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Revue de presse internationale 07/01/11

4 min

Par Thomas CLUZEL

Le pilote tourne quelque temps dans le ciel. Peut-être ne trouve-t-il pas notre destination ? Ou peut-être le trafic aérien est-il trop dense ? Après tout c'est vrai Juba n’est qu’une petite ville perdue dans la campagne. Et pourtant, bientôt ce sera la plus jeune capitale d’Afrique écrit l'envoyé spécial de la FRANKFURTER RUNDSCHAU ... Il y a cinq ans, lorsque la guerre civile qui embrasait le Sud-Soudan depuis un demi-siècle a pris fin, on raconte qu'il n’y avait ici que 13 voitures, et pas une seule voie goudronnée. Aujourd’hui, même en dehors des heures de pointe, des centaines de 4 x 4 s’entassent sur un réseau de routes goudronnées de fortune. Les rares hôtels, le plus souvent bondés, sont généralement constitués de containers empilés ou posés les uns à côté des autres ... Et puis sur un terre-plein, au milieu donc du trafic, s’élève dans les airs une horloge digitale qui indique le temps restant jusqu’à la naissance de la nouvelle nation ... Dimanche prochain ... plus de 8 millions de Soudanais du Sud se rendront en effet aux urnes pour décider de leur indépendance ou du maintien de la région au sein de l’Etat le plus étendu du continent. Quoi qu’il en soit ... ici cela fait bien longtemps que le résultat des élections ne fait aucun doute poursuit e journaliste ... Sur une affiche au bord de la route on peut lire ceci ... La dernière ligne droite vers la liberté.

Alors pourquoi tout d'abord un tel référendum interroge THE CHRISTIAN SCIENCE MONITOR ? Pourquoi ne pas rester unifié ? Fondamentalement le désir de se séparer écrit le quotidien américain tient à de profondes divisions à la fois ethniques et religieuses entre le Nord essentiellement arabo-musulman et puis le Sud en majorité animiste et chrétien ...

Dimanche prochain ... les électeurs auront donc à choisir entre deux bulletins ... l'un sur lequel figurera une poignée de main représentant l'unité précise THE GLOBE AND MAIL et puis l'autre sur lequel sera dessiné au contraire une main avec la paume ouverte faisant un signe d'adieu symbole bien évidemment de l'indépendance.

De l’avis unanime des observateurs ... les Sudistes pétris de rancœurs ancestrales à l’égard du Nord et encouragés par les responsables du Mouvement populaire de libération ... les ex-rebelles au pouvoir dans la région semi-autonome opteront massivement pour l’autonomie ... Le problème et bien c'est que l’édification de ce nouvel Etat ... le 54ème pays du continent africain repose en réalité sur un processus jalonné de périls et d’incertitudes à commencer par d’innombrables questions concrètes dont aucune n’est à ce jour résolue ... prévient de son côté l'envoyée spéciale du journal suisse LE TEMPS ... Comment s’appellera le Sud-Soudan indépendant ? Quel sera son drapeau? Choisira-t-il de battre sa propre monnaie et honorera-t-il les engagements internationaux contractés par le Nord? Qu'en sera-t-il également du partage de la dette nationale 34 milliards de dollars sur lesquels Khartoum est en bonne part en défaut. Le Sud, qui accuse le Nord d’avoir emprunté pour mener la guerre et de l’avoir maintenu dans un état de sous-développement, laisse entendre qu’il n’assumera aucun remboursement. Enfin le statut des sudistes habitant dans le nord pose lui aussi problème. Ils seraient environ 2 millions: après le référendum seront-ils encore tolérés par Khartoum et avec quels droits?

Autant de questions donc qui pourraient agir comme un catalyseur de l'agressivité et donc d'un possible retour à la guerre prévient aussitôt le quotidien de Toronto THE STAR ... C’est là en effet le scénario du pire redouté par les spécialistes de la région ... : une implosion du Sud-Soudan après son indépendance.

On le sait les vieux conflits ont d'ailleurs souvent la vie dure ... Or c'est vrai que l'expression de nation déchirée par la guerre a rarement été aussi plus appropriée renchérit le site de la chaîne de télévision américaine ABC ... Sans compter qu'au delà du fossé culturel et religieux donc ... un simple coup d'œil à une image satellite du Soudan suffit encore à mesurer l'étendue de la partition du pays ... divisé purement et simplement en deux moitiés ... l'une au Nord désertique et l'autre au Sud arable fertile et verte.

Or ne nous y trompons pas ... le scrutin de dimanche ouvrira la voie non pas à un nouveau pays ... mais à deux ... Autrement-dit en divorçant de Khartoum ... Juba la capitale du Sud amputera aussitôt l’actuel Soudan non seulement d’un tiers de sa surface et d’un quart de sa quarantaine de millions d’habitants mais aussi d’une proportion substantielle de ses recettes peut-on lire toujours dans les colonnes du quotidien helvétique ... Plus que toutes les autres c'est d'ailleurs la question de la redistribution des revenus pétroliers qui s'annonce d'ores et déjà la plus délicate ... et pour cause c'est elle qui conditionnera la viabilité économique des deux Etats ... Actuellement entre 500 000 et 600 000 barrils sont extraits chaque jour au Soudan dont 80% viennent du Sud et 20% du Nord ... En clair le Nord sera forcément dépossédé d’une partie de ses recettes mais le Sud sera tout de même contraint de composer avec lui car privé de tout accès à la mer son pétrole devra nécessairement transiter par l’oléoduc qui traverse le Nord de part en part ... Vous l'aurez compris donc rien ne dit que le Sud-Soudan mosaïque ethnique complexe et viciée par les rivalités et les rancunes parviendra le cas échéant à entamer sa nouvelle existence sous le signe d’une paix durable.

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