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Revue de presse internationale 04/05/11

5 min

Par Thomas CLUZEL

Celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas ... Après l’allocution télévisée hier du Premier ministre portugais ... il n'est pas difficile d’imaginer le soupir de soulagement qui a du traverser le pays tout entier écrit ce matin l’éditorialiste du DIARIO DE NOTICIAS ... Les modalités de l'accord conclu hier avec l'Union Européenne et le FMI ... un programme de renflouement de 78 milliards d'euros sur trois ans donneraient en effet au pays plus de temps que prévu ... pour remplir ses objectifs de déficit budgétaire ... Et c’est ainsi notamment que les caisses des salaires et des pensions de retraites de la grande majorité des portugais ... de même que le niveau du salaire minimum ne devraient pas être affectées dans l’immédiat ... Seulement voilà ... étant entendu que personne ne lâchera jamais 78 milliards uniquement pour nos beaux yeux ... on imagine que le diable doit bien se cacher quelque part dans les détails écrit l’éditorialiste ... Autrement dit ... si tout nous pourra nous sembler encore plus ou moins rose dans l’année en cours ... en revanche ... 2012 et 2013 ne devraient rien apporter de bons ...

Découvrez ce qui va changer dans votre vie avec le FMI ... prévenait d’ailleurs récemment le JORNAL DE NEGOCIOS dans une édition spéciale ... exclusivement consacrée au Fonds monétaire international ... Les citoyens recevront moins de la part de l'Etat ... et devront payer plus d'impôts assuraient déjà le quotidien économique lisboète … Les prestations chômage pourraient être également diminuées ... Et le pays devra probablement faire face à une vague de privatisations sans précédent ...

Alors pour mieux comprendre ... un petit retour en arrière s’impose ... Menacé d'une rupture de financement … le Portugal qui doit rembourser 5 milliards d'euros de dette à la mi-juin avait sollicité une aide de l'UE et du FMI le 7 avril dernier précise ce matin LA TRIBUNE DE GENEVE … C’est donc à présent chose faite … Sauf qu’en échange de cette aide … l'UE et le FMI exigent un programme d'ajustement et des réformes structurelles ... engageant les principaux partis au-delà des prochaines élections législatives anticipées du mois de juin … Or on se souvient que la pression des investisseurs et des agences de notation s'était déjà fortement accentuée après la démission fin mars du chef du gouvernement socialiste … désavoué par le rejet au Parlement de son quatrième programme d'austérité en un an ... En clair ... et en dépit donc des déclarations rassurantes hier soir du premier ministre portugais ... et bien la pression va bel et bien s'exercer crescendo ...

Et d'ailleurs … les Irlandais et les Grecs eux le savent … Demander un renflouement à la Commission européenne ... c’est comme tomber entre les griffes de la mafia pouvait on lire notamment dans un article paru récemment dans les colonnes du quotidien britannique THE GUARDIAN … Au tour à présent des Portugais donc d’en faire l’amère expérience … Et le spécialiste de l'économie de prendre pour exemple l’excellente série Les Soprano … Dans un épisode ... le mafieux Tony Soprano explique à un parieur à la petite semaine pourquoi il le laisse jouer et perdre de grosses sommes ... "Je savais que tu ne pourrais jamais te le permettre … mais ta femme avait cette boutique d’articles de sport" lui précise-t-il … tout en vidant bien entendu la boutique de ses marchandises ... et en la condamnant de fait à la faillite ... Alors les Soprano est disponible en portugais ... Et en regardant la série … et bien les téléspectateurs en apprendront sans doute plus sur ce qui les attend que dans n’importe quel article ou reportage … puisque le Portugal est donc la dernière économie en date à tomber entre les griffes de la Commission européenne et du FMI ... Et d’ajouter … à Athènes ... à Dublin et désormais à Lisbonne et bien les mêmes scenarii se répètent … Souvenez vous ... les renflouements grec et irlandais nous avaient été présentés à l'époque comme une mesure extrême mais nécessaire … afin de soutenir la solvabilité de l’Etat … Or ils ont échoué ... Les deux économies ont vu leurs notes continuer à être dégradées par les agences de notation … et les marchés financiers anticipent même encore un défaut de paiement probable … Et il est fort parier que comme Dublin et Athènes … et bien le gouvernement de Lisbonne à son tour ne tardera pas à s’apercevoir qu’il a troqué l’incertitude d’une dette coûteuse sur les marchés financiers … contre la certitude d’une dette exorbitante auprès de l’UE et du FMI … Par conséquent … l’Etat sera moins à même de rembourser sa dette … Pire encore … en échange du renflouement ... il se verra imposer de nouvelles réductions des dépenses publiques et un accroissement de la pression fiscale sur les revenus … Autant de mesures qui ont pour effet d'étrangler l’activité économique et de déprimer le revenu fiscal dont dépend justement le service de la dette … En clair ... tout laisse à penser que le déficit augmentera … tout comme le risque d’un défaut de paiement … Car au fond poursuit l'article ... si ces gigantesques renflouements accroissent le risque d’un défaut … c’est parce que ce sont des renflouements à la Tony Soprano justement … Traduction ... il n’y a pas un centime pour les pays eux-mêmes … tout l’argent va directement dans les caisses de leurs créanciers ... les banques européennes … Et voilà comment donc les contribuables des économies dites “périphériques” renflouent aujourd’hui les plus grandes banques d’Europe … CQFD ...

Sans compter que l’appellation d’économies périphériques qui repose sur les niveaux de la dette est un mensonge éhonté peut-on lire toujours dans les colonnes du GUARDIAN ... En pourcentage du PIB … la dette publique est par exemple plus élevée en Italie mais aussi en Belgique que dans toutes ces économies à l’exception de la Grèce … En réalité ... c'est la situation des banques qui fait qu’un pays se retrouve ou non aujourd'hui sous le feu des attaques concertées des marchés financiers et des agences de notation … mais aussi de l’UE et de la Banque centrale européenne ... Or dans les pays à faible fiscalité … l’Irlande … l’Estonie … la Slovaquie … la Grèce … l’Espagne et le Portugal … leurs banques mais on pourrait y ajouter les compagnies de fret … et les spéculateurs immobiliers ont tous joué gros et perdu ... Et THE GUARDIAN de conclure … A présent les vautours peuvent s’en donner à cœur joie … Les contribuables n’ont pas fini de souffrir ... Mais comme dirait Tony Soprano : “Qu’est-ce qu’on y peut ?”

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