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Revue de presse internationale

4 min

Par Eric BIEGALA

Gros plan sur la presse algérienne ce matin qui se dit humiliée, bafouée par les maladresses, les manquements, la non-communication, la loi du silence, voire le burlesque qui ont rythmé les trois semaines de vacance de la présidence algérienne, Abdelaziz Bouteflika étant hospitalisé à Paris sans que son état de santé réel soit le moins du monde rendu public... Plus grave : les supputations de certains quotidiens à ce sujet ont entrainé un retour de la censure en Algérie : samedi soir, deux quotidiens, Mon Journal et Djaridati annonçaient une « détérioration » de l'état de santé du président, précisant qu'il avait été ramené à Alger mercredi dernier dans un « état comateux » . Les deux titres ont été saisis à l'imprimerie. Pire que tout, sans doute : ce sont finalement les médias et le gouvernement français qui ont révélé hier premièrement que Bouteflika était toujours en France ; deuxièmementn qu'il continuerait à y suivre une convalescence aux Invalides... sans toujours plus de détails quant à son état de santé !

Le quotidien de langue arabe Echorouk se formalise donc de ce qu'apparemment seuls les "services français sont informés avec précision de l'état de santé du pré sident. Pourquoi le Pouvoir cache -t--il la vérité au peuple algérien ?" demande le quotidien qui assimile ce « black out à une attitude de mépris envers le peuple ». Dans son édito du journal Liberté , Outoudert Abrous considère que "le pouvoir continue à évoluer dans l’opacité et à considérer les citoyens, les premiers à avoir porté Bouteflika au pouvoir, comme des immatures à qui on peut tout cacher. Maladresse aussi, dit-il, cette autosaisine du parquet général près la cour d’Alger contre un confrère qui n’a, à la limite, fait que son travail : celui d’informer. Est-ce plus grave que ces affaires de corruption à grande échelle, évaluées à des dizaines de millions de dollars sans que ce même parquet s’en inquiète ? , demande l'ditorialiste...Il s'agit là, poursuit-il de la survivance des censeurs au sein même des entreprises d’impression, et qui surveillent les journaux avant tirage. Sinon comment expliquer la non-parution de deux titres ? Cette pratique, appelée imprimatur, mise en place au temps de la décennie rouge où des titres étaient suspendus pour le délit d’avoir publié des informations sécuritaires, existe-t-elle encore ? L’état d’urgence a été levé, la nouvelle loi sur l’information garantit la liberté d’informer et l’imprimeur n’est en fin de compte qu’un prestataire de service. Cet amalgame dans lequel se sont engouffrés les pouvoirs publics ajoute une cacophonie dont on pouvait se passer." Jeune Afrique donne pour sa part un coup de projecteur sur l'erratique communication algérienne en révélant qu' "En coulisse, un homme gère cette communication minimaliste de la présidence. Il s'agit de Saïd Bouteflika, frère cadet et conseiller spécial du président, écrit le journal. Depuis plus de trois semaines, il ne quitte guère le chevet de son aîné et verrouille hermétiquement la transmission des informations. Le 7 mai, c'est lui qui demande à Benamar Zerhouni, un conseiller à la présidence, de publier un communiqué officiel rassurant. Quatre jours plus tard, rebelote. Saïd Bouteflika réitère sa requête auprès d'Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, en lui suggérant cette fois de préciser que le chef de l'État « continue de suivre quotidiennement les dossiers et questions d'intérêt national » . Plusieurs éditorialistes voient pour leur part dans les récentes péripéties de la communication officielle une image en creux de l'état général du pays et notamment de ses institutions. Dans le Quotidien d'Oran , l'éditorial signé M. Saadoune fait ainsi valoir que "c'est moins la maladie d'un homme qui cause le trouble que celle de l'Etat. Dans un fonctionnement institutionnel réel, les accidents de santé d'un chef de l'Etat se gèrent dans une relative aisance. Mais on sait que dans la réalité ces institutions restent formelles et que tout le pouvoir est centralisé dans la présidence et l'arrière-cour de la présidence. Le pouvoir présidentiel est l'apparence institutionnelle d'un pouvoir qui ne se trouve pas dans les institutions. et dans le présent cas de figure, tout le système se grippe ! remarque -t-il avant de conclure : on est dans cette situation depuis des années déjà. L'Algérie est gérée à minima, de manière à assurer un statuquo" . Sur le site web Tout Sur l'Algérie , Mohamed Benchicou renchérit sur le même registre : "Dans cette affaire burlesque d’un président malade dont on ne sait s’il est mort ou vivant, s’il est à l’étranger ou en Algérie, s’il est victime d’un accident vasculaire, d’un cancer ou d’une rage de dents, nous faisons peu cas du seul fait qui soit significatif : voilà près d’un mois que l’Algérie est sans président et elle ne s’en porte pas plus mal. Je veux dire pas plus mal qu’avant. Cela prouve une chose : l’Algérie n’a pas besoin d’être gouvernée. Du moins, pas au sens occidental du terme, (...) où la gouvernance renvoie aux interactions entre l’État, le corps politique et la société. Rien de tout cela chez nous, assène Mohamed Benchicou...En autocratie, où la question du pouvoir, est du seul ressort des dirigeants, le bon peuple n’a à s’inquiéter de rien : avec ou sans président, l’Etat fonctionne. La maladie pour un chef d’État, ajoute-t-il, n'est handicapante qu’en démocratie. Il est tout à fait concevable pour un autocrate de « gouverner » à partir d’un lit d’hôpital. N’oublions pas que l’Algérie est le seul pays au monde où le Conseil des ministres ne se réunit presque jamais, sans que cela n’émeuve qui que ce so it" , rappelle-t-il en guise de conclusion.D'ailleurs Abdelaziz Bouteflika a bel et bien continué de gouverner depuis son lit d'hôpital parisien... en page 3 d'El Moudjahid , ce matin on apprend ainsi qu'il y a signé dimanche un décret... un paraphe qui ne manque pas d'a propos puisqu'il s'agissait ni plus ni moins que d'instituer en Algérie une "journée nationale... de la presse" !

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