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Revue de presse internationale

5 min

Par Eric BIEGALA C'est le début d'une opération transparence qui occupe la presse américaine - elle particulièrement - ce matin : en l'occurence la diffusion hier d'une lettre d'Eric Holder le Procureur Général des Etats-Unis, c'est-à-dire le ministre de la justice - au Congrès, reconnaissant que les attaques par drones, autrement appelées "assassinats ciblés", avaient tuées quatre citoyens amétricains depuis les débuts de l'administration Obama... Parmi eux Anwar Al-Awlaki, un dignitaire musulman tué au Yemen en septembre 2011"Faut-il crier Hourra pour la transparence ?" demande ce matin Foreign Policy : "avec cette lettre au congrès, l'administration Obama reconnait avoir tué davantage de citoyens américains que l'administration Bush n'avait reconnu avoir torturé de détenus" à Guantanamo ou ailleurs...La stratégie d'assassinats ciblés, visant des personnes ou des groupes de personnes dans des pays avec lesquels les Etats-Unis ne sont pas en guerre, comme le Yemen ou le Pakistan a suscité la controverse dans les allées du pouvoir américain depuis près d'un an... selon le Bureau of Investigative journalists , une ONG basée à Londres, ces attaques par drone ont fait plus de 4000 victimes depuis le début des années 2000 dont plusieurs centaines de civils, en l'occurence considérées comme des victimes "collatérales".Ce qui est en cause ce sont surtout les décisions de lancer ces attaques contre telle ou telle cible, dont personne ne sait véritablement comment elles sont prises ni par qui exactement. C'est la CIA qui pilote ces missions et en la matière elle ne semble dépendre que de la volonté du chef de l'Exécutif américain : le président en personne.Le New York Times , qui a eu connaissance de l'intégralité de la lettre d'Eric Holder remarque par exemple que le Procureur Général des Etats-Unis y reconnait que seul parmi les quatre américains décédés dans ces attaques, seul Anwar Al Awlaki avait été spécifiquement visé... les 3 autres, aussi radicaux aient-ils été, ne sont que des victimes collatérales supplémentaires de ces tirs. En fait, remarque dans USA Today , Dixon Osburn, de l'ONG Human Rights First's Law and Security Program, "il faut s'inquiéter de ce que l'administration est en train d'institutionaliser une politique d'assassinats sans le moindre débat public... "le peuple américain est en droit de savoir si l'administration se comporte conformément à la loi et le Congrès doit débattre des implications légales et politiques de nos opérations d'assassinats ciblés " Egalement cité par USA Today Zeke Johnson d'Amnesty International, estime également que "personne ne devrait se sentir le moins du monde rassuré par cette lettre au congrès... l'Administration Obama continue de penser qu'elle détient l'autorité nécessaire pour tuer virtuellement n'importe qui n'importe où dans le monde en vertu de la théorie juridique du champs de bataille global que serait devenu la planète, sans parler de sa redéfinition du concept d'"imminence" ...Ici, il faut rentrer dans le détail et dans une jésuitique controverse dont la vie politique américaine a le secret. La controverse vient du fait que depuis plusieurs mois l'administration américaine, et notamment son ministre de la justice a tenté de justifier le bien fondé de ces attaques en expliquant qu'elles visaient des cibles posant un danger "imminent" aux Etats-Unis... et la même administration de s'employer dans la foulée à un formidable exercice de casuistique en expliquant qu'"imminent" ne voulait pas forcément dire "immédiat" ! Aujourd'hui, la lettre d'Eric Holder au congrès intervient à quelques heures d'un discours très attendu de Barack Obama, justement sur les drones et plus généralement la stratégie militaire et sécuritaire américaine. On attend le Président Américain, qui doit s'exprimer dans quelques heures à la National Defense University, sur la doctrine d'emploi, la logique d'emploi de ces drones comme sur celle du camp de prisonniers de Guantanamo... A cet égard, note le Washington Post , "l'importante population yéménite à Guantanamo : soit 84 des 166 détenus qui y demeurent pourrait être l'un des sujets où Obama choisira de faire quelque chose. Après la tentative ratée de faire exploser en vol un avion commercial au dessus de Detroit le 25 décembre 2009 - un complot ourdi par, justement, Anwar Al-Awlaki et le groupe Al Quaeda dans la Péinisule Arabique, le président avait suspendu tout transfer de détenus vers le Yemen" ... Barack Obama a récemment réitéré et à plusieurs reprises ses promessesde fermer quasi définitivement Guantanamo...Dans les pages "Opinions" du LA Times , Peter Singer de la Brooking Institution analyse en ces termes la situation: "ça faisait longtemps qu'on attendait d'entendre la voix et l'autorité présidentielle sur ces sujets... écrit-il ; c'est ce qui fait toute l'importance du discours d'Obama aujourd'hui ; il va devoir trouver l'équilibre entre l'argument qui veut que les menaces terroristes demeureront sur le long terme, comme les récents attentats de Boston et de Londres l'illustrent parfaitement et le fait que les institutions que nous avons bati en réponse : comme la prison de Guantanamo ou la campagne d'attaques par drone ne peuvent perdurer sur le long terme" .En fait, poursuit Peter Singer "le côté "public" de ce discours va bien au delà de toute contingence politique intérieure... Seul le président américain peut effectivement revendiquer la vision américaine de manière suffisement forte pour que le reste du monde l'entende... Bien mené, suffisemment fort, ce discours peut même jeter les bases des futures normes internationales dont nous avons besoin dans le monde de l'après-11-septembre et de l'après-Ben Laden. C'est d'autant plus important qu'en la matière notre technologie prolifère et que d'autres nations comme la Russie, la Chine et l'Iran pourraient bien suivre nos pas en matière de frappes par drones et d'assassinats ciblés "... Il aurait pu ajouter Israel, premier exportateur mondial de drones militaires... et la France, qui vient tout juste d'annoncer qu'elle allait, elle aussi, s'équiper de drones américains.

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