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Revue de presse internationale

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Le 16 novembre dernier, le premier ministre roumain, le social-démocrate Victor Ponta, échouait à être élu président de la république, battu à la surprise générale par le libéral Klaus Iohannis qui avait basé sa campagne sur la lutte contre la corruption.7 mois plus tard, Klaus Iohannis demande à Victor Ponta de démissionner de son poste de premier ministre, justement pour corruption. Le chef du gouvernement roumain est accusé par le DNA, le Directoire National Anti-corruption de conflit d'intérêt, de corruption, d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent. Il aurait reçu en 2007-2008 des milliers d'euros d'un avocat qu'il a ensuite fait entrer dans son gouvernement une fois premier ministre.Et si cette affaire fait autant scandale, c'est que comme le rappelle le quotidien britannique The Economist, la Roumanie est sur la ligne de front de la lutte anti-corruption dans l'Union européenne avec sa voisine bulgare. Et le journal londonien de rappeler que Bucarest s'est engagé au près de Bruxelles a éradiquer ce fléau. Et d'ailleurs, le DNA fait bien son travail avec des centaines d'officiels inculpés depuis l'an passé. Mais inculper le premier ministre, candidat malheureux de la dernière présidentielle, c'est certes une preuve d'indépendance du DNA, mais c'est surtout très spéctaculaire.Mais, comme le précise le Guardian, Victor Ponta se défend. Il réfute toutes les accusations et se déclare même prêt à aller devant un tribunal. Si je suis déclaré coupable par un juge, je démissionnerai, mais pour l'instant, je ne suis pas passé devant un juge.Et le premier ministre de rappeler son bilan, un taux de croissance de 4,3%, un chômage qui a baissé à 6%, et des réformes économiques et fiscales en cours.Sauf que le scandale prend de l'ampleur en Roumanie, un pays comme l'explique le journal Vocea Valcii, qui ne supporte plus la corruption. Et le journal d'affirmer dans un éditorial que la démission du premier ministre ne changerait rien, que c'est l'ensemble de la classe politique qui devrait démissionner avant qu'il ne soit trop tard.Pour l'instant, Victor Ponta a donc sauvé sa tête puisque sa majorité au parlement lui a largement renouvellé sa confiance vendredi. Mais cela ne pourrait peut-être pas durer car les premières fissures apparaissent dans la majorité. Le Curierul Nacional nous apprends qu'une petite formation de la coalition menace de claquer la porte. L'Union Nationale pour le Progres de la Roumanie, un parti de centre-gauche ne décolère pas. Le Parti Social-Démocrate du premier ministre tente en effet actuellement de faire passer au parlement 22 amendements au code pénal pour rendre la lutte contre la corruption plus difficile et donc sauver la tête du premier ministre. Une tentative d'abattre l'état roumain d'après le leader de l'UNPR. Un moyen de sauver la carrière de Victor Ponta en détruisant les institutions et les principes pour le Président de la République Klaus Iohannis. Du coup, pour tenter de retrouver un peu d'oxygène, le Premier Ministre pourrait remanier son gouvernement. D'après le quotidien Jurnalul, au moins quatre ministres seraient sur le point d'être changé dont ceux du parti de centre droit le Parti Libéral Réformateur, mais d'après le quotidien cela risquerait de réduire la majorité et d'être perçu par l'opinion uniquement comme une tentative de contre-feu.D'autant plus, comme si cela ne suffisait pas, que Victor Ponta est aux prises avec une autre affaire génante. Dès le vote de confiance accordé par le parlement, Victor Ponta s'est envolé samedi pour Bakou, en Azerbaïdjan, pour assister à l'ouverture des premiers Jeux européens, seul dirigeant de l'Union européenne à faire ce déplacement, alors que les autres chefs d'état et de gouvernement avaient décidés de boycotter la cérémonie à cause des droits de l'homme en Azerbaïdjan.Victor Ponta s'est donc retrouvé à la tribune aux côtés de Ilham Aliev, le président azerbaïdjanais, de Vladimir Poutine ou d'Alexandre Loukachenko.La presse roumaine est stupéfaite. Adevarul titre sur Victor Ponta au club des dictateurs et la présidence roumaine ne comprend pas pourquoi le premier ministre s'est rendu à Bakou.D'autant plus incompréhensible que pour sa défense, Victor Ponta avait déclaré que son gouvernement avait besoin de travailler dans la sérénité car une crise politique en Roumanie serait une aubaine pour la Russie qui déboucherait le champagne si la crise se poursuivait. Après avoir déclaré cela, Victor Ponta, s'est retrouvé pourtant assis à la même tribune que Vladimir Poutine.L'onde de choc de cette inculpation du premier ministre par le Directoire National Anti-corruption est donc énorme en Roumanie.Pourtant, les Roumains ne se font pas d'illusions. Comme l'explique une politologue de Bucarest dans The Economist : le pays a besoin d'une nouvelle classe politique, car l'opposition libérale est tout aussi mêlée à des affaires de corruption.Le DNA a entamée une longue marche contre ce fléau. Et comme l'affirme l'éditorialiste de Vocea Valcii, il est innacceptable qu'un premier ministre poursuivi ne démissionne pas, et il est innacceptable qu'après avoir été sauvé par sa majorité, ce même premier ministre s'envole voir Poutine à Bakou.Cette affaire n'en est certainement qu'à ses débuts...

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