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Quel avenir pour l'Afghanistan ?

4 min

Par Marine de La Moissonnière

Après 13 années de guerre, les opérations britanniques dans la province de Helmand, dans le sud de l’Afghanistan ont officiellement pris fin dimanche 26 octobre 2014, lorsque deux soldats ont descendu l'Union Jack, raconte le Guardian. L'heure est donc au bilan. Les combats ont fait 453 morts dans le camp britannique mais n'ont pas permis de ramener le calme dans la province. Les talibans ont repris leurs attaques contre les forces de l'ordre locales. Ainsi au cours des six derniers mois, il y a eu plus de décès dans les rangs afghans que depuis le début de la guerre, s'inquiète le New York Times. Cette résurgence talibane, comme la qualifie le journal américain, vient du fait que les forces internationales n'ont pas réussi à endiguer la production d'opium La province d'Helmand reste le cœur de ce commerce illégal. 80% de l'opium produit en Afghanistan y est cultivé.

Les occidentaux se voulaient pourtant rassurants dimanche. Selon eux, les talibans n'ont réussi à prendre le contrôle d'aucun village, d'aucun centre gouvernemental. C’est bien là tout le problème. Ils ont changé de stratégie, explique le New York Times . Ils cherchent désormais à conquérir les zones rurales et non pas les zones urbaines, et ainsi, ils contrôlent le commerce de la drogue. Ils veulent aussi pouvoir circuler librement dans tout l'Afghanistan, analyse le Guardian qui raconte l'histoire du district de Gizab, dans le centre du pays, où là aussi les talibans se concentrent sur les zones rurales. Il y a quatre ans, la population de Gizab a chassé les talibans. Les forces internationales avaient alors salué cette réussite. Elles avaient voulu voir dans cette révolte populaire, une étape décisive dans la guerre.

Mais aujourd'hui, explique le quotidien britannique, quatre ans plus tard et un an après le départ des soldats étrangers, les talibans sont sur le point de reprendre le contrôle de Gizab. Les combats durent depuis un mois. Ils sont intenses, précise le Guardian . "Les talibans utilisent les gens comme boucliers et ils tirent sur les forces de l'ordre depuis des maisons ", raconte au Guardian Haji Abdur Rab, chef du conseil de développement de Gizab.

Les routes sont coupées par les insurgés. Il est donc impossible d'acheminer des armes et de la nourriture. Reste la voie aérienne. Mais l'armée afghane n'a que trois hélicoptères - dont deux en état de marche -pour les quatre provinces du centre. Les habitants attendent de l'aide de Kaboul. En vain. Tout comme ils ont attendu pour rien que le gouvernement central et les forces de l'ordre afghanes assurent le contrôle de la zone après leur révolte, explique Martine Van Bijlert, spécialiste de l'Afghanistan. "Ils ont juste eu l'impression qu'on avait conféré beaucoup de pouvoir à plein de chefs locaux et ce n'était pas forcément mieux. Corruption, népotisme et la manière forte sont restés à l'ordre du jour ", résume-t-elle.

Les talibans en ont profité. Aujourd'hui ils contrôleraient 80% du district, estiment les anciens, et ils seraient à la reconquête de tout le pays. Ce qui s'est passé à Gizab après le départ des forces internationales pourrait se répéter ailleurs.

Est-ce que cette guerre en valait la peine ? s'interroge le correspondant de la BBC à Kaboul, David Loyn. 100 milliards de dollars ont été investis en Afghanistan,soit plus que ce qui a été dépensé en Europe après la Seconde Guerre Mondiale avec le Plan Marshall, si on prend en compte l'inflation. Qu'est-ce que cet argent a permis d'acheter ? Est-ce que tous ces sacrifices ont servi à quelque chose, se demandent aussi certains des soldats qui ont servi dans la province de Helmand, rapporte le spécialiste des questions militaires du Washington Post. Les réponses sont mitigées pour tous. D'un côté, détaille David Loyn, l'économie s'est développée. Des millions d'enfants vont à l'école. Des diplômés de qualité sortent des universités et des lycées professionnels. La presse est libre et les routes sont en meilleur état.

Mais à quoi servent des routes praticables si on ne peut pas les emprunter en toute sécurité ? poursuit-il. Les femmes ont encore un long chemin à parcourir pour parvenir à l'égalité. Les criminels et les seigneurs de guerre sont de retour partout dans le pays. L'Afghanistan est corrompu. Bref, pour reprendre l'expression brutale du nouveau président afghan, Ashraf Ghani, le pays est en faillite, estime la BBC .

Le chef de l’Etat sera à Londres fin novembre pour tenter de convaincre les donateurs internationaux de lui venir en aide. Les pays européens vont certainement poser leurs conditions, estime la radio britannique. Mais ils devraient venir en aide à l'Afghanistan car ils ont en tête ce qui se passe depuis l'effondrement de l'Irak et ils ne veulent surtout pas d'un autre creuset où pourrait émerger l'Etat islamique.

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