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Revue de presse internationale

4 min

Par Thomas CLUZEL

Un peuple meurt et la communauté internationale l'oublie. Et contre toute attente, il n'est pas question ici de la Syrie, mais bien de la Centre Afrique,s'inquiète le journal de Bangui. Un cri partagé en réalité par toute la presse centrafricaine, au moment où les anciens rebelles de la Séléka poursuivent leurs exactions dans la capitale.

D'où le titre de cet article, signé de l'envoyé spécial du journal de Genève LE TEMPS : Bangui à l’heure des pillages et de l’anarchie. Et de raconter notamment une opération de désarmement, au cours de laquelle les anciens rebelles de la Séléka ont opéré en réalité une véritable razzia dans l'un des quartiers de la capitale. «Ils m’ont mis à genoux, menacé de leur arme avant de piller mon domicile. L’argent, les matelas, la télévision, les vivres, les téléphones, le réfrigérateur, tout, absolument tout a été emporté, explique Camille. Sa voisine, rapporte avec la même placidité, que les ex-rebelles ont été jusqu’à voler la layette de sa fille. Le pillage a été systématique mais, plus grave, il a été accompagné d’exécutions sommaires.

Face à la multiplication aujourd'hui des exactions commises par les ex-rebelles, une partie des habitants de la capitale a commencé à réagir. Car comme le précise le JOURNAL DE BANGUI, les manifestations sont en effet aujourd'hui la seule manière qui reste aux Centrafricains des quartiers meurtris, accusés de soutenir l'ex président, de crier leur ras-le-bol, contre les violations régulières, les exécutions sommaires, les viols et les pillages systématiques.

Et d'ailleurs, l'actuel président de transition a senti le coup de semonce, en clair, que le ras-le-bol général de la population pouvait l’emporter. Sur les conseils insistants des représentants de la communauté internationale, il a sommé les combattants de quitter les rues de la capitale, tout en réclamant aux policiers de reprendre leur mission de sécuri­sation de la ville. Reste que les moyens des forces de l’ordre centrafricaines sont insignifiants, précise à nouveau l'envoyé spécial du TEMPS. C’est l’indigence totale. La police a quatre véhicules, dont deux en panne, nous avons cinq talkies-walkies et pas une armurerie digne de ce nom, souffle notamment le nouveau ministre de la Sécurité.

Et c'est ainsi, que l'actuel président de transition, Michel Djotodia, lequel devra théoriquement rendre le pouvoir à un président élu, début 2015, se retrouve donc désormais face à une équation quasi insoluble. S'il ne prend pas ses distances avec les chefs de guerre, alors la Centrafrique continuera de plonger dans le chaos. Le problème, c'est que pour chasser l'ex président du pouvoir, l'actuel président de transition avait eu besoin de l'aide des rebelles. Et donc sa position est fragile, puisque s'il prend ses distances alors ceux qui l’ont fait roi, pourraient tout aussi bien le déposer à tout moment.

Finalement, en s’emparant du pouvoir, la rébellion, qui est pourtant aujourd’hui officiellement dissoute, a donc fait s’effondrer l'Etat. Et le danger, précise cette fois-ci l'hebdomadaire tchadien ALWHIDA, cité par le courrier international, c'est que depuis le départ forcé du dictateur Bozizé, une classe politique en mal de légitimité s’est trouvé un nouveau terreau fertile : l’exacerbation des sentiments xénophobes, à l’égard de toute personne de confession musulmane. Depuis que la Séléka, groupe rebelle majoritairement musulman a renversé Bozizé, le conflit s'est en effet déplacé sur le terrain de l'identité et de la religion.

Or cette montée de l’hostilité, à l’égard des étrangers et notamment des Centrafricains musulmans est essentiellement motivée par une volonté macabre : rallier l’autr­­­e partie des Centrafricains, puisque les chrétiens représentent près de 80 % de la population. Sauf qu'en reprenant la croisade contre l’islamisme, pour mieux asseoir donc leur base politique, les politiciens conduisent désormais leur pays sur une pente glissante. Car il y a fort à craindre en effet, écrit encore le journal, que cette manipulation des mentalités mette en péril le ciment national. En clair, les politiques voudraient que les Centrafricains s’en prennent à leurs compatriotes de confession musulmane, pour la simple raison que le groupe rebelle de la Séléka est majoritairement musulman. Et l'éditorialiste d'ajouter, ces multiples appels, à peine déguisés, à la chasse aux sorcières vont directement à l’encontre des principes fondamentaux de la nation centrafricaine. La notion de nationalité ne doit pas seulement se baser sur la religion, l’origine, l’idéologie, l’appartenance ethnique ou régionale. Et voilà pourquoi, dit-il, au lieu de crier sur les toits que leurs problèmes viennent des autres, les Centrafricains devraient plutôt se faire violence, vaincre leurs démons et sevrer leur pays des coups d’Etat et des valses de dictateurs.

Et c'est d'ailleurs, peu ou prou, ce qui est ressorti des discussions entendues hier à l'ONU, puisque la crise oubliée de la Centrafrique, éclipsée par la guerre en Syrie, est enfin arrivée jusqu'à l'agenda des Nations unies, écrit LE JOURNAL DE BANGUI. La France, notamment, souhaite sonner la mobilisation pour sauver son ancienne colonie du chaos. En revanche, l'ex puissance coloniale, qui est déjà intervenue militairement en début de l'année au Mali, pour chasser des rebelles djihadistes qui menaçaient de prendre le pouvoir à Bamako, rechigne cette fois-ci à s'impliquer directement à Bangui et préfère désormais exhorter les pays africains, à redoubler d'efforts, pour résoudre la crise centrafricaine par eux-mêmes.

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