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Quel rôle pour l'Iran dans la lutte contre l'EI ?

5 min

Par Marine de La Moissonnière

"Il faut donner à l'Iran l'occasion de montrer qu'elle peut contribuer à une solution en Syrie. " C’est ce qu'a déclaré David Cameron cette nuit, devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York. Téhéran "pourrait aider à vaincre la menace " du groupe Etat Islamique, a ajouté le Premier ministre britannique. Ces propos, rapportés par l'Agence France Presse , ont été tenus peu après la rencontre qui a eu lieu entre David Cameron et Hassan Rohani. C’est le premier entretien du genre depuis la Révolution de 1979 et c’est donc une "étape importante " pour les deux pays qui depuis longtemps, entretiennent des relations tendues, explique le Guardian.

Cette réunion qui a duré une heure est peut-être le début de "changements fondamentaux " dans les relations entre l'Iran et l'Union européenne et dans les négociations sur le nucléaire. C'est en tout cas ce que l'on annonce dans l'entourage de Rohani, rappporte l'agence de presse iranienne Isna News .

Mais, souligne le Guardian, le président iranien doit faire montre de prudence à New York. Attention à ne pas aller trop loin et à ne pas froisser les radicaux restés au pays. "Les répercussions domestiques d'une déclaration ou d'une réunion pourraient lui coûter cher ", prévient le journal britannique. "Les faucons et les fondamentalistes - notamment au Parlement iranien - le surveillent tels des vautours attentifs au moindre faux pas. " Ils vont scruter en particulier le discours que Rohani prononcera cet après-midi à l'Assemblée générale de l'ONU et ses prises de position après sa rencontre avec Cameron car, poursuit le Guardian , "les conservateurs se méfient bien plus des Britanniques que des Américains. " Ils sont même obsédés ! La Grande-Bretagne, pour les radicaux, c'est "the old fox ", le "vieux renard ". Toujours une idée derrière la tête…

Que va donc répondre Hassan Rohani à cette main tendue de David Cameron l'invitant à se joindre aux occidentaux dans la la lutte contre le mouvement Etat islamique ? La Libre Belgique le rappelle : pas question que l'Iran fasse partie de la coalition mise sur pied par l'Etats-Unis. Les réticences viennent des deux côtés.

Pour les Etats-Unis tout d'abord. "Le soutien militaire apporté par Téhéran à la Syrie, pièce maîtresse de son dispositif d’influence dans la région, rend inenvisageable la participation de l’Iran à la lutte contre ce groupe ", écrit le quotidien belge.

Pour l'Iran maintenant, l'Amérique a les "mains sales ", explique toujours La Libre Belgique . Selon le numéro un iranien, les Etats-Unis cherchent "un prétexte pour faire en Irak et en Syrie ce qu’ils font au Pakistan : bombarder les endroits qu’ils veulent sans autorisation " du gouvernement. Référence aux attaques de drones contre des objectifs talibans.

Les "mains sales " donc alors qu'ils veulent mener une guerre propre, a ironisé cette semaine, Hassan Rohani, rappelle le Los Angeles Times. "Ils veulent utiliser des avions et des drones afin que personne dans leur camp ne soit blessé. Mais est-il vraiment possible de vaincre le terrorisme sans sacrifice ", s'interrogeait-il.

Sur la chaîne de télévision CBS, Hassan Rohani poursuivait sa réflexion de la sorte. "Les Américains cherchent-ils un théâtre pour leur opinion publique ou ont-ils un objectif réel ? " Et de poursuivre : "L'Iran est mieux armé pour assumer le leadership dans cette bataille régionale car celui qui vaincra est celui qui est près à faire des sacrifices ."

Et on en arrive là à l'autre raison avancée par La Libre Belgique pour expliquer que l'Iran ne s'engage pas aux côtés des Occidentaux. Il s'agit du rôle de l'Arabie saoudite. "La présence dans la coalition du grand rival sunnite qu’est l’Arabie saoudite semble aussi de nature à rendre incompatible la participation iranienne. A moins que ce ne soit l’inverse , ironise le journal belge, la participation de l’Iran pose problème à Riyad. " Parce que ce qui est en jeu, au fond, c'est bien sûr le contrôle de la région. L'Iran veut être le "maître du jeu moyen-oriental ", écrit encore La Libre Belgique . Et pour ce faire, il avance ses pions. Comme l'écrivait Peter Harling, dans Le Monde diplomatique , rapporte le journal de Bruxelles : "Dans le monde arabe, Téhéran poursuit une politique étrangère qui se résume de plus en plus à l’entretien de poches de miliciens chiites, ce qui contribue à la polarisation confessionnelle. " C’est le fameux "arc chiite " reliant Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth. Voilà pourquoi l'Iran n'a besoin de personne pour lutter contre Daech, conclut La Libre Belgique.

Le Los Angeles Times , lui, est moins affirmatif. Il souligne qu'afin d'obtenir des avancées dans le dossier du nucléaire, Hassan Rohani pourrait se montrer un peu plus souple. Il a déjà déclaré qu'avec Barack Obama, il était d'accord sur bien des points en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Et quant à l'Arabie saoudite, le fossé qui les sépare se réduit petit à petit. Bref, le discours de Rohani devant les Nations unies, ce sera un numéro d'équilibriste.

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