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Revue de presse internationale

5 min

Par Eric BIEGALA

"Mieux vaut tard que jamais", c'est en ces termes que la presse africaine commente, quasi unanime, l'offensive nigérianne en cours depuis la semaine dernière contre le groupe sectaire Boko Haram qui controlait une partie non négligeable du Nord du pays... et ce depuis des mois, voire des années.L'offensive générale - lourde, avec 2000 hommes au sol et l'appui de l'aviation - puis l'instauration de l'état d'urgence dans trois Etats de la fédération Nigerianne inspire toutefois quelques interrogations..."Le président Goodluck Jonathan a instauré l’état d’urgence dans les Etats de Borno, Yobe et Adamawa. Cette mesure pousse les islamistes à reculer vers les frontières. Celles-ci, qui séparent le Nigéria du Niger et du Tchad, peuvent être facilement franchies, faute de surveillance suffisante" , note par exemple Meyya Furaha sur le siteAfrique 7 ; Dans La Nouvelle Tribune , du Bénin (Etat frontalier du Nigéria) Marcel Zouménou fait écho à cette inquiétude, expliquant que "l’Etat nigérian ne devrait pas ignorer combien il est difficile de combattre des terroristes souvent teigneux et téméraires. Ils sont mobiles et peuvent résister pendant des années. Une guerre contre de tels ennemis, prêts à mourir, n’est pas gagnée d’avance. Ces combattants sont réputés très courageux et peuvent vite disparaître dans la nature en gagnant le Cameroun ou le Tchad grâce à la porosité des frontières. L’Etat nigérian vient ainsi de se lancer dans une guerre de longue haleine qui risque de l’épuiser financièrement. Et pour un Etat en déliquescence, affaibli par les heurts interreligieux et les problèmes sociaux, cela peut coûter cher". Même souci du côté de Kole Shettima, président du Centre pour la Démocratie et le Développement d'Abuja, cité par l'International Herald Tribune "Nous pouvons gagner une bataille mais nous pouvons aussi ne pas gagner la guerre ; nous pouvons débander les groupes armés, mais les insurgés, mobiles et nomades referont surface... ils pourraient même réitérer quelques attaques ailleurs dans le pays, d'autant qu'à Maiduguri, la grande ville du Nord-Est du Nigéria, ils savent parfaitement se fondre dans la population" ...Dans son éditorial de The Nation , le grand quotidien d'Abuja, Tunji Adegboyega appuis pratiquement sans réserve l'opération militaire : "le Président Jonathan doit honorer sa promesse de ne pas laisser impunis" ceux qu'il appelle "des loups déguisés en hommes" ... mais, ajoute-t-il aussitôt, "la crainte de beaucoup, c'est que l'état d'urgence dans les trois Etats du Nord ne soit qu'un pas en direction d'une dictature complète... Vu d'où nous venons cette crainte est à la fois forte et... réaliste !" Nombre d'éditorialistes et de commentateurs reviennent surtout sur la génèse de cette situation qui a vu une secte un peu particulière, qui a ses débuts n'avait pour but que de vivre une vie différente, en autarcie complète - devenir l'un des groupes armés les plus violents de l'Afrique équatoriale. Le terreau sur lequel Boko Haram a prospéré, c'est l'injustice..."Dans le cas du Nigeria, à défaut d’en être la cause absolue, la pauvreté d’une bonne partie du nord du pays est tout de même un facteur aggravant" , écrit par exemple Boubacar Sanso Barry dans GuineeConakry.info ; "Une situation que les populations vivent d’autant plus mal que le Nigeria engrange d’énormes profits résultant de l’exploitation pétrolière. D’où le sentiment d’injustice sociale et d’exclusion que les populations du nord ressentent d’autant plus que la corruption d’une partie de l’élite nigériane y serait pour beaucoup"... "Face à des Jihadistes impénétrables à une quelconque raison, l’artillerie ne sera certainement pas inutile" , poursuit-il, "Mais elle ne saurait suffire. Il lui faudra adjoindre un travail à la base tendant à réduire significativement le spectre de la pauvreté" .Dans Nigerian Talk , Salisu Suleiman raconte ainsi la genèse de la présente situation : "Si la barbe de ton voisin prend feu, commence par mouiller la tienne. Ce dicton nous incite à passer à l’action avant que les choses n’empirent, même si l’on n’est pas directement concerné" , explique-t-il. "Quand on a commencé à parler, il y a quelques années, de problèmes entre une secte inconnue et la police, les chefs traditionnels du Nord ont préféré regarder ailleurs. Quand les affrontements se sont faits de plus en plus violents et que l’on a reparlé de cette secte, ils ont persisté. Et, quand la confrontation est pratiquement devenue une guerre et que le gouvernement a donné l’ordre d’“écraser” cette secte, ils sont restés muets. Les “chefs traditionnels” n’ont pas voulu comprendre que le feu s’était propagé non seulement aux barbes et aux villages, mais aussi au pays tout entier – une situation créée et nourrie par eux". Dans The Nation , Ropo Sekoni rappelle en effet que ces chefs traditionnels du Nord ont directement participé à la mise en place d'une loi Islamique sur leurs territoire : "quand les graines de ce qui est devenu la mentalité Boko Haram ont été semées durant la présidence Obasanjo (au début des années 2000) on a regardé ailleurs ; Quand certains des gouverneurs du Nord ont déclarés la Sharia comme la loi fondamentale de leurs Etats, la présidence Nigériane les a ignoré, oubliant les avertissements de certains et préférant compter sur le temps pour que les choses se tassent... Maintenant que se passera-t-il lorsque l'armée aura pacifié le secteur ? verra-t-on la fin du questionnement quant à l'identité du Nigeria comme fédération multiculturelle ?" demande-t-il.C'était bien là l'idée centrale de Boko Haram, le coeur de son projet politique qui refusait explicitement l'éducation et la civilisation à l'occidentale. D'ailleurs, le vocable "Boko Haram" peut lui même être traduit par "l'interdiction des livres". Pour finir Festus Eriye, dans The Nation demande que l'on prenne en consideration ce qui sous-tend Boko Haram : "le droit pour certains de vivre et de conduire leurs vies d'une manière particulière ; on ne peut leur enlever ce droit", ecrit-il, "mais il doivent comprendre qu'ils ne peuvent imposer leur mode de vie par la force... et tant qu'ils ne le comprendront pas, il faut soutenir sans réserve l'offensive en cours", assène-t-il.

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