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Révolution: le jour d'après.

6 min

par Cécile de Kervasdoué

La révolution est poétique même si elle est atrocement sanglante... et puis… et puis seulement, elle est politique

car la politique ne vient que le matin d'après la révolution continue l'éditorial que propose le quotidien égyptien Al masry al youm...

Bien sûr on en a eu des bribes avec les slogans, les chants et les cris durant les jours de mobilisation et même de manière souterraine, bien avant la révolution, dans les soupirs et les rêves quotidien des peuples opprimés

mais une fois passée la révolution, celle qui rend sa dignité au commun des mortels, celle qui l'élève au rang de penseur comme la poésie transforme les mots communs en leur donnant des rythmes et un sens extraordinaire… le jour d'après en somme, que se passe t il? et bien vient l'heure de la politique pure et dure avec toutes ses compromissions et ses complications et bien sûr ses règlements de compte.

les jours d'après.... ils sont rares les journalistes de la presse internationale qui s'intéressent à ces jours là tant l'actualité libyenne notamment avec toute son horreur, semble tout écraser sur son passage.

Le visage étrange de Khadafi est partout sur toutes les unes de la presse internationale qui ne sait plus trouver de superlatifs assez forts pour qualifier « le fou »... « le sanguinaire »... « le boucher »... « L’ignominie »

et the Daily star au Liban, précise cynique : c'est étrange, jusque là, les média occidentaux qualifiaient le guide, de fou un peu comme Ronald Reagan qui l'avait taxé de « chien fou du moyen orient »... c'était étonnamment soft parce que comme le dit le Spiegel l'occident pensait avoir besoin de Kadhafi, ou en tout cas de la manne pétrolière libyenne…

Et voilà le boucher mis à nu... écrit le Daily star... et en ce sens chacun doit prendre ses responsabilités... l'occident en a une lourde, celle de complicité de crimes contre l'humanité

L’ignominie titre el Pais en Espagne sur la même ligne... l'heure des comptes a sonné

et l'heure d'avoir mal à la tête pour certains... renchérit le spiegel allemand qui propose un encadré sur le Bahreïn et explique combien l’occident craint que la révolte des shiites contre les sunnites passe la frontière et enflamme l’Arabie saoudite avec tout son pétrole

vous l'entendez ...certains confrères étrangers tentent donc ce matin d'éviter de sauter dans la caravane médiatique qui s'est emballée de toutes ces révolutions... pour réfléchir au jours d'après

Surprise, surprise... la révolution égyptienne a fondamentalement changé la politique internationale...explique encore le Daily Star au Liban... cette manière qu'avait l'occident de considérer le moyen orient avec condescendance ou avec frayeur c'est selon... et de nommer plus ou moins directement les chefs des états de cette zone si riche en pétrole, est révolue… lance le quotidien libanais

voilà que des civils se piquent de vouloir faire de la politique... ironise Al masry al youm alors que toujours en Egypte, l'ancien quotidien du régime qui a saisi le vent de la révolution décrit les conditions d'un interrègne…cette instance hybride qui prend des décisions après consultations d'experts, de juristes, et de journalistes gouverne pour l'instant l'Egypte et tente d'entamer la transition démocratique... écrit al Arham... et pendant ce temps les anciens révolutionnaire deviennent des chiens de gardes

et c'est exactement ce qu'explique Mohamed el Baradei, prix Nobel de la paix en 2005, dans les colonnes du Financial Times britannique.

il faut prendre garde à ce que l'armée ne maintienne pas cette opacité qui la caractérise dans son entreprise de transition... il faut faire attention à ne pas se laisser aveugler par le miracle de cette révolution et prendre en main tout ce qui reste à faire, car la tâche est énorme, et la démocratisation très fragile

c’est là la deuxième bataille de l'Egypte... considère l'éditorialiste d'el Shorouk en Egypte... et notre responsabilité est très grande car nous inspirons tous les peuples qui sont en train de se soulever au moyen orient... or on sait que pour les autocrates, le meilleur moyen de se sauver est de créer des tensions, une guerre même si nécessaire... fut elle contre israël ou bien une guerre civile... or la démocratie a besoin de calme, de sang froid et bien sûr du soutien de l'occident

et c'est là toute l'inquiétude du journal israélien Haaretz

alors qu'al jazzera raconte ce matin combien Israël a peur de cette nouvelle Egypte... durant les évènements le ton des média israéliens n'avait rien à voir avec l'enthousiasme… plutôt une forme d'anxiété... comme si la démocratie égyptienne pouvait nuire à Israël et al jazzera continue dans un autre papier... c'est sans doute que tout le monde en Israël a bien conscience de cette question que personne n'ose poser tout haut... le suivant sur la liste des révolutions ne serait pas les territoires palestiniens tout simplement?

en attendant rajoute Haaretz... les révolutions ne sont jamais aussi romantiques qu'on peut le croire... même en Egypte, le jour d'après à commencé avec des purges... l'Egypte qui règle ses compte contre les artistes notamment coupables d'avoir collaborés avec l'ancien régime... comme dans toutes les révolutions... dit le journal israélien, le jour d'après peut s'avérer moins grand, moins beau, moins porteur d'espérance pour la nature de l'humanité... le jour d'après... on est bien loin de l'idéal de fraternité de la révolution

et c'est bien ce qui met très en colère le Guardian en Grande Bretagne qui ne se remet pas de cette visite hier de David Cameron au Moyen Orient... sous couvert de promouvoir la démocratie dans la région, le premier ministre n'hésite pas à emmener dans ses bagages des vendeurs d'armes pour faire signer des contrat à Abou Dabi... il y a toujours du profit à se faire... ironise le journal… très loin de l’éthique de la politique étrangère

et puis n'oublions pas alors que la colère du monde entier s'abat sur Kadhafi, comme avant lui Moubarak et ben Ali... n’oublions pas continue le site de Middle east transparent, qu'avant que le rue ne gronde, ces dictateurs avaient tout le soutien politique et financier de la France de la Grande Bretagne de l'Italie de l'Allemagne d'Israël ou des Etats Unis

alors aujourd'hui il serait bon que nos chefs d’état fasse preuve d’un peu plus d’éthique en politique extérieure... s'enflamme l'Independent britannique alors que le site de Middle East Transparent se plait à publier la lettre de fronde des diplomates français parue dans le Monde... et Metransparent explique

Un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d’autres à la retraite, et d’obédiences politiques variées, a décidé de livrer son analyse critique de la politique extérieure de la France sous Nicolas Sarkozy. En choisissant l’anonymat, ils ont imité le groupe Surcouf émanant des milieux militaires, dénonçant lui aussi certains choix du chef de l’Etat. Le pseudonyme collectif qu’ils ont choisi est "Marly" – du nom du café où ils se sont réunis la première fois. Ceci est leur premier texte public...

En matière diplomatique, commence le texte ..que de contrariétés pour les autorités politiques ! A l’encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l’Europe est impuissante, l’Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! Dans le même temps, nos avions Rafale et notre industrie nucléaire, loin des triomphes annoncés, restent sur l’étagère. Plus grave, la voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l’égard des Etats-Unis déroute beaucoup de nos partenaires.

Il est clair que le président n’apprécie guère les administrations de l’Etat qu’il accable d’un mépris ostensible et qu’il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique. C’est ainsi que les diplomates sont désignés comme responsables des déconvenues de notre politique extérieure. Ils récusent le procès qui leur est fait. La politique suivie à l’égard de la Tunisie ou de l’Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C’est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.Or, à l’écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l’amateurisme, à l’impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme.

L'heure des règlements de compte a donc sonné un peu partout... alors l'inquiétude se lit maintenant un peu partout dans la presse écrit l'International Herald Tribune américain... qui confie son dilemme : les tumultes du Moyen Orient sont ils vraiment une occasion d'espérer? Les régimes qu'ils tentent de renverser vont ils vraiment laisser place à un monde meilleur pour les peuples qui se sont soulevés?

Ou bien tout cela n'était qu'un rêve?

Bonne journée

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