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Revue de presse internationale

5 min

La revue de presse par Mathieu Laurent

"En avant le Hollande tour "titre Pierre Boisselet de "Jeune Afrique "

François Hollande s'envole en effet ,ce soir pour une virée africaine éclair au Bénin, en Angola et au Cameroun.

Au Bénin, la dernière visite d'un président français remonte à celle de François Mitterrand en 1983, en Angola à celle de Nicolas Sarkozy en 2008. Jacques Chirac a été le dernier à se rendre au Cameroun en 1999.

C'est la deuxième tournée africaine de François Hollande, la première avait eu lieu en Juillet 2014 . Près de 50 patrons l'accompagnent cette fois.

Au Bénin, il a sans doute l’intention d’y présenter comme modèle de démocratie le président Boni Yayi qui, sous pressions internes et externes à la suite de la chute du burkinabé Blaise Compaoré en octobre dernier, a abandonné le projet de modification de la Constitution qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat.

« C’est un moment qui sera centré sur ce que peut représenter le Bénin en termes de démocratie vis-à-vis de l’Afrique », précise Hélène Legal, conseillère "Afrique" de François Hollande citée par le site Afrik.com.

Le pouvoir béninois est impliqué dans de nombreuses affaires de corruption et fait l’objet d’une contestation sociale et politique importante. Perçu comme un potentiel successeur de Boni Yayi, Lionel Zinsou, est un intime des réseaux français "Et voici le dauphin titrait alors la "Nouvelle Tribune !"

Ce proche de Laurent Fabius, président de la fondation Africafrance a été nommé Premier ministre du Bénin, 8 jours après la visite, le 8 juin dernier, du Président béninois à l’Élysée. Tout à fait ensevelie la Françafrique ?

C'est le site de l'association Survie qui braque ses projecteurs sur les zones troubles et sombres de cette africaine tournée.

Le Bénin est également le nouveau terrain d’implantation d’un géant du business françafricain : le groupe Bolloré. En août 2009, Bolloré a obtenu la concession pour 25 ans du Port Autonome de Cotonou, entendant le rendre aussi puissant que le port de Lagos au Nigéria, géant anglophone voisin.

La phase béninoise de cette boucle africaine sera clôturée par la visite du Bluezone, un espace qui offre un certain nombre de services : centre d’ordinateur, salle de spectacle... mis en place par Bolloré.

À Luanda le lendemain, il sera ouvertement question d’échanges économiques. L’Angola, avec qui les relations se réchauffent, recèle un beau potentiel, 2ème producteur de brut du continent, rebaptisé le " Petit Qatar", même s’il est affecté par la chute des cours du pétrole.

Les crises régionales devraient aussi y être abordées. L’armée française, qui vient d’amorcer un retrait de Centrafrique, doit s’assurer que les Casques bleus pourront prendre la relève. Or l’Angola envisage justement de s’impliquer davantage dans les opérations de maintien de la paix.

Elles se réchauffent ces relations, et ce sont les termes de la Conseillère " Afrique " de l'Elysée, après le "différend de l'Angolagate ". Un Différend l'Angolagate ? Faut-il le rappeler ? Le plus gros scandale de trafic d’armes de la fin du XXe siècle. Une affaire de vente d’armes entre la Russie et l’Angola, négocié en France, qui valut à feu Charles Pasqua de fréquenter les prétoires des dizaines d'heures durant.

Le site Afrikinfos nous rappele que le 21 juin dernier, lors d’une violente opération militaire, plusieurs jeunes opposants au régime ont été arrêtés à Luanda. Les jeunes sont accusés de préparer des actions dans le but de troubler l’ordre public. Ils souhaitent le départ du Président José Eduardo dos Santos, qui dirige le pays depuis 36 ans. Parmi les interpellés figure le célèbre rappeur Luaty da Silva Beirao.

La dernière étape du tryptique africain de François Hollande : le Cameroun – où il ne passera pas la nuit, contrairement aux autres pays, dernière étape, plus délicate. Yaoundé s’estime en effet peu soutenu par Paris, notamment dans sa lutte contre Boko Haram. La France, qui a fait de la lutte contre le terrorisme sa priorité, aura donc ainsi l’occasion de dissiper les malentendus. Mais le chemin est semé d’embûches. Parmi elles, la décision de la justice camerounaise confirmant la peine de vingt-cinq ans de prison pour l’avocate française Lydienne Yen Eyoum, condamnée à 25 ans de prison dans un procès visant la branche locale de la Société Générale. Son seul espoir désormais : une grâce du président Paul Biya.

"Hollande l’Africain, entre cynisme et réalisme" Rémy Carrayol allonge la foulée sur le site de Jeune Afrique.

Cynisme ? Réalisme, rétorquent ses amis, ce qui revient souvent au même. « Hollande est très pragmatique, sur l’Afrique comme sur le reste, note l’un de ses conseillers. Mais s’il a évolué, c’est plus sur la forme que sur le fond. » Au « ni ingérence ni indifférence » de Lionel Jospin, le véritable fossoyeur de la Françafrique, Hollande préfère ce slogan : « Pas d’ingérence mais des exigences ». « On ne s’interdit rien, mais on y met la forme »

Et on ne verra plus un Claude Guéant ou un Robert Bourgi s’accaparer des dossiers africains ou parler au nom du président... "

L'ONG Survie conclut fraîchement : "A travers ces visites, au nom des intérêts du pays, la "diplomatie économique" et la "diplomatie militaire" ont une fois de plus pris le pas sur une diplomatie affichant péniblement et avec de moins en moins de crédibilité, la défense des droits humains.

Même si la dimension affairiste et sulfureuse est moins présente dans les relations franco-africaines que dans le passé, François Hollande, dans la lignée de la Françafrique décomplexée de Nicolas Sarkozy, semble avoir renoncé à se démarquer des années Mitterrand, Chirac et Pasqua."

A lire également : "La France doit reconnaître la guerre au Cameroun", tribune de Thomas Deltombe, dans Libération

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