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Revue de presse internationale 04/04/11

5 min

Par Thomas CLUZEL

Voilà plusieurs jours que nous sommes cloîtrés avec mes enfants à la maison ... En ce moment … je regarde la télévision ... Il faut bien tuer le temps ... Vendredi alors que des jeunes armés paradaient dans Abidjan … j’ai entendu un bruit ... Une balle venait de crever le plafond de ma chambre … Lassane Zohoré dirige à Abidjan une revue atypique au titre bizarre … GBICH ... En une du site on peut lire ce bandeau … La dictature c’est ferme ta gueule ... Et la démocratie c’est cause toujours ...

Il faut dire que le scénario catastrophe … celui que la communauté internationale s’efforce de contrecarrer depuis tant d’années est en passe de l’emporter … La Côte d’Ivoire jadis loué pour sa stabilité en Afrique de l’Ouest bascule un peu plus chaque jour dans une violence aveugle ... La crise ivoirienne vire même au carnage peut-on lire encore ce matin en une du journal LE TEMPS … C’était le 29 mars dernier à Duékoué dans cette zone la plus fragile de l’ex colonie française surnommée le « Far West » … Un véritable massacre a été perpétré … Le CICR évoque plus de 800 morts … tandis que la MINUCI parle de 330 tués. Un différentiel qui pose bien évidemment question et qui incite à la plus grande prudence dans l’interprétation des faits … D’autant qu’à présent les deux camps se renvoient la responsabilité de ce décompte macabre … Alors s’il est encore trop tôt pour déterminer avec exactitude les responsabilités des uns et des autres dans ce carnage le CICR note toutefois qu’il a été commis dans un quartier circonscrit de la ville contre des civils désarmés … Des faits qui sembleraient donc plutôt accréditer la thèse d’une expédition punitive visant à châtier collectivement une population bien ciblée … en l’occurrence les Guéré … une ethnie locale réputée acquise au président sortant … Quant au fait de savoir qui a commis ces exactions et bien là encore les versions divergent ... Certains mettent en cause notamment les dozos ... des chasseurs traditionnels redoutés pour leurs supposés pouvoirs magiques … Une confrérie qui depuis le début du conflit s’est rangée résolument dans le camp des forces rebelles autrement dit pro Ouattara.

En clair ... pendant que le pouvoir de Laurent Gbagbo agonise son ennemi Alassane Ouattara joue gros ... Très gros même peut-on lire toujours ce mati dans les colonnes du quotidien helvétique ... Car c’est bien sa légitimité de président élu qui menace aujourd’hui de se désagréger ... Jusque-là ... la patience dont il avait fait preuve depuis son camp retranché de l’Hôtel du Golf à Abidjan face à l’autisme du camp adverse ... tout en soignant ses contacts diplomatiques aux quatre coins du monde et de l’Afrique avait accrédité l’idée d’un homme retenu ... sage et peut-être même éclairé ... Seulement voilà devenu chef de guerre ... il n’a eu de cesse ces dernières heures de contester les crimes imputés à ses hommes alors qu’il aurait dû immédiatement s’engager à diligenter une enquête ... Et ce faisant Ouattara dilapide à présent son capital le plus précieux ... sa légitimité sous le regard du monde entier.

Politiquement ... l'effet des accusations contre le camp d'Alassane Ouattara pourrait être dévastateur renchérit le site d'information en ligne LE JOUR GUINEE ... et ce même si l'horreur des derniers jours dans la zone n'est pas en réalité une surprise ... La région a été "infectée par la guerre civile au Liberia" voisin ... Des mercenaires libériens ont notamment été recrutés par le camp Gbagbo et les rebelles lors des combats de 2002-2003 qui ont abouti à la partition Nord-Sud de la Côte d'Ivoire ... Sans compter que le "Grand Ouest" connaît depuis des années maintenant des violences intercommunautaires entre d'un côté les autochtones d'ethnie guéré réputés pro-Gbagbo ... et puis de l'autre les Ivoiriens du Nord et les allogènes les étrangers Ouest-Africains considérés comme pro-Ouattara ... le tout sur fond de conflits fonciers dans cette grande région de production de cacao.

Le site de la diaspora camouerounaise CAMER est lui beaucoup plus sévère ... Au coup d’Etat électoral de Gbagbo dit-il ... Ouattara oppose un coup d’Etat militaire ... Les rebelles ouattaristes maculent ainsi la victoire internationale d’Alassane du sang des Ivoiriens ... Et la prise d’Abidjan ... même si elle survenait aujourd’hui ... serait le début d’une nouvelle guerre ... Sans compter que la prise de pouvoir par les armes risque de poser un problème juridique ... La constitution ne prévoit pas en effet ce mode de dévolution du pouvoir ... La Cour constitutionnelle a proclamé un président ... le Conseil a reçu son serment et l’a investi ... Or si l’histoire retient finalement que Ouattara a accédé au pouvoir par coup d’Etat ... et bien il faudra alors s’attendre à une gestion d’exception ... et le début d’une nouvelle guerre ... car de nombreux Ivoiriens n’accepteront pas ... en dépit des fautes de Gbagbo que les institutions de leur pays soient anéanties.

Alors dans ces conditions où l'on est sommé finalement de choisir une partie contre l'autre selon l'impératif de la lutte à mort ... il est bien difficile de se prononcer concède son confrère du site d'information en ligne CAMEROUN-INFO ... Tout juste pouvons nous nous interroger ... Comment valide-t-on de manière irrécusable les résultats d'un scrutin dans un pays dont une bonne moitié du territoire est occupée par des rebelles armés combattant un gouvernement que la communauté internationale n'a pas déclaré illégitime ? ... A qui appartient le droit de statuer sur les contentieux électoraux en Afrique ? ... Comment fonctionne le principe universel de primauté entre droit national et droit international dans un Etat où la Constitution n'a pas été suspendue ? ... Poser ces questions alors que dans le cas ivoirien la messe semble avoir été dite ne relève ni de la provocation ... ni de l'appel à l'inaction poursuit l'article ... Il s'agit au contraire de préalables qu'il faudrait intégrer à toute discussion sur la résolution d'une crise politique devenue le symptôme à la fois des déficits structurels des marchés politiques africains ... mais aussi des errements d'une communauté internationale qui se rend trop souvent en Afrique avec le dilettantisme des gens qui vont en safari ... et enfin de l'immense colère qu'une décolonisation inachevée et pervertie a laissé dans les esprits de nombreux citoyens ... Et l'article de conclure ... le projet démocratique en Afrique ne saurait être réduit à une simple mystique électorale ... surtout dans les contextes où les chefs de guerre sans foi ni loi manient à la fois l'eau bénite et le feu.

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