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Revue de presse internationale

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Par Eric BiegalaCoup de projecteur ce matin sur l'Inde et ses "naxalites", ces groupes maoistes qui pour la première fois le week-end dernier s'en sont pris à la classe politique indienne... Une embusade dressée dans la jungle de Bastar, dans l'Etat de Chhattisgarh à l'est du pays et qui visait un convoi d'élus et de politiciens ; une embuscade qui a fait 27 morts dont plusieurs députés, et 36 blessés... c'est l'attaque la plus meurtrière que la guérilla ait lancé contre des civils depuis 40 ans, depuis ses débuts...Dans un éditorial titré "une action forte contre la terreur rouge" , The Hindustan Times appelait avant-hier à "balayer les doutes concernant les Maoistes : il ne s'agit plus de quelques affrontements entre la police et eux ; il s'agit maintenant d'une guerre civile ! Une guerre totale, engagée contre la république indienne... En s'attaquant de cette façon à la classe politique, écrit le quotidien, les maoistes ont indiqué clairement qu'ils ne feront pas de quartier et que la guerre ne s'arrêtera pas avant qu'ils ne soient tous décimés ! "Même son de cloche du côté de The Indian Express qui décrit l'embuscade comme "l'une des attaques les plus viceuses" qu'ait connu le pays... "elle doit dissiper toute illusion romantique quant à la cause Naxalite, écrit le journal... le combat que mènent les maoistes ne vise pas le mieux-être des populations tribales mais la destruction de l'Etat démocratique... et le journal d'appuyer : "le gouvernement doit rétablir sa présence dans les jungles de Bastar et Dantewada, qui ont été laissées aux maoistes" Plus martial encore, le spécialiste des affaires de sécurité Praveen Swami écrit dans The Firstpost que l'Inde doit "faire un choix fondamental : décider si notre démocratie vaut le coup que l'on tue en son nom ... "de larges pans de l'élite indienne n'ont pas eu le courage de se lancer dans une guerre longue, voire dans une sale guerre - obligatoire contre ce type d'insurrection. A gauche du spectre politique parce qu'on se sent coupable de n'avoir pu corriger les inégalités sociales entre les citoyens du pays, ce qui a nourri la guérilla communiste ; à droite parce qu'on estimait que l'éloignement géographique des affrontements, dans la jungle, permetait de traiter les choses par le mépris... Une apathie, poursuit l'éditorialiste, facilitée par l'absence d'attentats dans les villes et par la corruption qui permet à certaines compagnies minières ou certaines usines de travailler dans les régions où la guérilla est active en lui payant des primes"... The Times Of India rappelle d'ailleurs que le gouvernorat de l'Etat de Maharasthra exige du fisc qu'il enquête sur le financement des groupes Naxalites... "en 2011 le ministre de l'intérieur avait accusé clairement certaines compagnies minières de financer indirectement le mouvement en achetant leur sécurité sur le terrain... A l'époque , écrit le journal, le fisc avait refusé de s'y intéresser ! " Mais qu'il s'agisse de la presse ou du monde politique, les critiques fusent surtout contre l'appareil sécuritaire indien, sur l'air de "mais que fait la police ?" .

Pour The Hindustan Times , "il est tout de même scandaleux que les forces de sécurité accompagnant le convoi aient tout ignoré de la présence d’une centaine d’insurgés dans la région. Cette embuscade ne rend que plus flagrant le manque de coordination entre les forces de sécurité des différents Etats [de l’Union indienne]. Toute tentative du gouvernement fédéral pour mettre en place un organisme central d’investigation et de coordination se heurte aux plus vives protestations de la part des différents gouvernements des Etats fédérés, qui y voient une forme d’ingérence. Il est pourtant clair désormais que les maoïstes ne se battent plus pour la mainmise sur certains Etats. Ils veulent prendre le contrôle du pays tout entier" . Alors, Que faire ? demande la presse indienne avant d'apporter une réponse quasi unanime : porter le combat au sein même de la jungle... The Hindu relève ce matin que l'aviation militaire est sur le point de renforcer sa présence et ses moyens de soutien aux opérations anti guérilla dans les forêts denses de Bastar... davantage d'hélicoptères seront disponibles dit le journal, tandis que The Hindustan Times parle d'une gigantesque opération militaro policière sur le point d'être lancée contre les quelques 2500 maoistes retranchés dans les forêts et les jungles... "10 000 hommes de la police d'Etat et des forces paramilitaires doivent commencer à ratisser la jungle, établissant au coeur même de la forêt des bases opérationnelles ravitallées par hélicoptères... l'idée étant de coincer les guérilleros entre le marteau et l'enclume... Mais pour y parvenir, les forces de sécurité doivent obtenir au plus vite des informations crédibles sur le terrain", prévient toutefois le journal...Et le moyen d'y parvenir passe par... le téléphone ! The Economic Times se félicite par exemple que l'attaque de samedi dernier ait permis de débloquer cette semaine une proposition vieille de trois ans et qui vise à implanter dans les régions affectées par la guérilla quelques 2190 nouvelles antennes-relais de téléphonie. "Un réseau téléphonique robuste et bien entretenu est essentiel si l'on veut obtenir du renseignement quant aux déplacements de la guérilla" , écrit le journal... d'ailleurs les maoistes eux-mêmes semblent parfaitement conscients de l'enjeu : ils ont détruit par moins de 200 antennes-relais durant les quatre dernières années ! Presque seul dans son cas, The Hindu demande pourtant que ces opérations de contre-guérilla restent mesurées : "la violence doit toujours être l'occasion de chercher es occasions de faire la paix " écrit le journal sur un ton très "Mahatma Gandhi"... cela ne doit pas devenir une excuse pour utiliser la puissance militaire de l'Etat contre de malheureux villageois qui vivent dans la peur à la fois des maoistes et des forces de sécurité". Les groupes Naxalites sont en effet composés essentiellement de jeunes adivasi, le groupe ethnique majoritaire des régions les plus pauvres de l'est du pays.

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