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Qui pour succéder à Pepe Mujica ?

4 min

Par Marine de La Moissonnière

Le vrai président normal, c'est lui : Pepe Mujica, le président de l'Uruguay qui terminera son mandat en mars prochain. Dimanche 24 octobre 2014, les Uruguayens désignent son successeur. Il aura passé cinq ans à la tête du pays et ses valeurs sont toujours intactes, souligne CNN en espagnol qui l'a rencontré chez lui, dans sa modeste ferme dans la banlieue de Montevideo. Pepe Mujica n'a jamais voulu emménager dans la résidence présidentielle, rappelle le quotidien canadien The Globe and Mail. Il reverse 90% de son indemnité de chef de l’Etat à des associations. Du coup, les médias du monde entier l'ont surnommé "le président le plus pauvre du monde ".

"Je ne suis pas pauvre ", répond à CNN l'homme âgé de 79 ans. "Je vis simplement sans m'encombrer de choses qui me privent de ma liberté. " Et de poursuivre : "Nous, les présidents, nous devons vivre comme la majorité des gens. Pas comme la minorité (…) Ceux qui aiment beaucoup l'argent, on devrait les chasser de la scène politique. Ils sont dangereux ", dit encore celui qui ne peut enchaîner deux mandats consécutifs. Selon Pepe Mujica, "la politique, c'est la lutte pour le bonheur de tous. "

Alors qu'a-t-il fait pendant 5 ans pour rendre les Uruguayens plus heureux, pour chasser la tristesse, comme titre ce matin La República, quotidien uruguayen ? Pepe Mujica n'aime pas les inventaires. "Je ne suis pas un épicier. Je suis un militant social ", explique-t-il à CNN . Le Président met tout de même en avant son bilan concernant la pauvreté qui a considérablement. Aujourd’hui, il y a 11% de pauvres en Uruguay, 0,5% d'indigents. Le PIB du pays a progressé de 4,4% en 2013. Le chômage a atteint 6,8% en juin, poursuit le quotidien colombien El Espectador. Et de lister d'autres avancées que l'on doit à Pepe Mujica : la légalisation de l'avortement, du mariage homosexuel et de la consommation et de la vente de cannabis. L'an dernier, The Economist avait même fait de l'Uruguay le pays de l'année, celui qui avait trouvé la recette du bonheur.

Aujourd'hui, l'héritage de Pepe Mujica est menacé. La coalition de gauche, Le Frente Amplío, n'est pas assuré de l'emporter dimanche, lors des élections législatives, ni même de décrocher le siège de chef de l'Etat. Ce seront les élections les plus serrées depuis 20 ans, souligne l'hebdomadaire uruguayen Búsqueda. La República publie ce matin les derniers sondages et tous prédisent un second tour entre Tabaré Vazquez, 74 ans, à qui Pepe Mujica avait succédé en 2010, ultra favori au début de la campagne, et Luis Lacalle Pou, 41 ans, candidat de la droite, rival inattendu. A bien des égards, c’est l'opposé de Pepe Mujica, explique The Globe and Mail . Il est avocat, vit dans un quartier protégé huppé, a étudié dans une école privée, est bilingue et porte des costumes bien coupés alors que Pepe Mujica est adepte des sandales et des chandails colorés. Comme le résume le quotidien canadien, Luis Lacalle Pou ressemble à ce qu'il est : le représentant d'une génération bien plus jeune que celle de Tabaré Vazquez.

"Les gens le trouvent fatigué ", confirme Rosario Queirolo de l'Université catholique d'Uruguay, alors que Luis Lacalle Pou est motivé et le prouve. Il est jeune mais pour les questions économiques et d'éducation, il s'est entouré d'experts. Il a été assez intelligent pour ne pas mener une campagne agressive, renchérit Adolfo Garce, professeur de sciences politiques. Il affiche un profil lisse et décontracté qui n'est pas sans rappeler pour le coup, celui de Pepe Mujica, estime la BBC.

Luis Lacalle Pou a su trouver des thèmes de campagne porteurs alors qu'après 10 ans au pouvoir, la gauche est victime d'une usure, d'une lassitude naturelle au sein de la population. Certains lui reprochent de ne pas avoir assez tiré profit de la croissance du pays, de ne pas avoir investi dans les infrastructures et le système éducatif, explique The Globe and Mail . Il y a aussi la question de l'insécurité et celle de l'exploitation des ressources minières uruguayennes confiée à des entreprises étrangères, poursuit El Espectador .

L'arrivée de la droite au pouvoir ne devrait pourtant pas remettre en cause toute la politique menée par El Pepe. Mais alors que la crise touche le pays, les dépenses sociales et le déficit vont devoir être réduits, prédit The Globe and Mail qui annonce aussi la fin de la concertation et du dialogue avec les syndicats. Un autre héritage de Pepe Mujica qui, lui, ne devrait pas survivre.

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