous dit Paul Taylor qui "prefere gérer seul ses liens avec la Russie et Gazprom, autrement dit sans composer avec une intervention de Bruxelles"... Le Standard autrichien va d'ailleurs encore plus loin dans cette idée d'un duel UE-Russie : "S'il est possible d'investir des centaines de milliards d'euros dans le sauvetage des banques, des investissements équivalents devraient aussi pouvoir être entrepris dans le secteur énergétique, si l'Europe ne veut pas être de plus en plus vulnérable au chantage politique". Mais le propos le plus cinglant est à lire dans l'éditorial du journaliste d'investigation britannique Misha Glenny, proposé par El Pais : "cette dispute catastrophique démontre deux thèses. Premièrement, que les politiciens tant russes qu'ukrainiens font passer leurs ambitions personnelles avant tout. "Et, deuxièmement, que l'Union européenne est" je cite "un désastre politique dès lors qu'il s'agit de résoudre un conflit qui concerne pourtant ses interêts les plus essentiels"...

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