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Retour schizophrénique en Irak

5 min

Par Eric Biegala L'Amérique est-elle de retour en Irak ? Oui... mais non ! En fait, pas tout à fait... mais quand même ! Cela fait une semaine que le discours un tantinet schizophrénique de l'administration américaine agite les éditorialistes... Le dernier exemple date d'hier soir, quand Chuck Hagel, le secrétaire d'Etat à la défense annonce l'envoi au Kurdistan irakien de 130 soldats américains supplémentaires mais, rapporte ce matin la BBC , tout en précisant qu'il ne s'agit pas de soldats ou du moins pas tout à fait... "il s'agit d'une mission de conseil auprès de l'armée irakienne pas d'une mission de combat" , précise Chuck Hagel ; "comme l'a répété le président Obama, on reste sur la ligne du "no boots on the ground" : pas de troupes au sol, pas de combattants américains stricto sensu .Il faut dire que Barack Obama s'est justement fait élire notamment sur son premier mandat en 2008, pour sortir l'Amérique des guerres des années Bush, et particulièrement de celle menée en Irak. "A écouter Barack Obama parler d'Irak ces derniers jours on ne peut s'empêcher de plaindre le bonhomme ... écrit par exemple Daniel DePetris dans le magazine conservateur The National Intrerest ; "après tout , poursuit-il, c'est le même homme qui avait été catapulté à la tête des présidentiables démocrates en 2008 en étant essentiellement le candidat anti-irak, anti-guerre... On s'en souvient, rappelle David De Petris, pour Obama l'invasion et l'occupation de l'Irak c'était une "guerre idiote" , la décision la plus désastreuse de l'administration américaine en politique étrangère depuis la guerre du Vietnam. C'est avec ces arguments que le jeune sénateur de l'Illinois avait battu le poids lourd Hillary Clinton aux Primaires puis le sénateur républicain John Mc Cain à la Présidentielle ", rappelle encore l'éditorialiste. Plus incisif du côté de l'opposition Républicaine : David Keene dans The Washington Times , qui va jusqu'à rendre Barack Obama plus ou moins directement responsable de la situation en Irak. "le président ne peut pas s'en empêcher" , écrit ansi l'éditorialiste conservateur, "alors même qu'il ordonne une mission de bombardement contre d'Etat Islamique, il prend, dans ses discours tout son temps pour expliquer au monde entier, au citioyen americain et peut-être surtout à lui-même que toute cette pagaille, ça n'est pas de sa faute" ... alors que c'est bien l'administration Obama qui a tout fait en 2011 pour qu'il n'y ait plus un seul soldat US en Irak, avance David Keene. Pour lui la "bonne" solution aurait été de "laisser en Irak une force résiduelle de 15 à 25 000 hommes histoire de continuer à former l'armée irakienne et d'aider à la stabilisation politique du pays" ... c'était l'idée des Républicains, et de l'adminsitration Bush en particulier.La partie de ping-pong entonnée sur l'air du blame game - le jeu du "la faute à qui ?" - une grande spécialité de la vie politique et médiatique américaine, se poursuit dans les rangs démocrates. Ce week-end, c'est Hillary Rodham-Clinton, l'ancienne patronne de la diplomatie durant le premier mandat de Barack Obama qui s'épenche dans une longue interview publiée par The Atlantic ; pour elle c'est l'échec - par la seconde administration Obama - "la faillite de la mise en place d'une force crédible organisant les opposants à Bachar el Assad en Syrie qui est responsable de la situation en Irak... le manque d'aide militaire aux rebelles syriens a laissé un vide énorme, un vide dans lequel les djihadistes se sont engoufrés", explique-t-elle. Egalement du côté des éditorialistes plutot libéraux, David Ignatius dans le Washington Post estime que si l'approche américaine d'aujourdhui en Irak va dans le bon sens, "tant qu'elle encourage la participation de tous - toutes les composantes irakiennes - dans le combat conte l'Etat Islamique, en pratique cela devrait se traduire par une aide miliaire à tous ceux qui se battront sous le drapeau irakien, y compris les peshmergas kurdes et de nouvelles milices sunnites - qu'il faudra reconstituer... Cela dit, précise aussitôt David Ignatius, Obama "doit comprendre qu' en retournant en Irak, il s'est engagé sur un terrain des plus glissant" . Le président américain "peut bien chercher à limiter strictement tout engagement militaire, sur le terrain c'est l'Etat Islamique d'Al Baghdadi qui a l'initiative... Il lancera sans doute ses attaques suicides contre des cibles américaines là où il pourra les trouver... Avec l'aide de ses alliés il opurrait même s'en prendre au territoire américain lui-même... l'opération qui a commencé la semaine dernière comme une tentative de porter secours à des réfugiés irakiens coincés sur une montagne devra probablement s'élargir" à autre chose, pronostique-t-il.De toutes façon, les opérations limitées de l'Amérique en Irak sont d'ores et déjà condamnées à grossir prévient Richard Haass, le président du Council On Foreign Relation s, un think tank americain plutôt neutre politiquement. Dans un long commentaire publié hier dans les colonnes du Financial Times , Richard Haass explique que compte tenu des intérêts americains dans la région et des menaces qui pèsent sur eux, les Etats-Unis ne pourront décemment pas se contenter de quelques frappes aériennes."l'Etat islamique dispose dune présence de plus en plus importante, tant en Irak et en Syrie... A un moment donné, il s'attaquera à la Jordanie voisine, au Liban, à d'autres, ce qui entrainera non seulement d'autres catastrophes humanitaires, mais un véritable cauchemard stratégique dans cette région où les ressources énergétiques demeurent vitales pour l'économie mondiale" Par ailleurs ajoute Richard Haass, "c'est pur fantasme que de croire que le gouvernement irakien et son armée peuvent arrêter seuls l'Etat Islamique ; ce dernier est vif, et surfe sur une dynamique ; c'est lui qui a l'initiative, tandis que l'Etat irakien est rongé par les divisions, la corruption et l'incompétence de ses cadres.

Alor qu'est ce qui faut faire ? Simple répond Richard Haass : les Etats-Unis doivent "attaquer de manière soutenue les forces de l'Etat Islamique aussi bien en Irak qu'en Syrie ; la frontière aujourd'hui ne veut plus rien dire... l'essentiel c'est que l'Etat Islamique soit ralenti et affaibli. Et ça, ça peut se faire grace à une campagne de bombardements aériens, sans déploiement au sol de l'armée américaine... les kurdes et les irakiens occupant le terrain libéré, assure encore le patron du Council on Foreign Relations qui conclu en ces termes :"Barack Obama et ceux qui l'entourent devraient aussi repenser le rôle de l'Amérique... Le président l'a rappelé : le monde attend des Etats Unis qu'ils jouent le rôle d'un leader... Aujourd'hui c'est le moment ou jamais"

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