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Revue de presse internationale

5 min

par Cécile de Kervasdoué

« j'en ai vraiment assez de cette dictature de la beauté, cette beauté formatée, globalisée, standardisée par la tyrannie de la mode. Tout est décidé à Paris Londres Milan et New York : une belle femme doit mesurer 1m80, doit être blonde, blanche ou pâle tout du moins, jeune bien sûr avec un tour de hanche qui ne doit pas dépasser 90 cm tout en conservant des seins bien ronds. Notre monde standardise tout, même le désir, même les goûts qui pourtant varient grandement d'un être à un autre et d'un continent à un autre. A travers le monde, les femmes en font les frais : poussée à l'anorexie, à la chirurgie esthétique, tout ça pour ressembler à quoi? A des modèle artificiellement retouchés par Photoshop. Absurde ! Alors c'est exactement pour échapper à ça que je me suis installé à Berlin! Confesse le designer colombien Ricardo Ramos au site de la deutsche Welle en Allemagne. Ce créateur de mode est connu pour avoir habillé des modèles de 80 ans et est considéré dans le milieu comme un hurluberlu. « Je suis fier de ce qualificatif et en paix avec moi-même, j'avais besoin de reprendre pied dans la réalité celle des femmes que nous croisons tous les jours loin du papier glacé! Loin des jambes faussement interminables, de la peau faussement blanche, et des seins faussement rebondis. Aujourd’hui, avec toutes ses différences et ses petites imperfections je trouve la femme ordinaire tellement plus belle parce que son corps est plus vrai plus nuancé plus subtil, et que je ne veux plus accepter aucune forme de dictature et de mensonges »

Le mensonge, la manipulation politique et économique, la standardisation artificielle. Voilà des thèmes qui reviennent dans bien des papiers de la presse européenne ce matin où de nombreux confrères dénoncent le seul spectacle non sportif regardé par 125 millions de téléspectateurs en moyenne chaque année : l'eurovision dont la finale à lieu samedi à Baku en Azerbaïdjan.

Le site de Radio Free Europe en fait une page spéciale avec le témoignage de ce musicien azéri qui vient de fuir l'Azerbaïdjan après avoir été incarcéré et torturé durant 10 jours Son délit: être un rocker pouyr les autorité cela veut dire un voyou, un hooligan, dans une dictature où toute forme d'expression est muselée. Réfugié à Berlin lui aussi Jamal Ali chante sa colère et dénonce le régime de Baku.

« Je n'ai message pour mon pays : je lui tends mon doigt du milieu ! » dit le rocker dans cette chanson qui bien sûr n'a pas été sélectionnée pour l'eurovision. Il s'explique au Guardian ou à l'Huffington post cettesemaine : ce ne sont pas les azéris que je condamne, ni même les policiers, c'est tout le système oligarchique, avec cette corruption de la famille présidentielle, cet état autoritaire et policier où les maisons et leurs habitants sont détruits, broyés, pour satisfaire la mégalomanie des puissants, tous issus du KGB. Le beau palais de Crystal de 23 000 sièges construit pour l’Eurovision, ne peut faire oublier l'essentiel : l'Azerbaïdjan est une dictature verrouillée et ultraviolente.

Pour s'en convaincre il n'y a qu'à regarder par exemple la une du Financial Times ce matin. Une photo, où la police, en civil, s'en prend à un partisan de l'opposition au régime. C'était hier à Baku et puis lundi aussi toute la semaine les protestataires se sont mobilisés pour rappeler les média et les visiteurs de l'eurovision à la réalité cad au problème que pose la tenue de l'eurovision dans un pays qui ne respecte en rien les droits de l'homme.

Une polémique qui dérange jusqu’à la BBC raconte le Guardian. Car la BBC est partenaire de l'eurovision et n'a pas voulu empêcher la tenue de cet évènement chez un dictateur. C'est d’ailleurs ce qu’a dénoncé l'émission Panorama diffusé lundi précisement sur la BBC et qui a fait l'état des lieux des abus du régime azéri avec une conclusion : une chose est sûre l'eurovision ne va rien changer pour les azéris, elle n’aura su qu’apporter des devises et une belle image au régime sans même attirer l'attention du public sur la situation catastrophique des habitants.

et Radio Free Europe raconte encore, sous ce titre : « le glam est assuré pour samedi mais pour les gays et tous ceux qui sont discriminés en Azerbaïdjan ce sera la même chanson ». Le régime du président Aliyev a eu beau dépenser 134 millions de dollars pour présenter une belle image de son pays lors de l'eurovision et attirer les investisseurs, il a aussi réprimé violemment les journalistes les activistes les opposants politiques. Emprisonnés, torturés dans des conditions certainement bien pires que ce qui se passe en Ukraine et en Russie, mais que le monde ignore ou veut ignorer.

C’est étrange quand même cette hypocrisie de la presse... note le Temps en Suisse parce que depuis des semaines, la propagande azérie a été féroce dans la presse mais aussi dans les aéroports, sur des panneaux publicitaires, on ne compte plus le nombre de communiqués, de doubles page qui vantent les mérite de ce pays trop souvent méconnu nous dit on et qui veut « ré émerger comme le dit son président à vie au sein de la communauté internationale » et le temps raconte l’Azerbaïdjan porté par des revenus pétroliers faramineux qui lui assurent une croissance économique pratiquement sans équivalent sur la planète, le pays a lancé une campagne de propagande pour redorer son image. Rien n’est laissé au hasard dans cette campagne orchestrée par l’agence londonienne The leadership Agency connu pour avoir promu plusieurs villes souhaitant organiser les jeux olympiques. Cette campagne s’accompagne d’ailleurs de multiple largesse qui passent notamment par l’invitation d’hommes politiques et de journaliste l’ancienne ministre britannique Tony Blair a ainsi tenu une conférence à Bakou payé 143 000 dollars.

Il n'y a qu'un pays qui a boycotté la Grand messe. L'Arménie en guerre larvée avec le pays nous dite la BBC

Alors prenez bien vos responsabilité en regardant la télévision samedi soir conclut le Times de Londres, car cette eurovision adoubée par les chefs d’état européens n’aura fait que conforter la corruption le népotisme et l’autoritarisme du régime azéri. C’est sans doute cela aussi l’eurovision tout le monde sait bien que c'est du bidon du kitch de la soupe musicale standardisée (dont la plupart des paroles sont en anglais d’ailleurs) et pourtant, pourtant tout le monde regarde !

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